Comment éliminer de la région arabe le spectre de l'insécurité alimentaire

Ce jeune garçon attend pendant que le Palestinien Walid al-Hattab (à droite) distribue de la soupe aux personnes dans le besoin pendant le mois du ramadan à Gaza, le 14 avril 2021, au milieu de la pandémie de Covid-19. (Photo AFP/Archives)
Ce jeune garçon attend pendant que le Palestinien Walid al-Hattab (à droite) distribue de la soupe aux personnes dans le besoin pendant le mois du ramadan à Gaza, le 14 avril 2021, au milieu de la pandémie de Covid-19. (Photo AFP/Archives)
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Publié le Vendredi 20 août 2021

Comment éliminer de la région arabe le spectre de l'insécurité alimentaire

  • Exploiter la science, la technologie et l'innovation sera essentiel pour garantir des systèmes alimentaires durables, inclusifs et résilients d'ici à 2030
  • Les conflits sont la cause principale de l'augmentation de la faim dans la région Proche-Orient et Afrique du Nord (Near East and North Africa, ou Nena)

DUBAÏ: Exploiter la science, la technologie et l'innovation sera essentiel pour garantir des systèmes alimentaires durables, inclusifs et résilients d'ici à 2030: c’est ce qu’affirment des experts avant le sommet des Nations unies sur les systèmes alimentaires qui se déroulera au mois de septembre à New York.

Il reste toutefois beaucoup à faire pour que le monde soit prêt à nourrir une population qui devrait passer de 7,9 milliards (le nombre actuel d’habitants) à 9,7 milliards en 2050, soit dix fois plus qu’en 1950.

«Tout le monde est préoccupé par la transformation des systèmes alimentaires», indique à Arab News Jean-Marc Faurès, chef de programme au bureau régional de l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) pour la région du Proche-Orient et l'Afrique du Nord (Nena).

«Nous faisons tous partie de ce système alimentaire mondial qui a fait des merveilles pour nourrir une population mondiale croissante, mais il présente de nombreuses lacunes qui doivent être corrigées si nous voulons atteindre les objectifs de développement durable», poursuit-il.

Lancés par l'Assemblée générale des nations unies en 2015, les objectifs de développement durable (ODD) forment un ensemble de dix-sept projets mondiaux interconnectés qui se définissent comme un «plan directeur pour parvenir à un avenir meilleur et plus durable pour tous» d'ici à 2030.

La région Nena dispose d'un approvisionnement limité en terres cultivables et en eau douce, ce qui limite sa capacité à produire sa propre nourriture; ses gouvernements dépendent donc considérablement des importations. La façon dont on produit les aliments doit s'améliorer grâce à des innovations audacieuses à tous les niveaux de la chaîne: de la qualité des produits, des semences et des races animales jusqu’à la résistance des cultures de base à la sécheresse.

«Le changement climatique constitue également un défi majeur pour la production agricole, car il apporte un climat plus incertain et davantage de variabilité dans les précipitations, ce qui est un point crucial dans la production agricole», souligne Faurès.

«Par conséquent, nous avons besoin de cultures capables de résister à une longue période sans pluie ou de cultures et d'animaux capables de supporter des vagues de chaleur croissantes. Il est indispensable de réagir devant ces problèmes de changement climatique, notamment en recourant aux technologies», ajoute-t-il.

Les technologies agricoles, également connues sous le nom d'«agritech», ont fait des progrès importants au cours du xxe siècle avec l'apparition d’engrais synthétiques, de pesticides, et le développement de la mécanisation. Dans la seconde moitié du siècle, des progrès ont été réalisés dans les domaines de la modification génétique, de l'irrigation goutte à goutte, de la culture hydroponique, de l'aquaponie et de l'aéroponie, pour n'en nommer que quelques-uns.

Puis, au cours des premières décennies du nouveau millénaire, les technologies numériques ont commencé à faire leur entrée dans l'agriculture, de la collecte de données et du calcul pour améliorer l'efficacité des cultures jusqu’à la robotique et au tracteur sans conducteur.

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Une photo donne un aperçu des fermes Al-Badia des Émirats arabes unis à Dubaï, des fermes verticales intérieures qui utilisent une technologie hydroponique innovante pour cultiver des fruits et des légumes toute l'année. (Photo AFP/Archives)

Avec les bons investissements et une formation appropriée, les agriculteurs de demain pourraient utiliser régulièrement l'intelligence artificielle, la détection à distance, les logiciels d'information géographique, la réalité virtuelle, la technologie des drones, celle de l'interface de programmation d'applications (API) et une multitude d'outils de précision pour mesurer la chute de pluie, lutter contre les parasites et analyser les éléments nutritifs du sol.

