Une ancienne épave du delta du Nil peut-elle constituer un présage environnemental pour l'Égypte d'aujourd'hui?

En 2016, cet imposant pharaon de cinq mètres de haut a été découvert dans les fonds marins à Thônis-Héracléion. (Christoph Gerigk, Franck Goddio/Fondation Hilti)
En 2016, cet imposant pharaon de cinq mètres de haut a été découvert dans les fonds marins à Thônis-Héracléion. (Christoph Gerigk, Franck Goddio/Fondation Hilti)
Short Url
Publié le Vendredi 23 juillet 2021

Une ancienne épave du delta du Nil peut-elle constituer un présage environnemental pour l'Égypte d'aujourd'hui?

  • Des archéologues ont découvert un ancien navire conçu pour la navigation dans les eaux peu profondes du delta
  • Aujourd'hui, l'Égypte est confrontée à une catastrophe environnementale encore plus grande que celle qui a balayé Thônis-Héracléion et Canope

LONDRES: L'existence même du delta du Nil, créé par les sédiments déposés par le puissant fleuve érodé par les eaux de la Méditerranée, a toujours constitué l'un des grands équilibres de la nature.

Aujourd'hui, alors que les craintes grandissent au sujet de la menace que représente le changement climatique pour le littoral égyptien, la découverte archéologique, étonnante, de l'ancienne ville égyptienne engloutie de Thônis-Héracléion nous alerte sur les dangers que nous courons lorsque l'humanité et la nature ne sont pas en harmonie.

Un navire, qui représente un spécimen rare de galère ptolémaïque, a été découvert par Franck Goddio, un archéologue sous-marin français. En collaboration avec le Conseil suprême égyptien des antiquités, il dirige les fouilles qui sont entreprises dans la baie d'Aboukir depuis deux décennies.

L'ancienne ville de Thônis-Héracléion – combinaison de ses anciens noms égyptiens et grecs – fut le port le plus important de l’Égypte avant la fondation d'Alexandrie à proximité par Alexandre le Grand en 331 av. J.-C. Elle date du VIIIe siècle av. J.-C. et disparut dans la mer quelque 1 600 ans plus tard après qu'une série de catastrophes naturelles, dont un tremblement de terre et des raz-de-marée, eurent ravagé la côte égyptienne.

egypte
Cette photo présente les restes d'une galère, récemment découverts sous la boue dans la ville engloutie de Thônis-Héracléion. Le navire a été amarré le long du temple d'Amon et il fut coulé par d'énormes blocs de pierre lorsque le bâtiment a été dramatiquement détruit, au IIe siècle avant J.-C. (Christoph Gerigk, Franck Goddio/Fondation Hilti)

Les vestiges de la ville, soigneusement dévoilés depuis 2000, s'étendent sur 110 kilomètres carrés de fonds marins, à environ 7 kilomètres du littoral actuel.

La disparition du navire aurait constitué un magnifique moment cinématographique. Selon l'Institut européen d'archéologie sous-marine (IEASM), situé à Paris et fondé par Goddio, le vaisseau récemment découvert «a coulé après avoir été heurté par d'énormes blocs du célèbre temple d'Amon, qui a été intégralement détruit lors d'un événement cataclysmique du IIe siècle av. J.-C.».

Les archéologues marins ont découvert que ce navire avait été amarré à un débarcadère le long de la face sud du temple lorsque la catastrophe a frappé. Il est apparu que les lourds blocs de pierre qui ont œuvré à sa destruction se sont révélés également la raison de sa survie pendant plus de deux mille ans.

egypte
Cette image en or du dieu Bès fait partie des dernières découvertes de la cité perdue de Thônis-Héracléion. Bès était considéré comme le protecteur de la vie quotidienne du peuple et il était également vénéré comme le protecteur des femmes enceintes. (Christoph Gerigk, Franck Goddio/Fondation Hilti)

«Les blocs qui sont tombés ont protégé ces précieux vestiges navals. Ils les ont maintenus au fond d’un canal profond qui fut rempli ensuite par les débris du sanctuaire», explique un porte-parole de l'IEASM.

