De la protection à la discrimination

Les passagers déposent leurs effets personnels dans des poubelles avant de passer le contrôle de sécurité des passagers au terminal 8 de l'aéroport international John F. Kennedy le 22 octobre 2010. (Fichier/AFP)
Les passagers déposent leurs effets personnels dans des poubelles avant de passer le contrôle de sécurité des passagers au terminal 8 de l'aéroport international John F. Kennedy le 22 octobre 2010. (Fichier/AFP)
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Publié le Jeudi 09 septembre 2021

De la protection à la discrimination

Les passagers déposent leurs effets personnels dans des poubelles avant de passer le contrôle de sécurité des passagers au terminal 8 de l'aéroport international John F. Kennedy le 22 octobre 2010. (Fichier/AFP)
  • Les mesures de sécurité des compagnies aériennes ont changé la façon dont les gens prennent l’avion; mais, pour les Arabes et les musulmans, le profilage racial et religieux est devenu la norme
  • Une étude de  2017 montre que deux tiers des inspections de passagers dans un aéroport à leur entrée aux États-Unis concernent des personnes «non  blanches»

LONDRES: «Ce jour fut le plus horrible et le plus humiliant de ma vie», confie Issam Abdallah. En 2019, il avait pris place à bord d’un avion d'American Airlines qui devait relier l'Alabama au Texas, mais le vol fut annulé parce que les membres d'équipage se sentaient «mal à l'aise» en raison de sa présence dans l'avion. 

Une fois sorti de l'avion, Abdallah a été arrêté par un agent du FBI qui lui a posé des questions sur son nom et sur son métier. Lorsqu'il lui a demandé pourquoi il était interrogé, l'agent lui aurait dit que c'était parce qu'il «était allé aux toilettes et avait tiré la chasse d'eau à deux reprises». 

Vingt ans après les attentats du 11-Septembre, la façon dont les gens voyagent en avion a changé de manière irréversible. 

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Des agents de la TSA font une démonstration de la première unité de technologie d'imagerie avancée au poste de contrôle de sécurité des passagers du terminal 8 de l'aéroport international John F. Kennedy le 22 octobre 2010. (Fichier/AFP)

Pour la grande majorité d’entre eux, les mesures de sécurité mises en place dans les aéroports et à bord des avions au lendemain des attentats ont entraîné des désagréments mineurs: des scanners corporels ou une attente prolongée dans les files d'attente en raison d’un contrôle de sécurité. 

Les briquets étant interdits sur les vols commerciaux depuis 2005: il faut désormais attendre l'arrivée des bagages enregistrés avant de satisfaire son envie de fumer. Les cockpits des avions sont désormais verrouillés, de sorte qu'aucun passager ne peut accéder aux commandes. En outre, le personnel de cabine est formé pour protéger le cockpit si un pilote doit en sortir afin d'empêcher quiconque de tenter de détourner l'avion. 

D'autres mesures trouvent leur justification dans des complots terroristes déjoués. 

Les passagers aériens doivent désormais ôter leurs chaussures lors des contrôles de sécurité depuis la tentative du terroriste britannique Richard Reid de faire exploser des explosifs cachés dans ses chaussures sur le vol 63 d’American Airlines (Paris-Miami) au mois de décembre 2001, quelques mois seulement après le 11-Septembre. 

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Un agent de la Transportation Security Administration contrôle les passagers à l'aéroport de LaGuardia la veille de Thanksgiving, le jour de voyage le plus chargé du pays le 22 novembre 2017 à New York. (Fichier/AFP)

En outre, les voyageurs ne peuvent emporter avec eux que des flacons de liquide de 100 ml au maximum depuis que la police britannique a déjoué, en 2006, une attaque terroriste à grande échelle pour laquelle du matériel explosif avait été dissimulé dans des bouteilles de boissons gazeuses qui devaient exploser à bord de dix vols transatlantiques. 

En fonction de l'émergence de nouvelles menaces, la sécurité aérienne a évolué, s’est adaptée et a mis en œuvre des mesures qui sont devenues la norme. Elles font désormais partie du transport aérien moderne, tout en rendant les vols, disent ceux qui les approuvent, considérablement plus sûrs. 

Toutefois, pour les Arabes et les musulmans – comme Issam Abdallah et Abderraouf Alkhawaldeh, tous deux présents à bord de ce vol Birmingham-Dallas il y a deux ans –, un excès de zèle n’a cessé d’accompagner ces mesures. Depuis le 11-Septembre, ils ont ainsi dû faire face à des profilages basés sur leur religion ou leur origine ethnique, généralement déguisé en contrôles de sécurité «aléatoires». 