Toutefois, malgré la marche du progrès, la production alimentaire n'a pas été aussi «verte» qu'elle aurait pu l'être. Les engrais, les pesticides et d’autres produits chimiques ont pollué les sols et les cours d'eau; ils ont nui à la biodiversité de la planète. Bien qu'ils tuent les parasites, ces agents toxiques se sont également révélés nocifs pour d'autres espèces, et même pour les êtres humains.

«Nous avons vu émerger une série de problèmes issue de ce qui, à l'époque, était considéré comme un grand succès technologique. Nous devons désormais les résoudre», explique Faurès.

«Des cultures aux animaux, nous avons beaucoup perdu en biodiversité, principalement à cause de l'agriculture. C'est le secteur qui affecte le plus l'environnement. Il est donc vraiment temps de trouver un autre moyen pour aborder la question de la production alimentaire, car l'impact environnemental a été trop important à tous les niveaux.»

L'accès équitable de l'humanité à des aliments sains et nutritifs représente l'une des principales questions qui seront abordées lors du sommet des Nations unies sur les systèmes alimentaires. Avec la crise et les conflits qui ravagent de nombreux pays de la région Nena, l'insécurité alimentaire s'est généralisée. «C’est tout à fait inacceptable. Nous devons continuer à lutter contre la faim de toutes les manières possibles», affirme Faurès.

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Ahmadia Abdo, une jeune fille yéménite qui pèse dix kilos en raison d’une malnutrition sévère, se tient aux côtés de sa mère pendant que cette dernière lave des vêtements dans un camp pour personnes déplacées dans le nord du gouvernorat de Hajjah. (Photo AFP/Archives)

Les conflits sont la cause principale de l'augmentation de la faim dans la région Nena depuis 2015-2017, selon un rapport publié au mois de juin dernier par une coalition d'agences d'aide, dont la FAO.

Le rapport, intitulé «Aperçu régional de la sécurité alimentaire et de la nutrition au Proche-Orient et en Afrique du Nord 2020: améliorer la résilience des systèmes alimentaires dans les États arabes», estime qu'environ 51,4 millions de personnes, soit environ 12,2% de la population, avaient déjà faim dans cette région avant la pandémie de Covid-19. Cela a perturbé davantage encore les chaînes d'approvisionnement et les moyens de subsistance.

Environ 137 millions de personnes habitant cette région étaient considérées comme étant en insécurité alimentaire modérée ou grave, ne disposant pas d’un accès régulier à une nourriture suffisante et nutritive. Cette tendance s’aggravera si des mesures ne sont pas prises pour améliorer la résilience systémique.

EN CHIFFRES

- 12,2% de la population de la région Nena avait faim avant la pandémie.

- 137 millions d’habitants de la région Nena sont en insécurité alimentaire modérée ou sévère.

- 75 millions d’habitants de la région Nena pourraient être touchées par la faim d'ici à 2030.

- 50% de la population de la région arabe n'a pas les moyens de se procurer une alimentation saine.

- Entre 720 et 811 millions de personnes dans le monde sont confrontées à la faim en 2020.

(Source : FAO)

En raison de cette tendance, il est presque certain que la région ne parviendra pas à honorer les objectifs de développement durable (ODD), qui consistent à éradiquer la famine d'ici à la fin de la décennie.

En réalité, en considérant sa trajectoire actuelle, on peut imaginer que le nombre de personnes touchées par des pénuries alimentaires dépassera les 75 millions d'ici à 2030.

Ce qui est particulièrement préoccupant dans ses conclusions, c'est l'impact de la faim et de l'insécurité alimentaire sur la santé publique et sur le développement de l'enfant. Selon les estimations du rapport pour 2019, 22,5% des enfants de la région âgés de moins de 5 ans présentaient un retard de croissance, 9,2% étaient chétifs et 9,9% en surpoids.

Toujours en raison de la mauvaise alimentation, 27% de la population adulte de la région est considérée comme atteinte d’obésité: sur ce plan, la région arabe arrive en deuxième position à l’échelle internationale. Les mêmes carences alimentaires ont rendu 35% des femmes en âge de procréer anémiques.

Bien que les conflits se soient avérés être la principale cause d'insécurité alimentaire, le rapport souligne en outre les faiblesses des systèmes alimentaires régionaux, entravés par les effets du changement climatique, de mauvaises politiques et des perturbations économiques, avant même que ne survienne la pandémie mondiale.

