Réchauffement: Des migrants climatiques par millions

Le village Sitio Pariahan aux Philippines, submergé par les eaux après le passage d'un cyclone (Photo, AFP).
Le village Sitio Pariahan aux Philippines, submergé par les eaux après le passage d'un cyclone (Photo, AFP).
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Réchauffement: Des migrants climatiques par millions

  • Typhons, ouragans, sécheresses, incendies : les habitants de zones frappées par ces catastrophes naturelles sont obligés de les quitter
  • Le statut de migrant climatique n’est pas encore authentifié par le droit international, mais pourrait le devenir à mesure que le nombre de déplacés augmentera

Principal enjeu du sommet de la COP 26 qui se tiendra prochainement à Glasgow, le réchauffement climatique entraîne déjà des conditions météorologiques de plus en plus extrêmes. Typhons, ouragans, sécheresses, incendies : les habitants de zones frappées par ces catastrophes naturelles sont obligés de les quitter.

Le statut de migrant climatique n’est pas encore authentifié par le droit international, mais pourrait le devenir à mesure que le nombre de déplacés augmentera.

Tour d’horizon des régions du monde particulièrement affectées par le phénomène.

Graphique montrant les pays les plus touchés par les déplacements de population liés aux catastrophes naturelles (AFP).

Le réchauffement s’accentue en Asie

L'Asie a connu son année la plus chaude jamais enregistrée en 2020, a indiqué mardi l'ONU.

Dans son rapport annuel, l'Organisation météorologique mondiale (OMM) a indiqué que l'ensemble de la région a été touchée par le changement climatique.

"Les conditions météorologiques extrêmes et le changement climatique en Asie ont causé en 2020 la perte de milliers de personnes, déplacé des millions d'autres et coûté des centaines de milliards de dollars", a indiqué l'OMM dans un communiqué.

"Le développement durable est menacé. L'insécurité dans les domaines de l'alimentation et de l'eau, les risques sanitaires et la dégradation de l'environnement sont en hausse", a-t-elle souligné.

A Dhaka, des Bangladeshi tentent de lutter contre l'érosion des bords de la rivière Manikgonj (Photo, AFP).

Le Bangladesh sous la tourmente

Selon les experts, le Bangladesh, pays de 170 millions d'habitants pourrait connaître, à cause du changement climatique, le plus important déplacement humain de l'histoire.

La nature a toujours malmené ce pays de basse altitude où s'entrecroisent des rivières boueuses au fond du golfe du Bengale.

Mais les phénomènes tels que les cyclones sont de plus en plus fréquents, selon les scientifiques. Des prévisions de plus en plus précises permettent généralement une évacuation à temps des populations. Mais avec les inondations toujours plus nombreuses et l'érosion fluviale, la vie de beaucoup d'habitants devient intenable.

Selon le Centre international de surveillance des déplacements, près de 5 millions de Bangladais ont été déplacés à l'intérieur du pays entre 2008 et 2014, s'installant la plupart du temps à Dacca ou Chittagong.

Selon la Banque mondiale, 13,3 millions d'autres pourraient suivre d'ici 2050.

Camp de déplacés en Afghanistan (Photo, AFP).

Famines en Afghanistan

Selon le Programme alimentaire mondial, plus de la moitié de la population afghane - soit 22,8 millions de personnes -, connaît désormais une insécurité alimentaire aiguë, en raison des effets combinés de la guerre, du réchauffement climatique et des crises économique et sanitaire.

C'est le chiffre le plus élevé depuis que l'ONU a commencé à analyser ces données en Afghanistan il y a dix ans.

Dans la province de Badghis, où le manque de pluie a ravagé les champs, et privé les bêtes d'eau et de nourriture, ce pourcentage monte à 90%, selon l'ONG Acted.

Dans un rapport de 2016, l'ONU notait déjà une inquiétante baisse des pluies dans le nord et des effets du changement climatique "déjà ressentis par des millions d'agriculteurs et d'éleveurs" à travers le pays.

Les habitants n'y sont pas pourtant pour grand-chose dans le réchauffement climatique. Selon des chiffres de la Banque mondiale de 2018, un Afghan émet en moyenne 0,2 tonne métrique de CO2 par an, contre environ 15 pour un Américain.

Campement de fortune en Somalie peuplé de déplacés internes (Photo, AFP).

Entre sécheresses et inondations, la Somalie se vide de ses habitants

Ces dernières années, les désastres naturels - et non les conflits - ont été la principale cause des déplacements en Somalie, qui, en plus d'être ravagé par la guerre, est un pays classé parmi les plus vulnérables au réchauffement climatique.