La galère, qui repose sous cinq mètres d'argile dure et mêle ses boiseries aux vestiges du temple, a été repérée grâce à l'utilisation d'une technologie de pointe, un prototype de «profileur sous-marin», qui a permis aux archéologues de découvrir ce qui se trouvait sous la boue et les blocs de pierre enfouis.

Ils ont trouvé un bateau à rames de 25 mètres de long qui, avec un fond plat et une quille, était conçu pour la navigation sur le Nil et sur les cours d'eau peu profonds du delta. Il était également équipé d'un grand pied de mât, ce qui suggère qu’il avait possédé un grand mât ainsi qu’une large voile.

«Avant cette découverte, les navires hellénistiques de ce type étaient totalement inconnus des archéologues», précise Franck Goddio. «Des recherches préliminaires ont montré que la coque était «construite dans la tradition classique [grecque]… Cependant, elle révèle également des caractéristiques de la construction égyptienne antique et nous permet d’évoquer un type de construction mixte», ajoute-t-il.

Dans une autre partie de la ville, les archéologues ont découvert en outre un grand tumulus immergé, «couvert de somptueuses offrandes funéraires», qui remonte aux premières années du IVe siècle av. J.-C.

Cette découverte, dit l'IEASM, «illustre à merveille la présence de marchands et de mercenaires grecs à Thônis-Héracléion. Cette ville contrôlait l'entrée de l'Égypte à l'embouchure de la branche canopique [de la ville de Canope, NDLR] du Nil».

Les commerçants grecs ont été autorisés à s'installer dans la ville à la fin de la période pharaonique. Ils ont alors construit, à proximité de l'immense temple d'Amon, sur les rives d'un canal qui traversait la ville, leurs propres sanctuaires religieux. Ces derniers ont également été détruits au moment du cataclysme qui a renversé le grand temple. Les deux cultures ont autrefois prospéré côte à côte, et c’est ensemble que reposent, au fond de la baie, dans la boue, les vestiges de leurs temples respectifs.

egypte
Des offrandes précieuses, parmi lesquelles se trouvaient des céramiques grecques importées, ont été déposées à Thônis-Héracléion à des fins funéraires par les colons grecs. (Christoph Gerigk, Franck Goddio/Fondation Hilti)

Les archéologues pensent que ces bâtiments, qui ont été découverts, comme d’autres, dans un état parfait, ont sombré soudainement dans le canal profond à l’occasion d'un glissement de terrain. Ce dernier a probablement été causé par plusieurs tremblements de terre, suivis de raz-de-marée «qui ont déclenché des événements de liquéfaction des terres [et] ont provoqué l'effondrement d'une portion de 110 kilomètres carrés du delta du Nil sous la mer, entraînant avec lui les villes de Thônis-Héracléion et de Canope.»

Aujourd'hui, l'Égypte est confrontée à une catastrophe environnementale encore plus grande – bien qu’elle soit un peu plus lente – que celle qui a balayé Thônis-Héracléion et Canope. Selon les recherches de la dernière décennie, la mer n'a pas encore fini d’engloutir le delta.

À l'exception du Caire, qui se trouve à son extrémité sud, le delta abrite plus de 40% de la population égyptienne et plus de 60% des terres agricoles du pays. Plus de 12% du delta ne dépasse pas un mètre au-dessus du niveau de la mer. 18% sont temporairement protégés par des défenses côtières qui servent également à détourner les problèmes d'érosion, plus loin le long du littoral; ils se trouvent en réalité sous le niveau de la mer.

Le delta, source de la plupart des aliments de l'Égypte moderne et épine dorsale de l'économie du pays, a été formé et rafraîchi au cours des millénaires grâce aux riches sédiments transportés par le Nil lors des crues annuelles à partir des sources du Nil bleu et du Nil blanc, au sud de l'équateur.

Ce processus intemporel de renouveau a été interrompu pour la première fois en 1902 par la construction du premier barrage bas d'Assouan, et à nouveau, plus sérieusement, dans les années 1960, en raison de la construction du haut barrage d'Assouan.

Des chercheurs du département des systèmes géographiques et environnementaux de l'université du Maryland, estiment dans le journal de la Geological Society of America en 2017 que cela a conduit à «une réduction marquée de l'eau et des sédiments du Nil sous le haut barrage d'Assouan, qui peut désormais atteindre la côte du delta».