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Un agriculteur a récolté des légumes à feuilles dans un champ de la chaîne de montagnes de Jabal Bil Ays, dans l'émirat de Ras el-Khaïmah, aux Émirats arabes unis. (Photo AFP/Archives)

«Dans notre région, la pandémie a gravement perturbé la chaîne alimentaire des animaux. Les agriculteurs qui élèvent du bétail doivent acheter de la nourriture pour leurs animaux», précise Faurès.

«Au début de la pandémie, tout s'est arrêté et ils n'avaient pas de nourriture pour leurs bêtes. Ce n'est qu'un exemple parmi d’autres; c'était la même chose sur d’autres plans. Le système n'était pas prêt à subir un tel choc».

Il existe d’autres pressions sur les chaînes d'approvisionnement alimentaire comme la pénurie d'eau, les inégalités, la croissance démographique, les migrations massives, ainsi qu’une forte dépendance aux importations. En effet, la région Nena importe environ 63% de sa nourriture, ce qui demeure la plus forte dépendance aux importations des cinq régions du monde.

Un autre facteur d'insécurité alimentaire dans la région Nena est le coût élevé d'une alimentation saine, avec des régimes nutritifs qui incluent beaucoup de fruits et de légumes frais, des légumineuses, de la viande et des produits laitiers. Un tel régime est estimé à environ cinq fois plus qu'un menu qui ne répond qu’aux besoins énergétiques primaires, avec des féculents de base tels que le riz et le pain.

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Amal Abou Amra, 41 ans, cuisinière palestinienne bénévole, distribue de la nourriture préparée avec des ingrédients obtenus auprès de donateurs pour aider les familles nécessiteuses d'un quartier pauvre de la ville de Gaza. (Photo AFP/Archives)

Une alimentation saine est inabordable pour plus de 50% de la population de la région arabe, ce qui est supérieur à la moyenne mondiale (38%).

«Les consommateurs sont déconnectés de la production alimentaire», révèle Faurès. «Mais leurs choix et la façon dont ils traitent les aliments ont des répercussions sur leur santé et sur l'ensemble de la chaîne alimentaire, surtout lorsqu'il existe des modes de consommation beaucoup moins durables que d'autres. Les gens doivent en être conscients», ajoute-t-il.

Plusieurs facteurs échappent au contrôle du public. Au cours des années 2020 et 2021, la région Nena a été dévastée par les criquets pèlerins, qui ont ravagé les terres agricoles.

Faurès affirme ainsi que la communauté internationale et les puissances régionales devraient travailler ensemble dans le but de mettre en place des stratégies pour lutter contre ces fléaux, en veillant à ce que de tels chocs ne se manifestent pas par des famines.

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Les marchands de bétail égyptiens se rassemblent au marché d'Ashmoun dans le gouvernorat égyptien de Menufeya. Ils tentent de vendre du bétail avant la fête de l'Aïd al-Adha. (Photo AFP/Archives)

«Nous devons fournir une sorte de protection sociale aux personnes durement touchées par ces problèmes», résume-t-il.

Bien que la technologie et l'innovation soient des éléments fondamentaux pour aider à alléger le fardeau de l’insécurité alimentaire, le monde ne peut pas compter uniquement sur elles. Selon Faurès, les efforts doivent être orientés vers la promotion d'aliments plus sains, une production et une consommation plus durables, la résilience aux chocs et une vie meilleure pour les producteurs d’aliments.

«Des innovations contribueront à l'une ou l'autre, et peut-être même à des compromis entre ces aspects de la durabilité. Mais il sera également nécessaire de faire des choix», estime-t-il.

Faurès aimerait voir émerger, au-delà d’un renforcement du rôle de la société civile, une bonne gouvernance et des incitations de la part du secteur privé, qui pourrait contribuer à ce qu’un changement se produise dans la façon dont la nourriture est produite.

«Le secteur privé a un grand rôle à jouer car c'est un élément essentiel du système alimentaire d'aujourd'hui. Nous sommes tous dans le même bateau», conclut-il.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


De Riyad à Paris : pourquoi les Saoudiens reviennent toujours en France

Paris reste une destination attractive pour les touristes saoudiens, les amateurs de gastronomie et les passionnés de culture. (Shutterbox)
Paris reste une destination attractive pour les touristes saoudiens, les amateurs de gastronomie et les passionnés de culture. (Shutterbox)
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  • Pour les voyageurs saoudiens, la France offre bien plus que ses monuments, avec une culture, une histoire et une gastronomie qui laissent une impression durable
  • Des lunes de miel aux carrières dans la pâtisserie, en passant par des années d’études à Paris, les visiteurs racontent des expériences qui continuent de les attirer en France

RIYAD : Le secteur touristique français a franchi une étape remarquable en 2025, en accueillant 102 millions de visiteurs internationaux et en confortant sa position de destination la plus visitée au monde.