Les sécheresses, fréquentes et sévères, ainsi que les inondations, ont déplacé plus de trois millions de Somaliens depuis 2016, selon des données du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). 

Le phénomène est en train de vider des zones entières de l'intérieur de la Somalie, faisant croître d'immenses camps à l'extérieur des villes. 

Les communautés pastorales avaient pour tradition de donner des noms aux plus grandes sécheresses, espacées d'à peu près une décennie. 

"Mais maintenant (...) les sécheresses sont tellement fréquentes qu'elles n'ont plus de nom", affirme à l'AFP la ministre régionale de l'Environnement du Somaliland, Shukri Haji Ismail.

Les pluies torrentielles provoquées par le typhon Goni ont particulièrement affecté le village de San Francisco aux Philippines (Photo, AFP).

Les Philippines face aux typhons

Aux Philippines, ce sont les typhons, de plus en plus fréquents, qui affectent la population.

Plusieurs centaines de milliers de personnes ont fui lorsque le typhon Goni a déferlé sur l'archipel en novembre dernier, classé parmi les pays les plus vulnérables aux effets du changement climatique. 

Dans la province d'Albay, surnommée "capitale des catastrophes", les familles passent plusieurs jours dans des abris à chaque saison des pluies.

Bill Bontigao, militant climatique, voit le typhon Goni comme un "signal d'alarme" révélateur de l'urgence à préparer la région à des cyclones plus violents.

Les plantations de cardamome de cette région du Guatemala ont été devastées par la crue de la rivière Cerro Azul (Photo, AFP).

L’Amérique centrale en danger

En octobre et novembre 2020, deux puissants ouragans, Eta et Iota, ont frappé successivement l'Amérique centrale faisant au moins 200 morts et d'énormes dégâts sur les infrastructures et les cultures.

Lazaro Yat, un indigène maya Q'eqchi' de 42 ans, reste marqué à jamais par ces journées de déluge où les eaux de la rivière Azul qui traverse son village ont débordé, inondant routes, maisons, cultures et pâturages.

Avec le réchauffement de la surface des océans, lié au changement climatique, les ouragans deviennent plus puissants, selon les scientifiques qui prévoient une augmentation du nombre d'ouragans de catégorie 4 et 5. 

Selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), plus d'un million de personnes ont été déplacées à l'intérieur et à l'extérieur de l'Amérique centrale par l'impact d'Eta et Iota.

Alex Guerra, directeur de l'Institut de recherche sur le changement climatique au Guatemala, explique que les catastrophes liées au réchauffement de la planète sont un "déclencheur" croissant de migration irrégulière dans la région. 

Des milliers de personnes, principalement des Salvadoriens, des Guatémaltèques et des Honduriens, tentent chaque année de rejoindre les Etats-Unis.

Ils fuient la pauvreté et la violence, et "l'événement climatique donne le coup de pouce final pour que les gens décident de migrer", explique-t-il à l'AFP.

Un récent rapport de la Banque mondiale prévient que les effets du changement climatique pourraient entraîner le mouvement de 216 millions de personnes d'ici 2050, dont 17 millions en Amérique latine.

Des pompiers luttent contre un incendie en Californie (Photo, AFP).

Migrants climatiques en Californie

La Californie se trouve désormais confrontée à un phénomène qu'on associait jusqu'à présent aux atolls du Pacifique menacés par la montée des eaux ou aux zones arides des pays en voie de développement. 

Huit des dix plus gros incendies jamais recensés en Californie se sont déclarés depuis 2017. En 2020, le plus grand d'entre eux a détruit à lui seul 417.000 hectares, soit plus de trois fois la superficie de la mégapole de Los Angeles.

"Comme les feux de forêts provoquent des déplacements massifs de population et que ces incendies sont exacerbés par le changement climatique, je pense qu'on peut commencer à considérer ces déplacements à grande échelle comme un aspect des migrations climatiques", estime Rebecca Miller, chercheuse à l'université de Californie du Sud (USC) au sein du projet "West on Fire".

Selon le Centre de surveillance des déplacements internes, une ONG norvégienne, les feux de forêt ont déplacé en moyenne plus de 200.000 personnes chaque année au cours de la dernière décennie. Près de trois de ces déplacés sur quatre se trouvaient aux Etats-Unis, en grande majorité en Californie.

