«Grâce à ces travaux, l'église de la Nativité survivra pendant les deux mille années à venir»

 L'église de la Nativité, à Bethléem. (Wikimedia Commons)
L'église de la Nativité, à Bethléem. (Wikimedia Commons)
Short Url
Publié le Mercredi 03 novembre 2021

«Grâce à ces travaux, l'église de la Nativité survivra pendant les deux mille années à venir»

  • La grotte où Jésus est né voici plus de deux mille ans se trouve à l'intérieur de cette église, dont la dernière rénovation datait de 1480
  • La rénovation de l'église de la Nativité s'achèvera dans les prochaines années grâce à la détermination de M. Khoury, décédé il y a quatre ans

CHICAGO: Saïd Khoury, un Palestinien chrétien, priait dans la célèbre église de la Nativité, à Bethléem, lorsque des gouttes d'eau ont ruisselé du toit et lui sont tombées sur la tête.

Dieu voulait-il lui envoyer un message, ou s’agissait-il d’une simple coïncidence? Ce matin, il pleuvait des cordes sur cette ville chrétienne de la Cisjordanie occupée par Israël. Toujours est-il que cet incident a bouleversé M. Khoury. Il a décidé de créer l'une des plus grandes firmes de construction du monde dans le but de rénover une église.

M. Khoury et sa famille ont été expulsés de leur maison de Safed pendant la guerre de 1948 et ont ensuite rejoint le Yémen, où ils ont construit l’une des plus importantes entreprises de construction du monde.

De fait, M. Khoury a sollicité le soutien du gouvernement palestinien, qui a financé dans un premier temps les travaux de réparation de la toiture. La grotte où Jésus est né voici plus de deux mille ans se trouve à l'intérieur de cette église, dont la dernière rénovation datait de 1480.

Dans un entretien accordé à Arab News, Mazen Karam, PDG de la Fondation pour le développement de Bethléem (Bethlehem Development Foundation, ou BDF), explique que la rénovation de l'église de la Nativité s'achèvera dans les prochaines années grâce à la détermination de M. Khoury, décédé il y a quatre ans.

La BDF continue d'adhérer à la vision de son fondateur, Saïd Khoury, et collabore actuellement avec la commission présidentielle pour la «restauration de l'église de la Nativité», constituée en 2008. Cette commission n'avait pas entamé les travaux avant que M. Khoury n'intervienne, en 2013.

«Cette initiative a été lancée par le regretté Saïd Tawfik Khoury et son objectif était de rénover l'église de la Nativité. Il faut savoir que cette église a été restaurée pour la dernière fois il y a cinq cents ans, en 1480. Depuis, elle n'a pas été entretenue», confie M. Karam à Arab News.

«Bien des événements se sont produits pendant toutes ces années. L'église a été victime de nombreux tremblements de terre; ses fenêtres, son toit et ses matériaux d'isolation ont été abîmés.»

«Elle était inactive depuis quelques années lorsque Saïd Khoury s'y est rendu et que ces gouttes de pluie lui sont tombées sur la tête. Cela l’a beaucoup contrarié», explique M. Karam à Arab News.

«Ce genre d’incident n’avait rien d’inhabituel. Mais il a fallu qu'un homme visionnaire s'en aperçoive et qu’il en parle au président pour lui faire comprendre qu’il était inconcevable que l'église soit abandonnée à son sort. Le président Mahmoud Abbas a alors assuré Saïd Khoury de son soutien inconditionnel. Il lui a dit: “Allez-y et faites tout ce qui est nécessaire pour lui redonner son lustre d'antan.”»

M. Karam évoque les nombreuses difficultés rencontrées lors de cette entreprise. Les dégâts et l'érosion étaient si importants qu'elle risquait de s'effondrer sous leur poids. Par ailleurs, le conflit avec Israël a imposé des restrictions; l'Autorité palestinienne est intervenue en 2009 pour créer un comité, qui est resté inactif jusqu'à ce que M. Khoury n’intervienne.

Vers 330, Constantin Ier avait exigé que l’église soit rénovée pour remonter le moral des chrétiens, mais aussi pour éviter qu'elle ne s'effondre.

«Une partie des troncs de bois étaient tout à fait abîmée et risquait de tomber. Heureusement, ils ont été sauvés à temps», se réjouit M. Karam, soulignant que la structure de l'église menaçait de s’écrouler.