Alors même que le changement climatique provoque l’augmentation inexorable du niveau de la Méditerranée, le manque de dépôts sédimentaires fait progressivement couler le delta lui-même – un problème, ajoutent les scientifiques, «qui sera probablement aggravé dans les années à venir par la construction du Grand barrage de la Renaissance éthiopienne (Gerd)».

L'Éthiopie fait actuellement pression pour remplir le réservoir du Gerd, malgré l'absence d'accord sur la manière dont le processus devrait être géré en aval avec ses voisins, le Soudan et l'Égypte.

Le delta du Nil se trouve ainsi attaqué sur deux fronts.

Sa vulnérabilité devant l'élévation du niveau de la mer a été mise en évidence dès 2010 par un spécialiste de l'environnement de l'université égyptienne de Mansourah. En analysant les images de la mission de topographie radar de la navette 2000 de la Nasa embarquée à bord de la navette spatiale Endeavour, Mohamed E. Hereher a conclu qu'une élévation du niveau de la mer de seulement un mètre «inonderait plus d'un quart de la zone du delta du Nil, tandis qu'une l'élévation du niveau de la mer pourrait déplacer le rivage à 60 ou 80 kilomètres au sud de sa position actuelle.

En 2000, comme Hereher l'écrivait dans la revue Geomatics, Natural Hazards and Risk, on pensait que les menaces les plus importantes pour le delta étaient le «blocage de l'apport de sédiments à la côte, l'augmentation possible des taux d'affaissement et l'élimination des dunes côtières».

À l’époque, le taux d'élévation du niveau de la mer n'était pas considéré comme une préoccupation majeure. Cependant, grâce à la recherche mondiale qui a suivi sur le changement climatique, les choses ont changé.

Dans un article présenté en 2019 lors de la conférence de la Semaine de l'eau du Caire, des chercheurs égyptiens ont conclu que «l'élévation du niveau de la mer liée au changement climatique avait eu des impacts importants sur les zones côtières et [que] le delta du Nil était considéré comme l'une des zones les plus touchées. Les inondations côtières [éventuelles], la destruction des infrastructures, la couverture terrestre et le déplacement de millions de personnes font partie des impacts de l'élévation du niveau de la mer dans la zone côtière du delta du Nil».

La perte de la terre vitale du delta au profit de la mer est un scénario qui aurait eu des répercussions douloureuses sur la vie des habitants des anciennes villes de Thônis-Héracléion et de Canope, qui sont désormais de simples souvenirs préservés dans la boue et dans les décombres d'une civilisation autrefois illustre.

La Fondation Hilti, une organisation philanthropique à but non lucratif située au Liechtenstein, soutient l'archéologie marine de Franck Goddio en Égypte depuis 1996, avec pour devise: «Explorer le passé pour comprendre le présent».

Alors que l'histoire de la destruction de l'une des gloires de l'Égypte ancienne émerge des profondeurs de la baie d'Aboukir, pour l'Égypte contemporaine, ces mots résonnent comme un signal d’alarme.

 

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews.com


Trois journalistes libanais, dont un de la chaîne du Hezbollah, tués par une frappe israélienne

Des hommes se tiennent à côté d’un immeuble endommagé après le largage de tracts d’avertissement par Israël, dans un contexte d’escalade des hostilités entre Israël et le Hezbollah, alors que le conflit entre les États-Unis et Israël avec l’Iran se poursuit, à Beyrouth, au Liban, le 28 mars 2026. (Reuters/Stringer)
Des hommes se tiennent à côté d’un immeuble endommagé après le largage de tracts d’avertissement par Israël, dans un contexte d’escalade des hostilités entre Israël et le Hezbollah, alors que le conflit entre les États-Unis et Israël avec l’Iran se poursuit, à Beyrouth, au Liban, le 28 mars 2026. (Reuters/Stringer)
Short Url
  • Trois journalistes ont été tués dans une frappe israélienne au sud du Liban, suscitant de vives condamnations des autorités libanaises, qui dénoncent un « crime de guerre »
  • Le conflit entre Israël et le Hezbollah s’intensifie, avec de lourdes pertes civiles, des attaques contre des secouristes et une aggravation de la crise humanitaire

BEYROUTH: Trois journalistes libanais, dont un correspondant vedette de la chaîne al-Manar du Hezbollah, ont été tués samedi au Liban, les autorités dénonçant un "crime flagrant".