Les feux record de l'an dernier, qui ont consumé plus de 17.000 km² au total selon les pompiers californiens, ont provoqué le déplacement plus ou moins long de quelque 600.000 habitants.

"J'avais l'impression d'élever mes enfants dans une zone sinistrée. Tout était brûlé autour de nous", déplore Jessica Distefano, qui a fini par quitter le nord de cet Etat américain pour l'Idaho.

(Avec AFP).


Au sommet des grandes puissances, Xi prévient Trump du risque de "conflit" sur Taïwan

Le président chinois Xi Jinping, à droite, serre la main du président américain Donald Trump au Grand Palais du Peuple à Pékin, le 14 mai 2026. (Photo Pool via AP)
Le président chinois Xi Jinping, à droite, serre la main du président américain Donald Trump au Grand Palais du Peuple à Pékin, le 14 mai 2026. (Photo Pool via AP)
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  • Xi Jinping a averti Donald Trump qu’une mauvaise gestion de la question de Taïwan pourrait provoquer de graves tensions, voire un conflit, entre la Chine et les États-Unis
  • Malgré les différends commerciaux et géopolitiques, les deux dirigeants ont affiché une volonté de stabilité et de coopération économique, notamment via l’ouverture accrue du marché chinois aux entreprises américaines

PEKIN: Le président Xi Jinping a prévenu jeudi son homologue Donald Trump que la Chine et les Etats-Unis pourraient entrer en "conflit" si Washington gérait mal la question de Taïwan, dès les premiers instants d'un sommet dont l'île est annoncée comme un des enjeux.

Sur un mode plus conciliant, M. Xi a promis aux premières heures de ce sommet aux enjeux globaux d'ouvrir davantage son pays aux entreprises étrangères, y compris américaines.

En dehors de propos faisant assaut de cordialité devant les caméras au début des entretiens, M. Trump est resté discret à l'entame du séjour sur fond de désaccords multiples et de tensions globales généralisées. Il a promis un "avenir fabuleux" aux relations entre Etats-Unis et Chine.

Les propos de M. Xi sur Taïwan rapportés par la télévision d'Etat alors que les discussions avec M. Trump étaient toujours en cours ont détonné.

"La question de Taïwan est la plus importante dans les relations sino-américaines. Si elle est bien traitée, les relations entre les deux pays (Chine et Etats-Unis) pourront rester globalement stables. Si elle est mal traitée, les deux pays se heurteront, voire entreront en conflit", a déclaré M. Xi, employant un mot en mandarin ne signifiant pas nécessairement conflit militaire.

La Chine considère Taïwan comme l'une de ses provinces, qu'elle n'a pas réussi à unifier avec le reste de son territoire depuis la fin de la guerre civile chinoise en 1949. Elle plaide pour une solution pacifique mais se réserve la possibilité de recourir à la force.

- Tapis rouge -

La politique américaine sur Taïwan repose sur un soutien militaire robuste à l'île, sans reconnaissance à part entière ni soutien ouvert aux velléités d'indépendance.

"La partie américaine a réaffirmé à plusieurs reprises son soutien clair et ferme à Taïwan", a réagi la porte-parole du gouvernement taïwanais, Michelle Lee.

La question de Taïwan est l'un des sujets de crispation qui abondent à l'ouverture du sommet: relations commerciales, guerre avec l'Iran, accès aux terres rares et aux semi-conducteurs, intelligence artificielle... autant de querelles aux prolongements internationaux.

Au-delà du caractère exceptionnel de la visite, la première d'un président américain depuis celle que M. Trump avait lui-même effectuée en 2017, le sommet est largement présenté comme l'occasion pour les deux parties de maintenir une certaine stabilité entre les deux premières puissances économiques mondiales et de ne pas envenimer les crises existantes.

M. Xi a déroulé le tapis rouge à Donald Trump à son arrivée au monumental Palais du Peuple, haut lieu du pouvoir jouxtant au coeur de la capitale l'immense place Tiananmen pavoisée aux couleurs chinoises et américaines.

Après avoir passé en revue une garde militaire au son d'une salve de canons, puis salué une foule d'enfants portant des fleurs et agitant les drapeaux des deux pays en scandant "bienvenue, bienvenue, chaleureuse bienvenue!", MM. Xi et Trump sont rapidement entrés dans le dur des sujets qui fâchent.

- "Stabilité" -

Avant que les portes ne se referment sur les journalistes pour deux heures et quart d'entretiens, M. Trump, qui croit fort dans les relations personnelles entre puissants et affirme sa proximité avec M. Xi, a proclamé son "honneur d'être à (ses) côtés" et "l'honneur d'être (son) ami".