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Un homme et une femme se prennent en photo à l'aéroport John F. Kennedy (JFK) le 24 mars 2016 à New York. (Fichier/AFP)

L'histoire d'Abdallah n’est, dans ces vingt dernières années, qu’un incident parmi beaucoup d'autres qui impliquent des passagers qui ont la «mauvaise» couleur de peau, la «mauvaise» religion, qui parlent la «mauvaise» langue ou portent le «mauvais» nom. Cette façon de procéder remet en question le caractère prétendument aléatoire de ces contrôles. 

Faizah Shaheen, qui travaille comme spécialiste de la santé mentale au Royaume-Uni, a été exclue d'un vol en 2016 et on l’a interrogée – sur le chemin du retour en Grande-Bretagne après sa lune de miel – parce que le personnel de cabine l'avait aperçue en train de lire un livre sur la Syrie. 

Deux ans avant la mésaventure d'Abdallah, Hasan Aldewachi, un étudiant d'origine irakienne, a également été écarté d'un vol, qui reliait Vienne et l'aéroport de Londres-Gatwick, parce qu'un autre passager avait lu un SMS qu'il envoyait à sa femme. Le message l'avertissait simplement que, le vol étant retardé, il rentrerait un peu plus tard à la maison. Le problème? Le message était écrit en arabe. 

Et la liste ne s’arrête pas là. 

attaques islamiques

Vingt ans après le 11-Septembre, une partie des passagers, dont certains sont nés et ont grandi dans des pays comme les États-Unis, le Royaume-Uni et la France, sont toujours victimes d’un phénomène que les experts résument en ces termes: «prendre l’avion lorsqu’on est musulman». 

Cela implique le profilage racial des musulmans ou de personnes considérées comme «d'apparence musulmane» dans les aéroports ou à bord des avions. Ces personnes font instantanément l’objet de suspicion alors qu’elles se livrent des activités absolument normales et banales: parler arabe, lire les informations sur leur téléphone – y compris lorsqu’elles ne font rien de particulier, mais que, simplement, elles «ont l'air» musulman ou sont d'origine moyen-orientale. 

Cette stigmatisation, qui commence dès l’instant où ces personnes entrent dans les aéroports, a contribué au fait que certains musulmans ont décidé de ne pas voyager en avion, selon l'entrepreneur Soumaya Hamdi. Ce dernier a créé le Halal Travel Guide («Guide de voyage hallal»), qui organise des circuits de vacances spécialement conçus pour les touristes musulmans après avoir constaté qu'ils étaient mal traités par l'industrie du voyage. 

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Une agente de la Transportation Security Administration (TSA) contrôle les bagages à l'aéroport de LaGuardia (LGA) le 26 septembre 2017 à New York. (Fichier/AFP)

«C'est tout simplement routinier, comme une sorte de blague. Vous vous demandez: “Est-ce que je vais me faire arrêter aujourd'hui?” Et, neuf fois sur dix, cela arrive», déclare Hamdi, qui a elle-même souvent été interpellée dans les aéroports britanniques. 

«Je comprends que ce soit vraiment important pour les gens de se sentir en sécurité et je pense que beaucoup de voyageurs musulmans et arabes apprécient cela également; c’est pourquoi je pense que nous sommes prêts à subir la mascarade de ces contrôles de sécurité.» 

«Dans certains pays européens, comme la France, si vous êtes visiblement un homme ou une femme de religion musulmane – et, généralement, ce sont les femmes qui souffrent le plus de cela –, le sentiment que vous n’êtes pas le bienvenu est fréquent.» 

Hamdi ajoute: «Le discours culturel du 11-Septembre, comme les films qui sont sortis sur ce sujet, n'a pas aidé. Cela a profondément contribué aux stéréotypes qui s’attachent aux musulmans et cela a conditionné les réflexes de beaucoup de voyageurs musulmans, qui ont commencé à se limiter aux destinations avec lesquelles ils se sentaient à l'aise.» 

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Des soldats de l'armée américaine patrouillent le long d'un hall dans la zone des départs de l'aéroport de LaGuardia (LGA), le 30 juin 2016 dans le quartier Queens de New York. (Fichier/AFP)

Depuis le 11-Septembre, les conséquences de cette approche sécuritaire fondée sur la méfiance se font ressentir à titre individuel pour des voyageurs comme Abdallah, Shaheen et Aldewachi; mais, parfois, elles touchent des millions de musulmans du monde entier d'un seul coup avec la mise en place de certaines politiques, comme la prétendue interdiction pour les musulmans de voyager ordonnée en 2017 par le président américain de l'époque, Donald Trump. 

