Une ancienne épave du delta du Nil peut-elle constituer un présage environnemental pour l'Égypte d'aujourd'hui?

En 2016, cet imposant pharaon de cinq mètres de haut a été découvert dans les fonds marins à Thônis-Héracléion. (Christoph Gerigk, Franck Goddio/Fondation Hilti)
En 2016, cet imposant pharaon de cinq mètres de haut a été découvert dans les fonds marins à Thônis-Héracléion. (Christoph Gerigk, Franck Goddio/Fondation Hilti)
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Publié le Vendredi 23 juillet 2021

Une ancienne épave du delta du Nil peut-elle constituer un présage environnemental pour l'Égypte d'aujourd'hui?

  • Des archéologues ont découvert un ancien navire conçu pour la navigation dans les eaux peu profondes du delta
  • Aujourd'hui, l'Égypte est confrontée à une catastrophe environnementale encore plus grande que celle qui a balayé Thônis-Héracléion et Canope

LONDRES: L'existence même du delta du Nil, créé par les sédiments déposés par le puissant fleuve érodé par les eaux de la Méditerranée, a toujours constitué l'un des grands équilibres de la nature.

Aujourd'hui, alors que les craintes grandissent au sujet de la menace que représente le changement climatique pour le littoral égyptien, la découverte archéologique, étonnante, de l'ancienne ville égyptienne engloutie de Thônis-Héracléion nous alerte sur les dangers que nous courons lorsque l'humanité et la nature ne sont pas en harmonie.

Un navire, qui représente un spécimen rare de galère ptolémaïque, a été découvert par Franck Goddio, un archéologue sous-marin français. En collaboration avec le Conseil suprême égyptien des antiquités, il dirige les fouilles qui sont entreprises dans la baie d'Aboukir depuis deux décennies.

L'ancienne ville de Thônis-Héracléion – combinaison de ses anciens noms égyptiens et grecs – fut le port le plus important de l’Égypte avant la fondation d'Alexandrie à proximité par Alexandre le Grand en 331 av. J.-C. Elle date du VIIIe siècle av. J.-C. et disparut dans la mer quelque 1 600 ans plus tard après qu'une série de catastrophes naturelles, dont un tremblement de terre et des raz-de-marée, eurent ravagé la côte égyptienne.

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Cette photo présente les restes d'une galère, récemment découverts sous la boue dans la ville engloutie de Thônis-Héracléion. Le navire a été amarré le long du temple d'Amon et il fut coulé par d'énormes blocs de pierre lorsque le bâtiment a été dramatiquement détruit, au IIe siècle avant J.-C. (Christoph Gerigk, Franck Goddio/Fondation Hilti)

Les vestiges de la ville, soigneusement dévoilés depuis 2000, s'étendent sur 110 kilomètres carrés de fonds marins, à environ 7 kilomètres du littoral actuel.

La disparition du navire aurait constitué un magnifique moment cinématographique. Selon l'Institut européen d'archéologie sous-marine (IEASM), situé à Paris et fondé par Goddio, le vaisseau récemment découvert «a coulé après avoir été heurté par d'énormes blocs du célèbre temple d'Amon, qui a été intégralement détruit lors d'un événement cataclysmique du IIe siècle av. J.-C.».

Les archéologues marins ont découvert que ce navire avait été amarré à un débarcadère le long de la face sud du temple lorsque la catastrophe a frappé. Il est apparu que les lourds blocs de pierre qui ont œuvré à sa destruction se sont révélés également la raison de sa survie pendant plus de deux mille ans.

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Cette image en or du dieu Bès fait partie des dernières découvertes de la cité perdue de Thônis-Héracléion. Bès était considéré comme le protecteur de la vie quotidienne du peuple et il était également vénéré comme le protecteur des femmes enceintes. (Christoph Gerigk, Franck Goddio/Fondation Hilti)

«Les blocs qui sont tombés ont protégé ces précieux vestiges navals. Ils les ont maintenus au fond d’un canal profond qui fut rempli ensuite par les débris du sanctuaire», explique un porte-parole de l'IEASM.

La galère, qui repose sous cinq mètres d'argile dure et mêle ses boiseries aux vestiges du temple, a été repérée grâce à l'utilisation d'une technologie de pointe, un prototype de «profileur sous-marin», qui a permis aux archéologues de découvrir ce qui se trouvait sous la boue et les blocs de pierre enfouis.