"Les relations entre la Chine et les Etats-Unis vont être meilleures que jamais", a-t-il dit. "Nous allons avoir ensemble un avenir fabuleux", a-t-il renchéri.

M. Trump n'a évoqué spécifiquement aucune des querelles du moment, se concentrant sur les affaires qu'il espère voir réaliser par les nombreux chefs d'entreprise qui l'ont accompagné.

En haut de la liste de voeux de Washington figurent des accords dans le domaine de l'agriculture par exemple et peut-être la confirmation d'une commande massive d'avions auprès de Boeing.

M. Trump espère aussi en la promesse d'investissements chinois aux Etats-Unis.

"La porte de l'ouverture de la Chine continuera de s'ouvrir toujours plus grand", a dit le président chinois aux patrons américains, selon un média d'Etat, répondant à un appel en ce sens de M. Trump cette semaine.

Pékin a insisté à l'approche du sommet sur sa quête de "stabilité". MM. Xi et Trump se sont entendus pour désigner désormais les rapports sino-américains comme une "relation de stabilité statégique constructive", ont dit les Affaires étrangères chinoises.

Les deux superpuissances se sont livré en 2025 une farouche guerre commerciale aux répercussions planétaires, à coups de droits de douane exorbitants et de restrictions multiples, dès après le retour de Donald Trump à la Maison Blanche.

- "Pas des rivaux" -

MM. Xi et Trump ont conclu en octobre une trêve dont les suites devraient figurer parmi les sujets de discussion du sommet. Le sommet a été précédé de consultations commerciales en Corée du Sud. Elles ont eu des "résultats généralement équilibrés et positifs", a dit Pékin.

Depuis octobre, la Chine ressent directement l'impact d'autres politiques conduites par M. Trump, au Venezuela et plus encore en Iran.

"Nous devons être des partenaires, pas des rivaux", a dit M. Xi à M. Trump.

Selon le gouvernement américain, Donald Trump entend faire pression pour que la Chine, un partenaire stratégique et économique primordial de l'Iran - elle est le principal pays importateur de son pétrole - use de son influence en vue d'une sortie de crise dans le Golfe.

Les deux présidents ont discuté de la situation au Moyen-Orient, en Ukraine et sur la péninsule coréenne, ont indiqué les Affaires étrangères chinoises sans plus de précision.


Trump arrive en Chine pour un sommet de grandes puissances aux lourds enjeux

Trump a atterri à bord d’Air Force One à l’aéroport international de Pékin-Capitale à 19h50. (REUTERS)
Trump a atterri à bord d’Air Force One à l’aéroport international de Pékin-Capitale à 19h50. (REUTERS)
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  • Donald Trump est arrivé en Chine pour un sommet crucial avec Xi Jinping, abordant des tensions majeures sur le commerce, Taïwan, l’intelligence artificielle et la guerre en Iran
  • Les deux puissances cherchent un équilibre fragile entre coopération et rivalité, dans un contexte de guerre commerciale, de pressions économiques internes et de fortes incertitudes géopolitiques

PEKIN: Le président américain Donald Trump est arrivé mercredi en Chine pour un sommet aux lourds enjeux globaux avec son homologue Xi Jinping, du commerce international à la guerre en Iran en passant par Taïwan, ont constaté des journalistes de l'AFP.

L'avion présidentiel s'est posé vers 19H50 locales (11H50 GMT). Il s'agit de la première visite d'un président américain depuis celle que M. Trump lui-même a effectuée en novembre 2017.

M. Xi recevra M. Trump avec pompe jeudi à 10H00 locales (02H00 GMT) au Palais du Peuple sur la place Tianamen, haut lieu du pouvoir au coeur de la capitale placée sous haute protection.

Le faste de l'accueil et les marques d'attention témoignées envers un invité qui a reporté ce voyage initialement prévu fin mars à cause de la guerre en Iran ne feront pas disparaître les multiples désaccords qui attendent les deux leaders à huis clos.

M. Trump, apparemment concentré sur le business, a emmené avec lui un certain nombre de chefs d'entreprise, dont Elon Musk, le patron de Tesla et de SpaceX et l'homme le plus riche de la planète, les patrons d'Apple et Boeing Tim Cook et Kelly Ortberg, et celui du géant américain des puces électroniques Nvidia, Jensen Huang.