Une étude publiée la même année par Uzma Jamil, conseillère principale en recherche sur l'équité à l'université McGill, au Canada, conclut que ces mesures de sécurité, ainsi que l'inclusion arbitraire de milliers de musulmans sur des listes d'interdiction de vol, font partie d'un processus en cours qu’elle décrit comme la «sécurisation des musulmans». Selon elle, elles ont pour but, depuis 2001, de présenter l'islam comme une menace pour l'Occident. 

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Des soldats américains montent la garde près d'une ligne de sécurité à l'aéroport John F. Kennedy (JFK) le 24 mars 2016 à New York. (Fichier/AFP)

«La liste d'interdiction de vol contribue à l'islamophobie en stigmatisant de manière disproportionnée les passagers musulmans ou d'apparence musulmane en tant que membres d'une communauté suspecte», écrit-elle. 

«Les informations recueillies par l'État, qui incluent la “liste d'interdiction de vol”, sont utilisées pour confirmer la “notion” de communauté suspecte.» 

«Savoir qui sont les musulmans, ce qu'ils font, d'où ils viennent et où ils vont, uniquement parce qu'ils sont musulmans, facilite leur profilage racial et religieux et contribue à l'institutionnalisation de l'islamophobie», ajoute-t-elle. 

Hamdi a le même sentiment. «Je ne sais pas si quelque chose est fait pour freiner le profilage. Je dirais qu'il y a en réalité un effort concerté pour l'intégrer dans la politique depuis une vingtaine d'années», déplore-t-elle. 

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Des gens attendent dans une file de sécurité à l'aéroport John F. Kennedy (JFK) le 24 mars 2016 à New York. (Fichier/AFP)

 

«C’est l’une des choses qui me dissuade d’aller aux États-Unis. Les gens inscrits sur des listes d'interdiction de voyage partagent un lien ethnique ou religieux, et pas du tout un lien avéré avec le terrorisme.» 

Les statistiques semblent confirmer leurs conclusions. Une étude américaine de 2017 montre en effet que les deux tiers de toutes les inspections de passagers dans un aéroport à l'entrée du pays concernent des personnes «non blanches», et 97% des personnes qui sont sélectionnées pour faire l’objet de fouilles physiques et de palpations sont totalement innocentes. 

Les chiffres publiés la même année par le ministère de l'Intérieur britannique montrent que 88% des personnes détenues dans les ports d'entrée britanniques n'étaient pas non plus de couleur de peau blanche. Le fait que seulement 0,02% des personnes arrêtées pour interrogatoire aient été inculpées d'une infraction révèle toute l'ampleur du problème. 

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Tommy Karathomas, un agent de la Transportation Security Administration K9, et son chien détecteur d'explosifs Buddy effectuent une démonstration à l'aéroport de LaGuardia le 20 janvier 2016. (Fichier/AFP)

Le 11 septembre 2001 a sans aucun doute changé le monde à bien des égards, et les voyages en avion ne seront plus jamais les mêmes pour personne. La crainte d’attaques terroristes dans les aéroports ou à bord des avions fait que des mesures de sécurité strictes – et, pour les musulmans, souvent intrusives – sont considérées comme indispensables pour la sécurité. 

Cependant, deux décennies après les attentats, une triste réalité persiste: du jour au lendemain, les atrocités ont fait de gens ordinaires des boucs émissaires et des suspects qui, en faisant quelque chose d'aussi banal que de voyager en avion ou de partir à l'étranger, suscitent soudain des soupçons et de la paranoïa. 

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Les Etats-Unis et l'Iran cessent les hostilités «pour le moment»

Les Etats-Unis et l'Iran vont suspendre leurs récentes attaques mutuelles qui avaient marqué une reprise des hostilités après la signature de leur protocole d'accord, a annoncé dimanche un responsable américain. (AFP)
Les Etats-Unis et l'Iran vont suspendre leurs récentes attaques mutuelles qui avaient marqué une reprise des hostilités après la signature de leur protocole d'accord, a annoncé dimanche un responsable américain. (AFP)
  • Les deux camps s'accusaient mutuellement de violations du cessez-le-feu ces derniers jours, dans un regain de tensions après la signature le 17 juin de leur protocole d'accord
  • Le responsable américain n'a cependant pas confirmé des informations de médias américains faisant état d'une rencontre entre Iraniens et Américains mardi au Qatar, avec Ormuz au programme

WASHINGTON: Les Etats-Unis et l'Iran vont suspendre leurs récentes attaques mutuelles qui avaient marqué une reprise des hostilités après la signature de leur protocole d'accord, a annoncé dimanche un responsable américain.