Pour de nombreux voyageurs saoudiens, la France n’est pas simplement une destination incontournable : c’est une expérience enrichissante, façonnée par les rencontres avec sa culture, son histoire, sa gastronomie, son art et sa vie intellectuelle.

Les deux pays sont de plus en plus connectés grâce à des liaisons aériennes directes. Saudia assure des vols directs entre Paris et Riyad ainsi qu’entre Paris et Djeddah. Dans le même temps, Air France a lancé sa liaison directe Paris-Riyad à l’été 2025, élargissant les possibilités de voyage entre les deux capitales.

Pour les visiteurs saoudiens, ces liaisons ouvrent la porte aux attractions emblématiques, mais surtout à une ville qui peut se découvrir à travers sa culture, son histoire, ses musées, sa gastronomie et la vie quotidienne.

Marwan Alrasheed, traducteur et consultant culturel, s’est rendu en France à l’automne 2025, animé précisément par cette curiosité.

« Je suis venu découvrir la richesse culturelle de Paris, qu’elle soit artistique, historique, philosophique ou culinaire », a-t-il déclaré à Arab News, décrivant Paris comme occupant « une place prépondérante dans l’histoire de la culture humaine ».

Alrasheed a séjourné pendant dix jours dans le Quartier latin, près de la Sorbonne, l’un des quartiers les plus étroitement associés à l’histoire intellectuelle de la ville.

Son itinéraire, riche et varié, reflétait ces centres d’intérêt. Il s’est notamment rendu aux Deux Magots, le célèbre café associé à des écrivains, artistes et philosophes tels que Simone de Beauvoir, Jean-Paul Sartre et Albert Camus.

Il a également exploré le Louvre, où il a admiré la Joconde de Léonard de Vinci et la Victoire de Samothrace.

Alrasheed s’est aussi arrêté à Shakespeare and Company, la librairie anglophone de la rive gauche associée à plusieurs générations d’écrivains, qualifiant son voyage d’« hors du commun et instructif ».

La gastronomie a constitué une autre manière de découvrir la ville.

Passionné d’histoire, Alrasheed a participé à une visite consacrée aux boulangeries historiques parisiennes, explorant l’univers culinaire de la capitale parallèlement à ses visites de musées et de lieux littéraires.

Pris dans leur ensemble, ces expériences ont durablement marqué sa perception de Paris et lui ont donné toutes les raisons d’y revenir. « La gastronomie, la culture, l’art et l’histoire vous invitent tous à revenir », a-t-il déclaré.

Pour Dania Halawani, originaire de Djeddah, la France a offert un autre type de lien personnel. Sa première visite a eu lieu pendant sa lune de miel, lorsqu’elle a passé une semaine à voyager entre Paris, Versailles et Marseille.

« En plus d’être d’une beauté à couper le souffle et incroyablement riche en culture à chaque coin de rue, c’est un pays absolument romantique », a-t-elle déclaré à Arab News.

Versailles a été l’un des temps forts du voyage. « Nous avons parcouru le palais et nous avions l’impression de revivre son histoire et de la respirer », a-t-elle raconté.

Le séjour lui a également permis de se familiariser davantage avec la langue française, l’anglais ne lui permettant pas toujours de communiquer, et elle a commencé à apprendre des mots et des expressions au fil de son voyage.

Pour d’autres visiteurs saoudiens, la France a été une source d’inspiration professionnelle.

Les voyages répétés à Paris de la cheffe pâtissière saoudienne Al-Batoul Al-Maddah l’ont aidée à transformer son intérêt pour la pâtisserie en véritable carrière.

« Je voyageais à Paris à chaque vacances et je découvrais de nouvelles pâtisseries et de nouvelles saveurs, car la pâtisserie ressemble à la mode : tout est question de nouvelles tendances », a-t-elle déclaré à Arab News.

Elle a ensuite choisi d’étudier à Paris, attirée par la culture culinaire de la ville et la créativité de sa scène pâtissière.

« Ma vie étudiante à Paris a été remarquable et j’ai eu la chance d’en apprendre davantage sur ce que j’aime vraiment », a-t-elle déclaré.

Pour Hadeel Al-Nufaiey, l’expérience est allée encore plus loin. Elle a vécu cinq ans à Paris pendant ses études à l’université Paris Descartes, décrivant cette période comme une expérience culturelle, éducative et sociale déterminante.

La vie à Paris l’a amenée à participer à des conversations sur l’Arabie saoudite avec des personnes qui connaissaient peu le Royaume.