Ils ont trouvé un bateau à rames de 25 mètres de long qui, avec un fond plat et une quille, était conçu pour la navigation sur le Nil et sur les cours d'eau peu profonds du delta. Il était également équipé d'un grand pied de mât, ce qui suggère qu’il avait possédé un grand mât ainsi qu’une large voile.

«Avant cette découverte, les navires hellénistiques de ce type étaient totalement inconnus des archéologues», précise Franck Goddio. «Des recherches préliminaires ont montré que la coque était «construite dans la tradition classique [grecque]… Cependant, elle révèle également des caractéristiques de la construction égyptienne antique et nous permet d’évoquer un type de construction mixte», ajoute-t-il.

Dans une autre partie de la ville, les archéologues ont découvert en outre un grand tumulus immergé, «couvert de somptueuses offrandes funéraires», qui remonte aux premières années du IVe siècle av. J.-C.

Cette découverte, dit l'IEASM, «illustre à merveille la présence de marchands et de mercenaires grecs à Thônis-Héracléion. Cette ville contrôlait l'entrée de l'Égypte à l'embouchure de la branche canopique [de la ville de Canope, NDLR] du Nil».

Les commerçants grecs ont été autorisés à s'installer dans la ville à la fin de la période pharaonique. Ils ont alors construit, à proximité de l'immense temple d'Amon, sur les rives d'un canal qui traversait la ville, leurs propres sanctuaires religieux. Ces derniers ont également été détruits au moment du cataclysme qui a renversé le grand temple. Les deux cultures ont autrefois prospéré côte à côte, et c’est ensemble que reposent, au fond de la baie, dans la boue, les vestiges de leurs temples respectifs.

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Des offrandes précieuses, parmi lesquelles se trouvaient des céramiques grecques importées, ont été déposées à Thônis-Héracléion à des fins funéraires par les colons grecs. (Christoph Gerigk, Franck Goddio/Fondation Hilti)

Les archéologues pensent que ces bâtiments, qui ont été découverts, comme d’autres, dans un état parfait, ont sombré soudainement dans le canal profond à l’occasion d'un glissement de terrain. Ce dernier a probablement été causé par plusieurs tremblements de terre, suivis de raz-de-marée «qui ont déclenché des événements de liquéfaction des terres [et] ont provoqué l'effondrement d'une portion de 110 kilomètres carrés du delta du Nil sous la mer, entraînant avec lui les villes de Thônis-Héracléion et de Canope.»

Aujourd'hui, l'Égypte est confrontée à une catastrophe environnementale encore plus grande – bien qu’elle soit un peu plus lente – que celle qui a balayé Thônis-Héracléion et Canope. Selon les recherches de la dernière décennie, la mer n'a pas encore fini d’engloutir le delta.

À l'exception du Caire, qui se trouve à son extrémité sud, le delta abrite plus de 40% de la population égyptienne et plus de 60% des terres agricoles du pays. Plus de 12% du delta ne dépasse pas un mètre au-dessus du niveau de la mer. 18% sont temporairement protégés par des défenses côtières qui servent également à détourner les problèmes d'érosion, plus loin le long du littoral; ils se trouvent en réalité sous le niveau de la mer.

Le delta, source de la plupart des aliments de l'Égypte moderne et épine dorsale de l'économie du pays, a été formé et rafraîchi au cours des millénaires grâce aux riches sédiments transportés par le Nil lors des crues annuelles à partir des sources du Nil bleu et du Nil blanc, au sud de l'équateur.

Ce processus intemporel de renouveau a été interrompu pour la première fois en 1902 par la construction du premier barrage bas d'Assouan, et à nouveau, plus sérieusement, dans les années 1960, en raison de la construction du haut barrage d'Assouan.

Des chercheurs du département des systèmes géographiques et environnementaux de l'université du Maryland, estiment dans le journal de la Geological Society of America en 2017 que cela a conduit à «une réduction marquée de l'eau et des sédiments du Nil sous le haut barrage d'Assouan, qui peut désormais atteindre la côte du delta».

Alors même que le changement climatique provoque l’augmentation inexorable du niveau de la Méditerranée, le manque de dépôts sédimentaires fait progressivement couler le delta lui-même – un problème, ajoutent les scientifiques, «qui sera probablement aggravé dans les années à venir par la construction du Grand barrage de la Renaissance éthiopienne (Gerd)».