L'armée israélienne a affirmé avoir tué Ali Shoeib, qu'elle qualifie de membre de la force al-Radwan, unité d'élite du Hezbollah, opérant "sous la couverture d'un journaliste".

Depuis que le Liban a été entraîné le 2 mars dans la guerre régionale par une attaque du Hezbollah pro-iranien contre Israël, 1.189 personnes ont été tuées, dont 124 enfants et 51 secouristes et membres du personnel de santé, dans les frappes israéliennes massives, et plus d'un million ont été déplacées.

Les trois journalistes ont été tués par une frappe qui a visé leur voiture dans la région de Jezzine, éloignée de la frontière, dans le sud du Liban, selon une source militaire et les médias pour lesquels ils travaillaient.

Outre Ali Shoeib, correspondant de guerre de longue date d'al-Manar dans le sud du Liban, la journaliste d'al-Mayadeen, chaîne proche du Hezbollah, Fatima Ftouni, et son frère, le caméraman Mohammed Ftouni, ont été tués.

Le Hezbollah a dénoncé dans un communiqué l'assassinat de son reporter, tandis que des journalistes ont organisé un rassemblement dans le centre de Beyrouth.

- "Crime de guerre" -

Le président libanais Joseph Aoun a qualifié cette frappe de "crime flagrant" et a rappelé que "les journalistes bénéficient d'une protection internationale en temps de guerre".

Le premier ministre Nawaf Salam a quant à lui dénoncé "une violation flagrante du droit international humanitaire".

"Ces actes relèvent de la catégorie des crimes de guerre", a fustigé le ministre de l'Information, Paul Morcos.

Cette attaque intervient alors que deux journalistes de la chaîne russe RT ont été blessés le 19 mars dans une frappe israélienne, qui n'était pas "accidentelle" selon Moscou.

Le 17 mars, le directeur des programmes politiques d'al-Manar, Mohammed Cherri, avait été tué aux côtés de sa femme dans une frappe ayant visé son appartement du centre de Beyrouth, et blessé ses enfants et petits-enfants.

Ce n'est pas la première fois que des journalistes de ces deux chaînes sont visés par l'armée israélienne. En octobre 2024, trois reporters, deux d'al-Mayadeen et un d'al-Manar avaient été tués dans une frappe israélienne dans le sud.

En novembre 2023, deux autres journalistes d'al-Mayadeen avaient été tués par une frappe israélienne dans le sud du pays.

Un mois plus tôt, une frappe a tué le vidéaste de l'agence Reuters, Issam Abdallah, et blessé six autres reporters, dont deux de l'AFP, Dylan Collins et Christina Assi, amputée de la jambe droite.

- Neuf secouristes tués -

Le secteur de la santé est aussi durement touché par l'offensive israélienne: samedi, neuf secouristes ont été tués dans plusieurs frappes israéliennes, selon le ministre de la Santé.

Depuis le début de la guerre, les frappes israéliennes ont tué 46 secouristes et cinq membres du personnel soignant, a précisé Rakan Nassereddine, ajoutant que 75 attaques ont visé des services de secours et de santé.

Samedi, Israël a poursuivi ses frappes aériennes sur plusieurs localités du sud du Liban, selon l'Agence nationale d'information (Ani, officielle).

Le Hezbollah a annoncé des attaques contre les forces israéliennes qui progressent dans la région frontalière.

Il a notamment dit avoir frappé un char Merkava à l'aide d'un drone dans la localité de Debel, à majorité chrétienne, où certains habitants sont restés malgré la guerre.

Près de cette localité, un homme qui conduisait sa voiture et son fils ont été tués par "des tirs israéliens", selon l'Ani.

L'armée israélienne a de son côté annoncé poursuivre ses frappes "contre les infrastructures terroristes du Hezbollah à travers le Liban".

Elle a aussi tenté de larguer des tracts au-dessus de Beyrouth, mais le conteneur ne s'est pas ouvert en vol et est tombé sur un immeuble au sud de Beyrouth, selon un journaliste de l'AFP.