"Il est prévu que les discussions techniques continuent sur tous les points du protocole d'accord. Les deux parties vont cesser (leurs attaques) pour le moment et les navires peuvent circuler librement" dans le détroit d'Ormuz et autour, a expliqué dans un mail transmis à l'AFP ce responsable.

Les deux camps s'accusaient mutuellement de violations du cessez-le-feu ces derniers jours, dans un regain de tensions après la signature le 17 juin de leur protocole d'accord.

Le responsable américain n'a cependant pas confirmé des informations de médias américains faisant état d'une rencontre entre Iraniens et Américains mardi au Qatar, avec Ormuz au programme.

Verrouillé par la République islamique pendant la guerre lancée le 28 février par Israël et les Etats-Unis, ce qui a déstabilisé le commerce mondial d'hydrocarbures et fait flamber les cours du pétrole, le détroit a rouvert la semaine dernière.

Téhéran n'autorise cependant qu'un seul couloir de passage, le long de ses côtes, et menace de s'en prendre à tout navire contrevenant. "Aucune autre institution ni aucun autre pays" que l'Iran n'est "responsable" de la gestion du détroit, a martelé dimanche le chef de la diplomatie Abbas Araghchi.

"Toute ingérence" dans la gestion du détroit conduira "à des retards dans (sa) réouverture et augmentera les tensions", a-t-il lancé.

Possible rencontre au Qatar 

L'Iran a vu d'un mauvais oeil l'annonce par Oman de l'ouverture d'une voie de navigation alternative temporaire, présentée comme une initiative concertée avec l'ONU pour évacuer les marins et navires bloqués. Des dizaines de bateaux l'ont empruntée cette semaine.

Et depuis jeudi, deux navires ont été touchés par des projectiles d'origine inconnue - des attaques attribuées à Téhéran par l'armée américaine qui a riposté deux jours de suite en bombardant l'Iran.

Téhéran a de son côté répliqué en tirant missiles et drones vers ses voisins du Golfe, notamment le Koweït et Bahreïn.

Citant deux responsables américains et une troisième source ayant connaissance du dossier, le média Axios a affirmé que des discussions devaient avoir lieu mardi au Qatar pour résoudre les différends concernant Ormuz, voie par laquelle transite habituellement quelque 20% des hydrocarbures mondiaux.

Si l'Iran et Oman revendiquent leur souveraineté sur Ormuz, la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM), adoptée en 1982, garantit un droit de "passage en transit" dans les détroits qui servent à la navigation internationale, comme celui d'Ormuz, incontournable pour relier le Golfe au reste du monde.

Le texte, non ratifié par Téhéran, dispose que "tous les navires et aéronefs" dont le but est le transit "continu et rapide" du détroit jouissent d'une liberté de navigation "sans entrave".

Frappes israéliennes au Liban 

Au Liban, que Téhéran avait exigé d'inclure dans le protocole d'accord avec les Etats-Unis, Israël a poursuivi ses frappes dimanche. Et ce malgré, aussi, la signature vendredi à Washington d'un accord-cadre en vue d'une "paix durable".

Dans un communiqué conjoint, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense israéliens Israël Katz ont annoncé que l'armée avait détruit un long et profond tunnel du Hezbollah dans le sud du Liban.

L'Agence libanaise d'information ANI (officielle) a rapporté des bombardements, le ministère de la Santé faisant état de deux blessés après le lancement d'une grenade par "l'ennemi israélien" sur une localité du sud du pays.

Le chef du Parlement libanais allié au Hezbollah pro-Iran, Nabih Berri, a affirmé dimanche que l'accord avec Israël "ne sera pas adopté" en l'état.

Le mouvement chiite, qui rejette lui aussi cet accord, a dit se réserver le droit de "défendre sa patrie" après les dernières attaques israéliennes.

L'accord conditionne le retrait d'Israël du Liban - dont les troupes occupent un secteur dans le sud - au désarmement du Hezbollah. Une exigence de longue date que Beyrouth peine à mettre en oeuvre.