«Une fois que les travaux de restauration ont commencé, nous avons déposé la candidature de ce site au patrimoine mondial de l'Unesco. Il a toutefois été classé comme patrimoine mondial en péril. Il a donc fallu accomplir tous les travaux nécessaires pour le retirer de cette liste. Cela fait deux ans qu'il ne figure plus parmi les sites du patrimoine mondial en péril grâce aux travaux de restauration entrepris par le comité présidentiel. L’église est désormais en sécurité, mais il est nécessaire de l'entretenir. Nous devons trouver un moyen de préserver la restauration que nous avons effectuée.»

M. Karem nous explique que cette église a toujours été l’une des préoccupations principales de M. Khoury, qui l'a visitée à de nombreuses reprises. C’est lui qui a initié les études et les rénovations, et il a personnellement fait don de plus de 500 000 dollars (1 dollar = 0,86 euro).

La rénovation n'a pas été une mince affaire, confie M. Karam. En effet, elle est régie par un accord de 1879 qui confère aux trois grandes religions chrétiennes des droits de gestion sur différentes parties de son édifice.

«La grotte constitue une démarche bien plus complexe, parce qu'elle abrite les parties les plus sacrées de l'église et qu'elle doit être rénovée de manière à éviter toute perturbation ou toute altération. Chaque pièce de l'église de la Nativité a posé un problème. Même le remplacement de l'interrupteur a causé des difficultés», se souvient M. Karam, qui rappelle que les trois Églises – catholique romaine, orthodoxe grecque et arménienne – se doivent d’aboutir à un consensus.

«Nous avons réalisé jusqu'à présent 90% des travaux; 10% restent à accomplir. Nous collectons des fonds qui nous permettront seulement de financer ceux qui ont été préalablement approuvés. Il reste donc 10% des travaux dont le financement n'est pas encore assuré. Nous essayons de réunir environ 2 millions de dollars pour terminer ce chantier, exception faite de la grotte, qui sera rénovée ultérieurement.»

Les Églises arméniennes, catholiques et grecques ont toutes restauré leurs couvents et leurs édifices.

«Les parois de l'église ont été restaurées avec la pierre d'origine. On dirait qu'elle vient d'être extraite et posée. Cette roche vient de la ville de Jérusalem. Elle est de couleur claire et, après avoir retrouvé sa beauté initiale, entoure désormais l'église», indique M. Karam.

L'érosion et les avaries menaçaient de plus en plus la structure de l'église. La rénovation s'est donc poursuivie lentement, avant que M. Khoury ne lance le projet.

«En entrant dans l'église, on apercevait des étais en bois, qui soutenaient les arches et ont été abîmés à cause d’un tremblement de terre, en 1927. La voûte a été rénovée et sauvée pour la première fois depuis près d’une soixantaine d'années, voire plus, depuis quatre-vingts ans», précise M. Karam.

Les architectes ont découvert une porte cachée fabriquée en Arménie. Offerte par l'empereur arménien il y a des siècles, elle comportait des inscriptions en arménien et en arabe.

Les colonnes ont été réparées et le sol original de l'église a été recouvert de mosaïques en céramique, deux pieds (environ soixante centimètres, NDLR) en dessous du sol actuel de l'église. Certaines parties du sol d’origine sont délimitées par un cordon pour que les visiteurs puissent contempler le sol en mosaïque, dont une partie seulement était exposée auparavant.

Par ailleurs, grâce aux travaux de rénovation, les «sept anges» célèbres qui sont tournés vers la grotte où le Christ est né ont été remis en état. Sur les murs de l'église se dressent des tableaux en mosaïque qui représentent notamment la famille de Jésus, saint Thomas qui touche les stigmates de Jésus après sa crucifixion ainsi qu'une composition qui évoque le dimanche des Rameaux, explique M. Karam. Au-dessous se situe la chapelle orthodoxe et la grotte. Toutefois, le sol de cette zone n'est pas encore restauré; il fait partie des travaux qui seront effectués plus tard, précise-t-il.

Selon M. Karam, de nombreux facteurs ont ralenti les travaux de rénovation au cours de ces deux dernières années.

«Les travaux devaient s'achever en 2018, mais les fonds nécessaires à leur achèvement n'étaient pas disponibles. La pandémie a ensuite frappé. C’est pourquoi la collecte de fonds et la poursuite des travaux ont été retardées», souligne M. Karam.

«Nous espérons que les travaux prendront fin dans un an, si les fonds sont réunis. On parle de 2 millions de dollars pour le revêtement en pierre et le carrelage de la terrasse à l'extérieur.»