L'armée israélienne a ajouté avoir frappé pendant la nuit des dizaines de cibles du Hezbollah et avoir tué vendredi deux responsables de l'unité de communications du mouvement dans une frappe à Beyrouth.

L'armée libanaise, qui reste à l'écart des violences, a annoncé samedi la mort d'un soldat de 29 ans dans une frappe israélienne dans la région de Nabatiyeh.

Il n'était pas en service, selon un porte-parole de l'armée joint par l'AFP.


Au Liban, un demi-million d'élèves privés d'école à cause de la guerre et des déplacements forcés

Une photographie prise depuis la région de Marjayoun, dans le sud du Liban, montre de la fumée s’élevant du site d’une frappe aérienne israélienne visant le village de Deir al-Zahrani, le 28 mars 2026. (AFP)
Une photographie prise depuis la région de Marjayoun, dans le sud du Liban, montre de la fumée s’élevant du site d’une frappe aérienne israélienne visant le village de Deir al-Zahrani, le 28 mars 2026. (AFP)
Short Url
  • La guerre au Liban prive près de 500.000 élèves d’école, beaucoup étant déplacés et contraints de suivre des cours à distance dans des conditions précaires
  • Les difficultés d’accès à internet et le manque de ressources aggravent les inégalités, faisant craindre abandon scolaire, fracture numérique et risques accrus pour les élèves les plus vulnérables

BEYROUTH: Dans une salle d'un lycée transformé en centre d'accueil pour déplacés, Ahmad Melhem essaye tant bien que mal de suivre sur sa tablette un cours préenregistré. Comme des centaines de milliers d'élèves libanais, il est privé d'école en raison de la guerre.

"Nous essayons, avec les moyens du bord, de continuer à étudier pour réaliser nos rêves", explique à l'AFP cet adolescent de 17 ans, alors que certains cours à distance ont repris.

Avec sa famille, ils ont dû fuir la banlieue sud de Beyrouth, pilonnée par l'armée israélienne depuis que le Liban a été entraîné dans la guerre le 2 mars, lorsque le Hezbollah a commencé à tirer des roquettes sur Israël, pour venger l'assassinat du guide suprême iranien Ali Khamenei au premier jour de l'offensive américano-israélienne contre l'Iran le 28 février.

Avec d'autres familles, ils ont trouvé refuge dans cette salle du lycée Abdel Kader, au coeur de la capitale.

"On a pris des risques pour aller chercher nos livres scolaires", alors que les frappes israéliennes sont quotidiennes sur la banlieue sud, raconte encore Ahmad Melhem, qui veut à tout prix terminer le lycée.

- "La guerre a tout détruit" -

Au total, près de 500.000 élèves ont dû cesser de se rendre en classe depuis le 2 mars, selon l'Unicef; quelque 350 écoles publiques ont été transformées en centre d'accueil, et les établissements scolaires dans les quartiers et localités bombardés par Israël ont fermé leurs portes pour une durée indéterminée.

Les frappes israéliennes ont tué plus de 1.100 personnes, dont 122 enfants, et déplacé plus d'un million de personnes, selon les autorités libanaises.

Dans la salle de classe où s'étalent matelas et couvertures, Ahmad, qui espère plus tard suivre des études d'ingénieur, s'est aménagé un coin avec ses livres et un écran d'ordinateur, mais il ne dispose pas de connexion internet.

Son école privée de la banlieue sud de Beyrouth a fini par reprendre des cours à distance, deux semaines après le début de la guerre, mais avec des aménagements: les matières facultatives restent suspendues, et les cours durent moins longtemps.

Une ONG a installé une connexion internet dans la cour, qui grouille d'enfants en train de jouer et d'adultes qui discutent autour de narguilés, mais Ahmad dit avoir a du mal à se concentrer.

"Les travaux de groupe et les projets scientifiques me manquent", confie le lycéen, qui décrit les cours en présentiel comme "plus stimulants".

Sa mère, Amira Salameh, 41 ans, tente d'aider son fils cadet, huit ans, à suivre lui aussi l'école en ligne.

"Si je laisse tout seul, il se met à rêvasser", dit-elle.  "La guerre a tout détruit, l'éducation est la seule chose qu'il reste à mes enfants."