Elle a expliqué qu’elle se retrouvait souvent à présenter la société et la culture saoudiennes à des personnes dont la perception était largement façonnée par la couverture médiatique.

« J’ai essayé de contribuer au changement autant que possible et j’espère avoir représenté l’Arabie saoudite de la meilleure manière », a-t-elle déclaré.

À son retour à Riyad, la France était également devenue une partie de sa vie familiale : ses deux jeunes enfants parlent couramment français.

Cafés philosophiques, bibliothèques historiques, pâtisseries et bien d’autres découvertes sont autant d’expériences que les voyageurs saoudiens rapportent de France. Ce qui les relie souvent, c’est le sentiment que le pays offre bien plus qu’une simple liste d’attractions incontournables : il offre la possibilité de découvrir des idées, des goûts et des traditions qui continuent de façonner leurs souvenirs longtemps après la fin du voyage. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Retour sur plus de 100 ans de relations diplomatiques entre l’Arabie saoudite et la France

Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (à droite) accueillant le président français Emmanuel Macron (à gauche) dans la ville côtière de Djeddah, sur la mer Rouge, en Arabie saoudite, le 4 décembre 2021. (Archives/AFP)
Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (à droite) accueillant le président français Emmanuel Macron (à gauche) dans la ville côtière de Djeddah, sur la mer Rouge, en Arabie saoudite, le 4 décembre 2021. (Archives/AFP)
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  • Un siècle de relations officielles a transformé les liens bilatéraux en un vaste partenariat stratégique
  • Les échanges diplomatiques ont renforcé la coopération dans les domaines de la défense, du commerce, de la culture, de l’investissement et de la sécurité régionale

RIYAD : L’Arabie saoudite et la France entretiennent et ont renforcé une relation officielle vieille de 100 ans, à travers des partenariats dans les domaines politique, économique, culturel et de la défense, ainsi que de nombreuses visites d’État réciproques.

Les deux pays accordent une grande importance à la diplomatie et à la politique étrangère, partageant l’objectif commun de promouvoir la sécurité et la stabilité régionales.

Pour comprendre l’histoire de leurs relations, il faut remonter au XIXe siècle à Djeddah, qui marque le début des relations politiques entre la France et la péninsule Arabique. Celles-ci se sont concrétisées avec l’établissement du consulat de Djeddah en 1839, premier poste diplomatique français dans la région.

En 1926, les relations diplomatiques complètes ont officiellement débuté lorsque la France est devenue l’un des premiers pays à reconnaître le Royaume du Hedjaz et du Nejd, avant son unification en 1932. De nombreuses visites réciproques ont eu lieu dès les premières années, avec des discussions portant sur les moyens de développer la coopération dans les domaines de la défense, de l’énergie, de l’investissement et de la culture.

Les relations ont suivi une trajectoire stable pendant le mandat de l’ancien ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal bin Abdulaziz Al-Saud. Toutefois, les liens diplomatiques entre les deux pays ont été rompus en 1956. Le roi Saoud a mis fin aux relations diplomatiques officielles en solidarité avec l’Égypte, alors envahie par la France, la Grande-Bretagne et Israël. Il a également rompu les relations avec le Royaume-Uni et suspendu les livraisons de pétrole aux deux pays.

Il a fallu six ans pour rétablir les canaux diplomatiques officiels entre Riyad, Paris et Londres. En 1963, l’Arabie saoudite et la France ont commencé à renforcer leur relation avec la signature d’un accord de coopération culturelle et technique.

Cette initiative émanait du prince Faisal, devenu roi par la suite, dans le cadre de ses efforts visant à diversifier les partenariats internationaux de l’Arabie saoudite au-delà des États-Unis et du Royaume-Uni. En conséquence, l’École française internationale a ouvert ses portes à Djeddah en 1966, devenant la première d’une série d’écoles françaises à travers le Royaume.

Les relations saoudo-françaises sont entrées dans une nouvelle phase après la visite du roi Faisal bin Abdulaziz en France en 1967 et sa rencontre avec le président français de l’époque, Charles de Gaulle. Cette visite historique a élargi la coopération bilatérale dans de nombreux secteurs afin de faire progresser les intérêts communs des deux pays.

La visite coïncidait avec la guerre des Six Jours, menée du 5 au 10 juin entre Israël et une coalition de pays arabes. L’Arabie saoudite a maintenu une position ferme en faveur de la Palestine, tandis que la France a publiquement condamné les offensives israéliennes et gelé ses livraisons d’armes à Israël.