Le Liban a été entraîné dans le conflit début mars quand le Hezbollah a ciblé Israël en soutien à son parrain iranien, après l'offensive américano-israélienne sur Téhéran.


Etats-Unis et Iran échangent des frappes

Des avions de chasse F-16 en patrouille au Moyen-Orient. Des appareils militaires américains ont bombardé vendredi des sites de missiles, de drones et de radars en Iran. (Commandement central des États-Unis)
Des avions de chasse F-16 en patrouille au Moyen-Orient. Des appareils militaires américains ont bombardé vendredi des sites de missiles, de drones et de radars en Iran. (Commandement central des États-Unis)
  • L’Iran affirme avoir visé des cibles américaines dans le Golfe en riposte aux frappes américaines contre des sites militaires iraniens, après une attaque contre un navire dans le détroit d’Ormuz
  • Malgré cette escalade, le trafic maritime reprend progressivement dans le détroit d’Ormuz, tandis que les États-Unis ont dévoilé un accord-cadre entre Israël et le Liban pour une paix durable

TEHERAN: L'Iran a affirmé samedi avoir riposté, en attaquant des cibles américaines dans le Golfe, à des frappes menées la veille par Etats-Unis contre son territoire.

Les frappes américaines, les premières connues depuis la signature du protocole d'accord entre Washington et Téhéran le 17 juin, ont été lancées à la suite de l'attaque d'un navire commercial ayant franchi le détroit d'Ormuz la veille et attribuée à l'Iran par les Etats-Unis.

"Si l'agression se répète, notre réponse sera plus large que ça", ont averti les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de l'Iran, cités par la télévision d'Etat Irib.

De son côté, l'armée américaine avait annoncé avoir "ciblé des lieux de stockage de missiles et de drones et des sites radar côtiers en Iran", en réponse "à l'attaque de la veille contre un navire commercial qui transitait par le détroit d'Ormuz". Elle a ensuite publié sur X une vidéo de sa frappe contre l'Iran.

La télévision d'Etat iranienne a fait état vendredi soir d'une explosion et d'un impact de projectile sur un quai de la ville de Sirik, dans le sud du pays, ainsi que plusieurs tirs d'avertissement visant ce que Téhéran qualifie de "navires en infraction" dans le détroit d'Ormuz.

"Le port de Sirik n'a subi aucun dommage lors de l'attaque ennemie", a plus tard indiqué un responsable des ports de la région d'Hormozgan, cité par l'agence de presse iranienne Mehr.

Le vice-président américain JD Vance a écrit sur X que l'Iran avait "signé un accord de cessez-le-feu. Nous l'avons respecté. S'ils ont des désaccords sur la mise en œuvre du protocole d'accord, ils peuvent décrocher leur téléphone. Mais la violence n'engendrera que la violence".

Plus tôt dans la journée, Donald Trump a qualifié l'attaque du cargo de "violation stupide" du cessez-le-feu, alors que les deux belligérants sont entrés dans une phase de soixante jours de négociations pour parvenir à un accord final.

"Vous verrez bien", a-t-il répondu de manière évasive aux questions sur une éventuelle réponse militaire américaine.

 

- Accord-cadre entre Liban et Israël -

 

Des navires ont néanmoins continué vendredi à traverser le détroit d'Ormuz, que l'Iran a rouvert suite au protocole d'accord entre Washington et Téhéran.

Et plusieurs bateaux ont emprunté une route non approuvée par Téhéran, même si l'autorité maritime iranienne avait averti que "tout passage en dehors du cadre défini ne bénéficierait pas des garanties de passage sécurisé".

Vendredi, 29 navires commerciaux ont franchi le détroit, selon les données du site de suivi Kpler en fin d'après-midi. Dix-sept ont suivi une route longeant les côtes d'Oman. Après un pic de 57 navires mercredi, 42 étaient passés jeudi.

Suspendu après l'attaque du cargo, le processus d'évacuation des quelque 600 navires, avec 11.000 marins à bord bloqués dans le Golfe depuis le début de la guerre, sera relancé dès l'obtention de "confirmations supplémentaires" sur les garanties de sécurité, a expliqué l'Organisation maritime internationale (OMI).

Depuis son lancement mardi, quelque 2.500 marins et 115 navires ont été évacués jusque-là, selon l'OMI.

Sur l'autre front, Washington a publié vendredi le texte d'un accord-cadre sous l'égide des Etats-Unis, entre Israël et le Liban, avec l'objectif affiché de "paix et sécurité durables" entre les deux pays, techniquement en état de guerre depuis des décennies.