- "Fracture numérique" -

L'Unicef s'est en particulier inquiété pour les lycéens comme Ahmad qui doivent passer le baccalauréat cette année, craignant qu'ils ne puissent rejoindre les rangs de l'université l'an prochain.

Autre sujet d'inquiétude: un possible abandon de l'école par les filles et adolescentes sous la menace de "mariages forcés", explique le directeur de l'éducation de l'Unicef au Liban, Atif Ratique.

Dans un lycée professionnel de la banlieue nord de Beyrouth, à Dekwaneh, Aya Zahran, 17 ans, passe ses journées "à cuisiner et à travailler à rendre l'endroit vivable", après avoir elle aussi fui la banlieue sud avec sa famille.

"Nous n'avons qu'un téléphone que l'on partage avec mes frères et soeurs" pour suivre les cours en ligne, et souvent, les liens transmis par l'école publique ne fonctionnent pas, dit l'adolescente.

Une illustration du manque de moyens de ces établissements publics, qui n'ont pas les ressources pour donner des cours à distance, et de la "fracture numérique" entre élèves, notamment ceux du sud du pays, les plus affectés par la guerre, selon M. Rafique.

Ces lacunes ont poussé le ministère de l'Education et l'Unicef à lancer une plateforme en ligne de cours préenregistrés. Un service d'assistance par téléphone où les élèves peuvent joindre un professeur sans avoir besoin de connexion internet a aussi été mis en place par l'Unicef et une ONG libanaise.

"Mes enfants sont d'excellents élèves, je ne veux pas qu'ils arrêtent l'école comme nous quand nous étions enfants", clame Nassima Ismaël, déplacée de l'est du pays, en évoquant sa propre enfance pendant la guerre civile (1975-1990).


L'armée israélienne dit faire face à un tir de missile du Yémen

Les Houthis manifestent en solidarité avec l’Iran et le Liban dans la capitale yéménite Sanaa le 27 mars 2026. (AFP)
Les Houthis manifestent en solidarité avec l’Iran et le Liban dans la capitale yéménite Sanaa le 27 mars 2026. (AFP)
Short Url
  • L'armée israélienne a détecté un missile tiré depuis le Yémen par les Houthis, première menace directe depuis un mois de conflit, déclenchant l'activation des systèmes de défense anti-aérienne
  • Les Houthis, alliés à l'Iran et à l'"axe de la résistance", menacent d'intervenir militairement contre Israël et les États-Unis en cas d'escalade régionale

JERUSALEM: L'armée israélienne a indiqué samedi avoir détecté un tir de missile depuis le Yémen, une première en un mois de guerre au Moyen-Orient, après que les rebelles Houthis soutenus par Téhéran ont menacé de se joindre au conflit.

Les forces israéliennes ont "identifié le tir d'un missile depuis le Yémen en direction du territoire israélien, les systèmes de défense anti-aérienne sont en action pour intercepter cette menace", a indiqué l'armée sur Telegram.

Les Houthis sont alliés à Téhéran au sein de ce que l'Iran a baptisé "axe de la résistance", aux côtés du Hezbollah libanais, du Hamas palestinien et de groupes armés irakiens pro-iraniens.

"Nous sommes prêts à une intervention militaire directe en cas de nouvelle alliance avec les Etats-Unis et Israël contre l'Iran (...), de conduite d'opérations hostiles à l'Iran ou tout pays musulman depuis la mer Rouge (...), et en cas de poursuite de l'escalade contre la République islamique" d'Iran, a déclaré vendredi le porte-parole militaire des Houthis, Yahya Saree, dans une vidéo diffusée sur X.

Ces insurgés pro-iraniens, qui contrôlent une grande partie du Yémen, avaient mené de nombreuses attaques contre Israël et les navires commerciaux en mer Rouge pendant la guerre entre Israël et le Hamas palestinien à Gaza, entre 2023 et 2025.

Leurs tirs de missiles et de drones avaient fortement perturbé le trafic dans cette voie maritime stratégique, aujourd'hui utilisée notamment par l'Arabie saoudite pour exporter son pétrole sans passer par le détroit d'Ormuz, où la navigation est bloquée par Téhéran.