Selon M. Karam, des extincteurs seront également installés pour protéger les lieux contre les incendies.

La fumée des bougies a également endommagé les mosaïques. Des ouvertures ont donc été pratiquées afin de ventiler l'église.

«Grâce à ces travaux, l'église de la Nativité survivra pendant les deux mille années à venir», conclut M. Karam.

 

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews.com


Liban: "assiégés" par Israël, les derniers habitants de Tyr résistent

Un panache de fumée et un fragment de béton s’élèvent du site d’une frappe aérienne israélienne à la périphérie est de Tyr, dans le sud du Liban, le 24 mars 2026. (AFP)
Un panache de fumée et un fragment de béton s’élèvent du site d’une frappe aérienne israélienne à la périphérie est de Tyr, dans le sud du Liban, le 24 mars 2026. (AFP)
Short Url
  • À Tyr, des milliers de civils refusent de fuir malgré les bombardements israéliens et la menace d’une invasion, affirmant leur attachement à leur terre malgré la peur et les destructions
  • La ville est presque assiégée : infrastructures détruites, pénuries imminentes et situation humanitaire critique, tandis que les combats entre Hezbollah et Israël s’intensifient

TYR: "Ils devront nous faire partir par la force": malgré les bombes et la menace d'une invasion israélienne, Khalil est de ceux qui ont décidé de rester à Tyr, dans le sud du Liban, désormais très isolée du reste du pays.

Retranché avec sa femme et leur fils de deux ans dans un théâtre de la vieille ville après avoir fui leur maison bombardée, le trentenaire assure qu'il "ne (se) rendra pas": "Nous n'abandonnerons pas notre terre, nos cœurs sont ici".

Bravant les ordres d'évacuation lancés par l'armée israélienne, environ 20.000 personnes dont quelque 15.000 déplacés des villages environnants s'entassent dans le quartier chrétien - le seul encore épargné - et dans quelques écoles.

Mais beaucoup se demandent combien de temps la ville millénaire pourra tenir.

Mardi, une dizaine d'explosions ont secoué Tyr et ses environs immédiats, ont constaté des journalistes de l'AFP. Il s'agissait des pires bombardements que la ville ait connus depuis le début de la guerre entre Israël et le Hezbollah le 2 mars.

Avions de chasse et drones israéliens tournoyaient dans le ciel jusqu'à la nuit tombée, larguant des bombes qui ont fait au moins 24 blessés dans le centre et provoquant d'immenses panaches de fumée noire.

Le groupe chiite pro-iranien, dont le drapeau jaune flanqué d'une kalachnikov flotte sur chaque lampadaire, est très implanté dans la cité célèbre pour ses plages de sable et ses ruines antiques.

Véritables maîtres d'une ville quasi-fantôme, ses hommes reconnaissables à leurs vêtements noirs, sont partout: postés aux abords des rond-points, sillonnant à scooter les rues désertes, inspectant les immeubles réduits en poussière.

Avant chaque frappe israélienne, ils tirent en l'air pour prévenir du danger immédiat les rares civils qui s'aventurent à l'extérieur.

Mercredi, l'armée israélienne a accusé le Hezbollah "d'implanter ses infrastructures militaires au sein des zones résidentielles" de Tyr.

- "Tout le monde a peur" -

Mustafa Ibrahim Al Sayed, 50 ans, ne quitte pas l'enceinte de l'école où il s'est réfugié avec ses deux femmes et leurs 11 enfants. Originaires d'un village frontalier, ils avaient déjà échoué à Tyr lors du précédent conflit, en 2024.

Malgré les menaces d'invasion terrestre, "je ne veux pas être déplacé ailleurs (...) Mes enfants se sont habitués à la guerre et ils connaissent tout le monde ici", dit-il.

L'armée israélienne a annoncé mardi son intention de s'emparer d'une partie du sud, dont Tyr, pour créer une zone tampon de 30 km de large.

"Tout le monde a peur pour sa maison et sa terre, mais que pouvons-nous faire?", poursuit M. Al Sayed. "Depuis 1978 (première invasion israélienne, NDLR), c'est la cinquième fois que je suis déplacé, j'ai passé toute ma vie en exil".

Plusieurs responsables de la mairie et des secours ont raconté à l'AFP que des officiers israéliens les ont directement appelés ces derniers jours pour leur ordonner de faire respecter les avis d'évacuation.