Cette évolution a renforcé les relations saoudo-françaises, tandis que les discussions entre le roi Faisal et le président de Gaulle ont servi de catalyseur à un fort rapprochement stratégique.

En janvier 1972, l’Arabie saoudite et la France ont approfondi leur coopération en matière de défense avec la signature d’un accord historique d’assistance militaire. Cet accord a permis au Royaume de diversifier son arsenal et a constitué une étape majeure des relations bilatérales, faisant de la France l’un des principaux fournisseurs d’équipements militaires de l’Arabie saoudite.

Pendant la guerre israélo-arabe de 1973, le roi Faisal a effectué une visite d’État en France, où il a été reçu à Paris par le président Georges Pompidou. Leurs discussions de haut niveau ont porté sur les acquisitions militaires, notamment les avions Mirage français, ainsi que sur l’approvisionnement à long terme de la France en pétrole saoudien destiné à alimenter son industrie.

En janvier 1977, les relations entre les deux pays ont franchi une nouvelle étape majeure lorsque Valéry Giscard d’Estaing est devenu le premier président français à effectuer une visite officielle en Arabie saoudite.

Ce qui a véritablement eu un impact mondial et amplifié le poids géopolitique croissant du Royaume sur la scène internationale n’a pas été la visite elle-même, mais le discours historique du président français, dans lequel il a salué l’Arabie saoudite comme une puissance mondiale.

Le 4 juin 1977, la coopération économique saoudo-française a franchi une nouvelle étape lorsque le roi Khalid bin Abdulaziz Al-Saud a publié un décret royal établissant Banque Saudi Fransi en 2002 en tant que société par actions saoudienne.

La nouvelle entité a repris les activités du groupe bancaire français Banque de l’Indochine et de Suez dans le Royaume. Cette opération a donné naissance à une coentreprise dans laquelle les actionnaires saoudiens détenaient la majorité du capital, tandis que l’institution française conservait une participation minoritaire ainsi que le contrôle de la gestion technique.

Une autre étape importante des relations bilatérales a été franchie en 1978, lorsque le roi Khalid s’est rendu à Paris pour sa première visite d’État en France, élargissant les échanges dans les domaines de la sécurité et de la culture.

Au cours des années suivantes, l’élan diplomatique de haut niveau s’est poursuivi avec de fréquentes visites d’État réciproques.

Le président Giscard d’Estaing s’est de nouveau rendu à Riyad en mars 1980, suivi par le président nouvellement élu François Mitterrand en septembre 1981, pour sa première visite officielle hors d’Europe. En 1984, le roi Fahd Abdulaziz Al-Saud a effectué sa première visite d’État en France en tant que souverain de l’Arabie saoudite.

Au cours des six dernières décennies, les deux pays ont continuellement approfondi leur collaboration culturelle, qui s’est étendue à des projets communs dans le développement des musées, l’industrie cinématographique et la préservation du patrimoine.

En avril 1997, le prince Salman bin Abdulaziz, alors gouverneur de la province de Riyad et futur roi d’Arabie saoudite, a rencontré à Paris le président français de l’époque, Jacques Chirac, pour signer une charte de coopération et d’amitié entre les deux capitales.

L’accord a facilité le partage de connaissances entre les autorités municipales de Riyad et de Paris afin de faire progresser la planification urbaine et le développement des infrastructures. Il a également établi une plateforme officielle pour les échanges culturels et patrimoniaux.

Le Conseil d’affaires saoudo-français a été créé quelques années plus tard, en 2001, faisant progressivement évoluer le cadre économique bilatéral vers des partenariats directs entre acteurs du secteur privé. Le conseil a réuni dirigeants d’entreprise et investisseurs des deux pays afin de favoriser les coentreprises.

En avril 2005, le prince héritier Abdullah Al-Saud a effectué une visite officielle à Paris. Ce déplacement a marqué sa dernière grande visite d’État en Europe avant son accession au trône en août de la même année.

En 2006, la France et l’Arabie saoudite ont signé un accord de coopération en matière de défense, actualisant le cadre militaire établi en 1972 entre les deux pays. Peu après, en juin 2007, le roi Abdullah est retourné à Paris pour une visite officielle et a rencontré le président français Nicolas Sarkozy.

L’Arabie saoudite et la France ont davantage développé leur coopération énergétique en janvier 2008, lors d’une visite d’État de deux jours du président Sarkozy, qui a donné lieu à la signature d’accords bilatéraux dans les secteurs du pétrole, du gaz et des mines.

Les liens entre les peuples se sont renforcés en 2010 avec l’ouverture en Arabie saoudite de centres de l’Alliance française, institution officielle dédiée à l’enseignement du français comme langue seconde.