"Je demanderai au président Xi, dirigeant hors pair, d'ouvrir la Chine afin que ces personnes brillantes puissent opérer leur magie et contribuer à hisser la République populaire à un niveau encore plus élevé !", a écrit M. Trump sur son réseau Truth social, en route vers la Chine.

En haut de la liste de voeux américaine figure l'annonce d'accords dans des domaines comme l'agriculture et peut-être la confirmation d'une commande massive d'appareils auprès de Boeing.

"La Chine salue la visite d'Etat du président Trump", a déclaré un porte-parole des Affaires étrangères chinoises, Guo Jiakun.

Pékin est prête à "élargir la coopération et gérer les différends". Il a répété le mantra de Pékin à l'approche du sommet: la recherche de "plus de stabilité et de certitude dans un monde en proie aux changements et aux turbulences".

MM. Trump et Xi devraient ainsi chercher à prolonger la trêve conclue en octobre dans la guerre des droits de douanes.

Mais les autres points de friction abondent: restrictions sur les approvisionnements en terres rares ou en semi-conducteurs, intelligence artificielle et propriété intellectuelle, Taïwan.

- "Longue conversation" sur l'Iran -

La guerre avec l'Iran s'y est ajoutée depuis fin février avec ses retombées mondiales.

Selon l'administration américaine, M. Trump entend faire pression pour que Pékin, partenaire stratégique et économique primordiale de l'Iran, principale importatrice de son pétrole, use de son influence pour une sortie de crise dans le Golfe.

Le président américain a cherché à mettre fin aux achats de pétrole iranien par la Chine en prenant diverses sanctions, condamnées par Pékin. Sans que cela ne dégénère jusqu'alors en crise diplomatique ouverte.

"Nous aurons une longue conversation à propos de l'Iran", a déclaré M. Trump aux journalistes venus assister à son départ de la Maison Blanche, tout en assurant qu'il n'avait besoin de l'aide de personne à ce propos.

La quasi fermeture du détroit d'Ormuz sous l'effet des blocus iranien et américain impacte directement les approvisionnements chinois. La guerre commence à faire ressentir ses effets sur la Chine.

La veille de l'arrivée de M.Trump, le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi a appelé le Pakistan à "intensifier" ses efforts de médiation entre Téhéran et Washington, selon l'agence Chine Nouvelle.

- Position de force -

Etats-Unis et Chine se livrent depuis des années une compétition acharnée, stratégique, technologique ou économique.

"Le sommet aura l'air poli en apparence, mais sur le plan tactique, ce sera un match de rugby lors duquel chaque partie voudra prendre l'avantage", prédit Melanie Hart, spécialiste de la Chine à l'Atlantic Council.

Les deux superpuissances se sont livré en 2025 une farouche guerre commerciale aux répercussions planétaires, à coups de droits de douane exorbitants et de restrictions multiples, dès après le retour de Donald Trump à la Maison Blanche.

Le sommet survient à un moment difficile sur le plan intérieur de part et d'autre.

Donald Trump fait face à des sondages catastrophiques et à une poussée d'inflation nourrie par la guerre contre l'Iran.

L'économie chinoise, dans le même temps, est confrontée à une faible consommation intérieure et à une crise de la dette persistante dans l'immobilier.

Les experts estiment que Xi Jinping aborde le sommet en relative position de force face à un Donald Trump empêtré dau Moyen-Orient et soumis à la pression grandissante des élections américaines de mi-mandat en novembre. Mais elle n'a pas intérêt à ce que la situation dans le Golfe dure, nuancent-ils.


Trump part à la rencontre de son «bon ami» Xi, l'Iran en toile de fond

Donald Trump s'est envolé mardi pour rencontrer son "bon ami" Xi Jinping à Pékin, en assurant que sa visite serait fructueuse en dépit de leurs désaccords sur la guerre au Moyen-Orient, le commerce et Taïwan. (AFP)
Donald Trump s'est envolé mardi pour rencontrer son "bon ami" Xi Jinping à Pékin, en assurant que sa visite serait fructueuse en dépit de leurs désaccords sur la guerre au Moyen-Orient, le commerce et Taïwan. (AFP)
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  • "Nous aurons une longue conversation à propos de l'Iran", a dit mardi Donald Trump aux journalistes venus assister à son départ de la Maison Blanche
  • Avant de déclarer tout le contraire quelques minutes plus tard: "Nous avons beaucoup de choses à discuter. Et je ne dirais pas que l'Iran en fait partie."