"Vous faites votre boulot, je fais le mien!", assure leur avoir répondu Mortada Mhanna, à la tête de l'unité de gestion des catastrophes de Tyr, qui court partout pour aider les déplacés.

"On a conseillé aux gens de partir, on leur a expliqué qu'on pouvait affréter des navettes escortées par l'armée, ils n'ont rien voulu savoir", ajoute-t-il.

Pour ce quadragénaire énergique, hors de question de quitter la ville tant qu'il y a des civils. "Je serai le dernier à quitter cet endroit", dit-il avec aplomb.

- Ville isolée -

Tyr est de plus en plus isolée. L'aviation a bombardé les principaux ponts qui enjambent le fleuve Litani, affirmant vouloir empêcher le Hezbollah de se réapprovisionner en armes.

Un seul relie encore Tyr à la capitale Beyrouth et au nord du pays, sur l'ancienne route côtière.

"Si le dernier pont tombe, nous allons tout droit vers une catastrophe humanitaire", s'alarme Alwan Charafeddine, le maire adjoint de Tyr. "La ville sera assiégée et les convois de ravitaillement ne pourront plus l'atteindre".

"Nos stocks sont déjà presque épuisés", dit-il en énumérant les besoins en nourriture, en kits d'hygiène, mais aussi en carburant pour faire tourner les générateurs qui fournissent une bonne partie de l'électricité.

A 82 ans, Nada Reda Abu Sari n'est pas restée par choix. Cela fait des mois qu'elle dort sur un matelas jeté au sol, dans une salle de classe.

"Je suis malade, je n’ai même pas les moyens de m’acheter des médicaments", dit-elle en brandissant quelques boîtes vides. "Je ne dors plus. A chaque frappe, on se réveille, chaque jour, on meurt un peu plus".

La vieille dame n'a jamais revu sa maison de Dhaïra, l'un des villages frontaliers entourés de collines verdoyantes complètement détruits par les soldats israéliens en 2024.

"Nous n'avons plus ni foyer, ni terres, ni vignes, rien (...) mes enfants sont tous éparpillés et je n'ai aucune nouvelle d'eux", confie-t-elle sans pouvoir retenir ses sanglots.

"Est-ce que c'est ça, la vie? Parfois je me dis que je devrais me jeter à la mer".


Au moins 9 morts dans des raids israéliens contre le sud du Liban

Des secouristes arrivent sur le site d’une frappe aérienne israélienne ayant visé la ville côtière de Tyr, dans le sud du Liban, le 24 mars 2026. (AFP)
Des secouristes arrivent sur le site d’une frappe aérienne israélienne ayant visé la ville côtière de Tyr, dans le sud du Liban, le 24 mars 2026. (AFP)
Short Url
  • Des frappes israéliennes dans le sud du Liban ont fait au moins 9 morts et plusieurs blessés, tandis que des ordres d’évacuation ont été donnés dans la banlieue sud de Beyrouth
  • Les tensions s’intensifient : Israël affirme cibler des infrastructures du Hezbollah, tandis que le mouvement riposte par des attaques de roquettes vers le nord d’Israël

BEYROUTH: Au moins neuf personnes, selon les médias officiels libanais, ont été tuées dans la nuit de mardi à mercredi dans trois raids israéliens contre des localités du sud du Liban, qu'Israël considère comme un bastion du mouvement pro-iranien Hezbollah.

D'après l'Agence nationale d'information (ANI), une attaque israélienne a fait au moins trois morts et 18 blessés dans la région de Nabatiyeh, et une autre quatre morts et un blessé à Aadloun, au sud de la ville de Saïda, également appelée Sidon.

Selon la même source, une frappe israélienne contre un appartement du camp de réfugiés de Mieh Mieh, également près de Saïda, a par ailleurs fait deux morts et quatre blessés.

L'armée israélienne a en outre ordonné aux habitants de sept quartiers de la banlieue sud de Beyrouth, autre fief du Hezbollah, d'évacuer en prévision d'actions militaires.

Elle a aussi annoncé avoir, au cours de son opération terrestre dans le sud du Liban, avoir "démantelé des centres de commandement du Hezbollah" ainsi qu'un dépôt d'armes, et avoir tué plusieurs combattants du mouvement, sans en préciser le nombre.

De son côté, le Hezbollah a affirmé mercredi matin avoir attaqué un char et des soldats israéliens près de la frontière, et tiré un "barrage de roquettes" vers Kiryat Shmona, dans le nord d'Israël.