En décembre 2013, le président français François Hollande a rendu visite au roi Abdullah à Riyad. Cette visite de deux jours était consacrée au développement de la coopération commerciale et à la réaffirmation d’un engagement commun en faveur de la sécurité et de la stabilité régionales au Moyen-Orient.

Le 1er septembre 2014, le prince héritier Salman bin Abdulaziz, alors vice-Premier ministre, a effectué une visite officielle de quatre jours en France afin de renforcer la coopération.

Le 5 mai 2015, le président Hollande a rencontré le roi Salman à Riyad et s’est adressé au premier sommet entre le Conseil de coopération du Golfe et la France, s’engageant à « travailler de toutes mes forces pour approfondir cette relation et ce partenariat stratégique, avec vos États membres et avec votre organisation, à tous les niveaux ».

En juin 2015, le vice-prince héritier et ministre de la Défense Mohammed bin Salman a rencontré le président Hollande à Paris, alors que la France et l’Arabie saoudite signaient d’importants accords commerciaux d’une valeur de 12 milliards de dollars.

En novembre 2017, le président français Emmanuel Macron s’est rendu en Arabie saoudite pour rencontrer le prince héritier Mohammed bin Salman, à la suite d’une attaque de missile des Houthis soutenus par l’Iran contre Riyad. Il s’est engagé à « travailler avec l’Arabie saoudite afin de garantir la stabilité de la région et de lutter contre le terrorisme ».

En avril 2018, le prince héritier a effectué sa première visite officielle en France, où il a rencontré le président Macron afin de consolider les liens économiques bilatéraux et de sécuriser des contrats commerciaux entre des entreprises saoudiennes et françaises d’une valeur de 18 milliards de dollars. Lors de cette visite, les deux pays ont également établi un partenariat historique visant à faire d’AlUla une destination de premier plan pour la culture, le patrimoine et le tourisme durable.

La période 2018-2019 a marqué une étape majeure de la coopération saoudo-française autour d’AlUla. Des programmes de formation ont été lancés avec Campus France afin de former des Saoudiens appelés à travailler dans le secteur de l’hospitalité à AlUla. Parallèlement, l’agence française Afalula a été créée à Paris pour soutenir le développement de la région.

En février 2019, le projet touristique d’AlUla a été lancé avec la planification d’un complexe hôtelier de luxe conçu par l’architecte français Jean Nouvel, lauréat du prix Pritzker, dont l’ouverture était alors prévue pour 2023.

Dans le domaine de la coopération culturelle, l’exposition « AlUla : Merveille d’Arabie », organisée à l’Institut du monde arabe à Paris, a mis en lumière les trésors culturels du Royaume en octobre 2019.

En mars 2020, l’Arabie saoudite a accueilli le G20. Le président Emmanuel Macron figurait parmi les dirigeants mondiaux ayant participé à la réunion virtuelle consacrée à la COVID-19.

Une visite d’État historique a eu lieu en décembre 2021, lorsque le président Macron s’est rendu à Djeddah et a rencontré le prince héritier pour signer plusieurs accords stratégiques, culturels et touristiques. Au cours de cette visite, les deux pays ont signé un accord entre le ministre du Tourisme Ahmed Al-Khateeb et le ministre français délégué chargé du Commerce extérieur et de l’Attractivité, Franck Riester, afin de renforcer la coopération touristique.

Lors de la signature, le ministre du Tourisme a déclaré : « Je suis heureux que la France soit notre partenaire proche dans le développement de notre activité touristique. Nous avons déjà une longue histoire et une relation solide, et cet accord permettra de renforcer notre coopération dans le domaine du tourisme. »

L’année 2021 a également été marquée par un échange de visites ministérielles et d’État de haut niveau entre l’Arabie saoudite et la France. Le 17 mai, le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal bin Farhan, a dirigé la délégation du Royaume à la Conférence internationale de soutien au Soudan et participé au Sommet de Paris sur le financement des économies africaines, organisé par le président français.

Les visites du prince héritier et Premier ministre en France en juillet 2022 et en juin 2023, ainsi que la visite du président Macron dans le Royaume en décembre 2021, ont contribué à élargir le champ de coopération entre les deux pays.

Sur le plan commercial, les exportations non pétrolières de l’Arabie saoudite vers la République française ont atteint 1,3 milliard de riyals saoudiens, tandis que les importations se sont élevées à 14,7 milliards de riyals en 2022.

En décembre 2024, le président Macron a effectué une visite d’État en Arabie saoudite. Les deux pays ont convenu de faire progresser trois objectifs prioritaires : le développement national et la défense, la stabilité régionale et mondiale, ainsi que les grandes questions internationales, à commencer par le changement climatique.