PEKIN: Donald Trump s'est envolé mardi pour rencontrer son "bon ami" Xi Jinping à Pékin, en assurant que sa visite serait fructueuse en dépit de leurs désaccords sur la guerre au Moyen-Orient, le commerce et Taïwan.

Le président américain ne veut pas que la guerre contre l'Iran, pays allié à la Chine, gâche l'accueil fastueux que lui réservera son homologue chinois jeudi et vendredi.

"Nous aurons une longue conversation à propos de l'Iran", a dit mardi Donald Trump aux journalistes venus assister à son départ de la Maison Blanche.

Avant de déclarer tout le contraire quelques minutes plus tard: "Nous avons beaucoup de choses à discuter. Et je ne dirais pas que l'Iran en fait partie."

Le dirigeant républicain, empêtré dans un conflit beaucoup plus long et complexe qu'il ne le prévoyait, a assuré qu'il n'avait de toute façon "pas besoin d'aide avec l'Iran."

"De bonnes choses" 

Jugeant que la Chine, première acheteuse de pétrole iranien, n'avait pas causé de "problèmes" face au blocus imposé par les Etats-Unis sur les ports iraniens, Donald Trump a déclaré à propos de son homologue chinois: "C'est quelqu'un avec qui nous nous entendons bien. Et je pense que vous allez voir de bonnes choses se produire."

Il s'agit de la première visite en Chine d'un président américain depuis celle qu'il avait lui-même effectuée en 2017.

Derrière l'optimisme de Donald Trump, les deux premières puissances mondiales continuent à se livrer une compétition acharnée, qu'elle soit militaire, diplomatique, technologique ou économique.

"Le sommet aura l'air poli en apparence, mais sur le plan tactique, ce sera un match de rugby lors duquel chaque partie voudra prendre l'avantage", prédit Melanie Hart, spécialiste de la Chine au Atlantic Council.

Les ventes d'armes des Etats-Unis à Taïwan, le contrôle des exportations de terres rares par la Chine et les droits de douane sont autant de sujets de friction.

"Des progrès seront certainement réalisés", veut croire Wen Wen, une femme de 24 ans originaire de Nankin, dans l'est de la Chine, interrogée par l'AFP. ELle espère que les deux superpuissances puissent garantir une "paix durable" malgré "l'instabilité actuelle dans le monde".

Tesla et Boeing 

Les relations économiques entre Pékin et Washington restent tendues, malgré la trêve commerciale d'un an conclue au cours de la dernière réunion des deux présidents en Corée du Sud en octobre.

Auprès de la Chine, qui affiche un important excédent commercial avec les Etats-Unis, le président américain espère décrocher de gros contrats et des promesses d'investissement ronflantes.

Il sera accompagné par une importante délégation de dirigeants d'entreprises américaines, dont Elon Musk (Tesla), Tim Cook (Apple) et Kelly Ortberg (Boeing).

Le sommet survient à un moment difficile pour Donald Trump, qui fait face à des sondages catastrophiques et à une poussée d'inflation aux Etats-Unis, nourrie par la guerre contre l'Iran.

La rencontre est aussi organisée à un moment incertain pour l'économie chinoise, confrontée à une faible consommation intérieure et à une crise de la dette persistante dans l'immobilier.

Pour Li Jiahao, gérant d'un bar karaoké à Pékin, la visite de M. Trump ne résoudra pas tout: "Venir ici et résoudre les problèmes sont deux choses différentes", a affirmé le trentenaire à l'AFP, avant de lancer: "seule l'amitié peut nous permettre de parvenir à un développement mutuel".

Les ventes d'armes à Taïwan

La guerre contre l'Iran, déclenchée par les Etats-Unis et Israël le 28 février, avait conduit Donald Trump à reporter une fois son voyage.

Ce conflit, et le blocage par l'Iran du détroit d'Ormuz, compliquent encore davantage la relation entre Washington et Pékin.

Le président américain a cherché à mettre fin aux achats de pétrole iranien par la Chine en prenant diverses sanctions, condamnées par Pékin, mais sans que cela ne dégénère jusqu'ici en crise diplomatique ouverte.

Un autre sujet de discorde majeur pour les responsables chinois est l'assistance militaire fournie à Taïwan par les Etats-Unis.

Donald Trump s'est montré prêt à aborder ce sujet épineux avec Xi Jinping.

La Chine considère Taïwan comme l'une de ses provinces. Elle plaide pour une solution pacifique mais se réserve le droit de recourir à la force en vue de la "réunification".