Les sirènes d'alerte ont retenti dans cette ville de la vallée de la Houla, proche de la frontière libanaise. Les autorités israéliennes n'ont fait état d'aucune victime.

Mardi, une Israélienne d'une trentaine d'années avait été tuée dans le nord du pays par un autre tir de roquettes depuis le Liban.

Depuis que le Liban a été entraîné dans la guerre régionale le 2 mars, les frappes israéliennes ont tué plus de mille personnes et fait plus d'un million de déplacés, selon les autorités.

Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a affirmé mardi que les forces israéliennes "manoeuvraient à l'intérieur du territoire libanais pour s'emparer d'une ligne de défense avancée" jusqu'au fleuve Litani, à environ 30 kilomètres de la frontière.

"Les centaines de milliers de résidents du sud du Liban qui ont été évacués vers le nord ne retourneront pas au sud du Litani tant que la sécurité des habitants du nord (d'Israël) ne sera pas assurée", a-t-il prévenu.

- Traces de sang -

Après avoir envahi le Liban en 1982, Israël avait maintenu une zone tampon de 10 à 20 kilomètres de profondeur, jusqu'à son retrait total en 2000, sous les coups de boutoir du Hezbollah.

"La bataille contre le Hezbollah (...) ne fait que commencer", a averti lundi la porte-parole arabophone de l'armée israélienne, Ella Waweya.

Mardi, des frappes israéliennes avaient déjà tué cinq personnes dans le sud du pays et trois autres dans une zone résidentielle proche de Beyrouth, après des raids sur la banlieue sud.

"Ma maison a été entièrement détruite. Il ne reste plus rien, tout a brûlé", dit à l'AFP Abbas Qassem, 55 ans, dont l'appartement voisin du sien a été visé par la frappe à Bchamoun, un village dans les montagnes au sud-est de Beyrouth qui est pourtant à l'écart des zones contrôlées par le Hezbollah.

"Qu'est-ce que j'ai fait pour que ma maison soit détruite? Je suis une personne normale", ajoute-t-il en pleurant, comme sa femme, découvrant l'appartement dévasté.

Un journaliste de l'AFP a vu des traces de sang et des restes d'un projectile dans l'appartement visé.

A Haret Hreik, l'un des quartiers de la banlieue sud désertée par une majorité d'habitants, un photographe de l'AFP a vu des immeubles effondrés et des rues jonchées de débris.

Beyrouth accuse les Gardiens de la révolution iraniens de diriger les opérations du Hezbollah contre Israël, et a interdit leurs activités sur son territoire.

Mardi, la décision des autorités d'expulser l'ambassadeur d'Iran a provoqué une vive réaction du Hezbollah, qui leur a demandé de se rétracter.

"Nous demanderons à l’ambassadeur iranien de rester à Beyrouth et de considérer la mesure comme nulle et non avenue", a affirmé une source de l'organisation à l'AFP.


Nouvelles vagues d'attaques au Moyen-Orient, les négociations Washington-Téhéran restent à confirmer

Les frappes aériennes israéliennes menées dans la nuit du 24 mars 2026 ont causé d’importants dégâts dans le quartier de Haret Hreik, une banlieue densément peuplée du sud de Beirut, considérée comme un bastion du Hezbollah. (AFP)
Les frappes aériennes israéliennes menées dans la nuit du 24 mars 2026 ont causé d’importants dégâts dans le quartier de Haret Hreik, une banlieue densément peuplée du sud de Beirut, considérée comme un bastion du Hezbollah. (AFP)
Short Url
  • L’Iran a intensifié les frappes (missiles et drones) contre Israël et plusieurs pays du Golfe, tandis qu’Israël poursuit ses bombardements en Iran et au Liban, aggravant le conflit régional
  • Les États-Unis proposent un plan de paix incluant un cessez-le-feu temporaire, des restrictions sur le programme nucléaire iranien et la levée des sanctions, alors que le détroit d’Ormuz rouvre partiellement, faisant baisser les prix du pétrole

TEHERAN: L'Iran a tiré mercredi des salves de missiles et de drones contre ses voisins du Golfe et Israël, et celui-ci continue de bombarder Téhéran et le Liban, malgré la promesse américaine de négociations de paix qui a calmé les marchés.

Iran et Etats-Unis négocient "en ce moment" pour tenter de mettre un terme au conflit, a affirmé mardi Donald Trump, ajoutant que son émissaire Steve Witkoff, son gendre Jared Kushner, le vice-président JD Vance et le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio participent au processus.