En septembre 2025, l’Arabie saoudite et la France ont conjointement soumis à l’Assemblée générale des Nations unies une décision visant à relancer la Conférence internationale de haut niveau sur la solution à deux États et la question palestinienne.

En juillet 2026, Paris est devenue la première ville hôte internationale de l’Esports World Cup en dehors de Riyad, accélérant l’ambition à long terme de la Fondation Esports d’établir une rotation mondiale de l’événement.

Pour l’avenir, les deux pays sont engagés dans un plan d’action conjoint pour la période 2023-2028. Celui-ci met l’accent sur l’intelligence artificielle, la logistique verte et la stimulation du développement dans les secteurs du tourisme, du sport et du divertissement.

Au cours de leurs 100 années de relations bilatérales officielles, la France a considéré le Royaume comme un allié fiable, jouant un rôle essentiel dans la préservation de la paix et de la stabilité dans la région. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le président libanais à Rome jeudi pour évoquer l'avenir de la force de l'ONU

Le président libanais Joseph Aoun a déclaré que le Liban privilégiait une prolongation du mandat de la Finul, une option à laquelle Israël s’oppose. (Archives/Agence de presse libanaise)
Le président libanais Joseph Aoun a déclaré que le Liban privilégiait une prolongation du mandat de la Finul, une option à laquelle Israël s’oppose. (Archives/Agence de presse libanaise)
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  • Le président libanais Joseph Aoun se rendra à Rome pour discuter de l’avenir de la Finul, dont le mandat expire fin 2026
  • Beyrouth privilégie une prolongation de la mission de l’ONU, mais envisage une force internationale alternative avec la France et l’Italie pour éviter un vide sécuritaire

BEYROUTH: Le président libanais Joseph Aoun se rendra à Rome jeudi pour des discussions sur le futur de la force de maintien de la paix dans son pays, dont le mandat expire fin 2026, a affirmé à l'AFP un responsable libanais.

La visite intervient après que la France et l'Italie, qui fournissent d'importants contingents de militaires à cette Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul), ont dit en juin vouloir établir une coalition internationale pour lui succéder.

M. Aoun doit rencontrer son homologue Sergio Mattarella et la Première ministre Giorgia Meloni pour discuter de "l'avenir des forces internationales, notamment à la lumière de l'initiative franco-italienne visant à mettre en place une force pour remplacer la Finul", a indiqué le responsable sous couvert d'anonymat.

Selon lui, le président libanais rencontrera également le pape Léon XIV au Vatican et l'informera "des contacts que le Liban a établis depuis le début des négociations" avec Israël.

Le Liban et Israël ont mené au printemps des pourparlers directs, accueillis à Rome à deux reprises, et ont abouti en juin à la conclusion d’un accord-cadre sous l'égide des Etats-Unis, qui prévoit le désarmement du Hezbollah, un retrait progressif des forces israéliennes du sud du Liban et le déploiement de l'armée libanaise dans la région, en commençant par des "zones pilotes".

Le Liban avait été entraîné début mars dans le conflit entre l'Iran d'une part, Israël et les Etats-Unis d'autre part, lorsque le Hezbollah a ciblé Israël en soutien à Téhéran, avant de subir une riposte aérienne et terrestre.

M. Aoun a déclaré que le choix privilégié du Liban est une prolongation du mandat de la Finul, à laquelle Israël s'oppose. Le Liban et plusieurs autres pays redoutent un vide sécuritaire si la Finul se retire sans alternative.

Lundi, le président libanais a indiqué que "le second choix consiste à adopter une formule qui garantisse la présence continue des forces internationales dans le sud" du pays, aux côtés de l'armée libanaise "et en coordination avec elle".

Début juin, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres avait estimé "nécessaire" le maintien d'une présence militaire de l'ONU, proposant trois options allant de près de 2.000 à plus de 5.500 personnels en uniforme.

Le mois dernier, 86 députés libanais ont signé une lettre exhortant le Conseil de sécurité de l'ONU à maintenir les Casques bleus.

La Finul compte actuellement 7.500 Casques bleus, provenant d'une cinquantaine de pays. Présente au Liban depuis 1978, elle n'a pas empêché la résurgence des conflits.

Malgré un cessez-le-feu en vigueur depuis juin, Israël mène encore des frappes ponctuelles au Liban. Les forces israéliennes ont établi dans le sud du Liban ce qu'elles désignent comme une "zone de sécurité", sur une bande d'environ 10 kilomètres de large, le long de la frontière.