 

- "Vers une guerre civile" -

 

Dans une vidéo diffusée juste après l'annonce, Benjamin Netanyahu a semblé dévoiler les succès obtenus côté israélien, à commencer par le maintien de son armée dans le sud du Liban "tant que le Hezbollah ne sera pas désarmé", malgré la mise en place de deux "zones pilotes" rendues au contrôle de l'armée libanaise.

Il a également averti que la population civile déplacée ne pourrait pas revenir.

"L'Iran essaie de nous contraindre à nous retirer du sud du Liban par la pression, mais en réalité, Israël, le Liban et les États-Unis lui répondent: cela ne vous regarde pas", a-t-il considéré.

L'accord est "un premier pas" vers la restauration de la souveraineté entière du Liban sans "occupation", "subordination" ni "tutelle", a réagi son président Joseph Aoun.

Tant l'ambassade libanaise à Washington que le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio ont évoqué dans leurs communications la question du désarmement du Hezbollah.

Les "autorités libanaises seront incapables d'imposer" sa mise en oeuvre, à moins "qu'elles ne se dirigent, avec le soutien américain, vers une guerre civile", a réagi Hassan Fadlallah, député du Hezbollah, le mouvement pro-iranien armé très implanté dans le sud du Liban et qui a toujours rejeté ces négociations directes.

Le député a aussi qualifié l'accord de "tentative de perturber" celui conclu le 17 juin entre Washington et Téhéran pour mettre durablement fin à la guerre au Moyen-Orient, y compris au Liban - sur l'insistance de l'Iran qui ne veut pas dissocier les deux dossiers.

Le Liban a été entraîné dans le conflit début mars quand le Hezbollah a ciblé Israël en soutien à son parrain iranien, après l'offensive américano-israélienne sur Téhéran le 28 février.


Une vérification nucléaire «très poussée» est nécessaire en Iran après la guerre, selon le chef de l'AIEA

Un système de vérification "très poussé" est nécessaire en Iran après le récent conflit afin de s'assurer que le pays ne développe pas d'armes nucléaires, a déclaré vendredi le directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).
Un système de vérification "très poussé" est nécessaire en Iran après le récent conflit afin de s'assurer que le pays ne développe pas d'armes nucléaires, a déclaré vendredi le directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).
  • "L'objectif de cet accord (entre les États-Unis et l'Iran) est de garantir qu'il n'y ait pas de développement d'armes nucléaires en Iran. Le gouvernement iranien a déclaré très clairement que ce n'est pas son intention", a indiqué Rafael Grossi
  • "Mais bien sûr, les intentions ne suffisent pas. Nous devons mettre en place un système de vérification très poussé (...) dès que possible", a ajouté M. Grossi

TOKYO: Un système de vérification "très poussé" est nécessaire en Iran après le récent conflit afin de s'assurer que le pays ne développe pas d'armes nucléaires, a déclaré vendredi le directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).

"L'objectif de cet accord (entre les États-Unis et l'Iran) est de garantir qu'il n'y ait pas de développement d'armes nucléaires en Iran. Le gouvernement iranien a déclaré très clairement que ce n'est pas son intention", a indiqué Rafael Grossi lors d'une conférence de presse au Japon.

"Mais bien sûr, les intentions ne suffisent pas. Nous devons mettre en place un système de vérification très poussé (...) dès que possible", a ajouté M. Grossi.

Il a également indiqué que l'organisme de surveillance avait "à peine entamé" des discussions avec l'Iran à la suite de son récent accord préliminaire avec les États-Unis sur le devenir du stock d'uranium de Téhéran.

"Des discussions initiales ont eu lieu (...) Nous nous attendons à ce que ce travail s'accélère prochainement", a déclaré M. Grossi.

Téhéran a toujours nié chercher à se doter de la bombe atomique, tout en restant inflexible sur son droit à exploiter une filière nucléaire civile complète.

En vertu d'une loi votée par le Parlement, les autorités iraniennes ont suspendu en juillet 2025 la coopération avec l'AIEA.

Elles avaient toutefois accepté en septembre d'accueillir de nouveau des inspecteurs, après s'être mis d'accord sur un nouveau cadre et des membres de l'agence se sont rendus ces derniers mois sur place, y compris en juin 2026 pour visiter la centrale nucléaire de Bouchehr. Mais ils n'ont pas eu accès aux sites bombardés.