Plusieurs médias, dont le New York Times et la chaîne de télévision israélienne Channel 12, avancent que l'administration Trump a proposé un plan de paix en 15 points à l'Iran par l'entremise du Pakistan, qui entretient de bonnes relations avec les deux parties.

Selon trois sources non identifiées citées par Channel 12, les Etats-Unis proposent un cessez-le-feu d'un mois, le temps que les autorités iraniennes étudient leurs demandes.

Toujours selon la chaîne israélienne, parmi les 15 points, cinq concernent le programme nucléaire iranien, d'autres imposent l'abandon du soutien aux alliés de l'Iran dans la région, comme le Hezbollah ou le Hamas, et un point insiste pour que le détroit d'Ormuz reste ouvert à la navigation maritime. En contrepartie l'Iran obtiendrait une levée des sanctions internationales à son encontre et un soutien pour son programme nucléaire civil.

- L'Iran desserre l'étreinte sur Ormuz -

L'Iran a justement affirmé que les "navires non hostiles" pouvaient désormais "bénéficier d'un passage sûr par le détroit d'Ormuz en coordination avec les autorités compétentes", selon l'Organisation maritime internationale (OMI).

Près de 20% de la production mondiale d'hydrocarbures transite par ce détroit stratégique, dont le blocage de fait par Téhéran ces dernières semaines a fait flamber les prix du pétrole.

Donald Trump a évoqué mardi "un très gros cadeau" lié aux hydrocarbures, sans donner de précisions, qui pourrait justement être lié à cette réouverture partielle du détroit.

En réaction à ces informations les cours du pétrole retombent mercredi, et les Bourses d'Asie sont revenues dans le vert.

Mais l'Iran, pour l'heure, n'a pas confirmé la moindre négociation.

Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement iranien - présenté par le site d'informations Axios comme l'interlocuteur des Etats-Unis - a démenti en bloc. La diplomatie iranienne a juste reconnu en début de semaine avoir reçu, via des "pays amis", des "messages transmettant une demande américaine de négociations".

- Incendie à l'aéroport de Koweït -

La presse américaine évoque en outre l'envoi de 3.000 soldats parachutistes en renfort au Moyen-Orient, où la guerre ne donne aucun signe d'accalmie avec de nouvelles vagues d'attaques israéliennes contre l'Iran et le Liban, et de nouveaux tirs de missiles et de drones iraniens vers Israël, la Jordanie et plusieurs pays du Golfe.

Les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de l'Iran, ont annoncé mercredi avoir lancé des attaques contre le nord et le centre d'Israël, dont la région de Tel-Aviv, ainsi que sur deux bases militaires américaines au Koweït, une en Jordanie et une au Bahreïn.

Selon les secours israéliens, 12 personnes ont été blessées mardi soir près de Tel-Aviv par un ou plusieurs missiles iraniens.

Au Koweït, une attaque de drones a mis le feu à un réservoir de carburant à l'aéroport international de l'émirat, selon l'Autorité de l'aviation civile du pays, qui n'a pas fait état de victime.

De son côté, comme au cours des nuits précédentes, l'armée israélienne a annoncé avoir "lancé une série de frappes visant les infrastructures du régime terroriste iranien à Téhéran".

"Les bruits, les explosions et les missiles font désormais partie de notre vie quotidienne", a confié à l'AFP par téléphone une femme de 35 ans, originaire du Kurdistan iranien et résidant à Téhéran.

- Au moins 9 morts au Liban -

Israël poursuit également son offensive au Liban, où au moins neuf personnes ont été tuées dans la nuit de mardi à mercredi dans trois raids dans le sud du pays, région considérée par Israël comme un bastion du mouvement pro-iranien Hezbollah, selon l'agence de presse officielle libanaise ANI.

L'armée israélienne a en outre ordonné aux habitants de sept quartiers de la banlieue sud de Beyrouth, autre fief du Hezbollah, d'évacuer en prévision d'actions militaires.

Depuis que le Liban a été entraîné dans la guerre régionale le 2 mars, les frappes israéliennes y ont tué plus de mille personnes et fait plus d'un million de déplacés, selon les autorités.

Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a affirmé mardi que les forces israéliennes "manoeuvraient à l'intérieur du territoire libanais pour s'emparer d'une ligne de défense avancée" jusqu'au fleuve Litani, à environ 30 kilomètres de la frontière.