L'Éthiopie fait actuellement pression pour remplir le réservoir du Gerd, malgré l'absence d'accord sur la manière dont le processus devrait être géré en aval avec ses voisins, le Soudan et l'Égypte.

Le delta du Nil se trouve ainsi attaqué sur deux fronts.

Sa vulnérabilité devant l'élévation du niveau de la mer a été mise en évidence dès 2010 par un spécialiste de l'environnement de l'université égyptienne de Mansourah. En analysant les images de la mission de topographie radar de la navette 2000 de la Nasa embarquée à bord de la navette spatiale Endeavour, Mohamed E. Hereher a conclu qu'une élévation du niveau de la mer de seulement un mètre «inonderait plus d'un quart de la zone du delta du Nil, tandis qu'une l'élévation du niveau de la mer pourrait déplacer le rivage à 60 ou 80 kilomètres au sud de sa position actuelle.

En 2000, comme Hereher l'écrivait dans la revue Geomatics, Natural Hazards and Risk, on pensait que les menaces les plus importantes pour le delta étaient le «blocage de l'apport de sédiments à la côte, l'augmentation possible des taux d'affaissement et l'élimination des dunes côtières».

À l’époque, le taux d'élévation du niveau de la mer n'était pas considéré comme une préoccupation majeure. Cependant, grâce à la recherche mondiale qui a suivi sur le changement climatique, les choses ont changé.

Dans un article présenté en 2019 lors de la conférence de la Semaine de l'eau du Caire, des chercheurs égyptiens ont conclu que «l'élévation du niveau de la mer liée au changement climatique avait eu des impacts importants sur les zones côtières et [que] le delta du Nil était considéré comme l'une des zones les plus touchées. Les inondations côtières [éventuelles], la destruction des infrastructures, la couverture terrestre et le déplacement de millions de personnes font partie des impacts de l'élévation du niveau de la mer dans la zone côtière du delta du Nil».

La perte de la terre vitale du delta au profit de la mer est un scénario qui aurait eu des répercussions douloureuses sur la vie des habitants des anciennes villes de Thônis-Héracléion et de Canope, qui sont désormais de simples souvenirs préservés dans la boue et dans les décombres d'une civilisation autrefois illustre.

La Fondation Hilti, une organisation philanthropique à but non lucratif située au Liechtenstein, soutient l'archéologie marine de Franck Goddio en Égypte depuis 1996, avec pour devise: «Explorer le passé pour comprendre le présent».

Alors que l'histoire de la destruction de l'une des gloires de l'Égypte ancienne émerge des profondeurs de la baie d'Aboukir, pour l'Égypte contemporaine, ces mots résonnent comme un signal d’alarme.

 

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews.com


La Syrie accuse Israël de vouloir la «déstabiliser» après une incursion et des frappes meurtrières

 Les autorités syriennes ont accusé Israël de vouloir "déstabiliser" la Syrie, après une série de frappes qui ont détruit un aéroport militaire et une incursion sanglante jeudi dans le sud du pays qui ont fait 13 morts selon une ONG. (AFP)
Les autorités syriennes ont accusé Israël de vouloir "déstabiliser" la Syrie, après une série de frappes qui ont détruit un aéroport militaire et une incursion sanglante jeudi dans le sud du pays qui ont fait 13 morts selon une ONG. (AFP)
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  • Des frappes intensives sur des objectifs militaires dans le centre de la Syrie et la région de Damas ont été suivies par une incursion des troupes israéliennes dans le sud, où neuf personnes ont été tuées en tentant de s'opposer à leur avancée
  • Mercredi soir, l'aviation israélienne a mené une série de frappes sur un centre de recherche militaire à Damas, l'aéroport militaire de la ville de Hama et la base aérienne militaire T-4 dans la province de Homs, tous deux dans le centre du pays

DAMAS: Les autorités syriennes ont accusé Israël de vouloir "déstabiliser" la Syrie, après une série de frappes qui ont détruit un aéroport militaire et une incursion sanglante jeudi dans le sud du pays qui ont fait 13 morts selon une ONG.

Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz,  dont le pays a mené des centaines de frappes en Syrie depuis la chute du pouvoir de Bachar al-Assad le 8 décembre, a averti le dirigeant syrien, Ahmad al-Chareh, qu'il paierait un "lourd tribut" si la sécurité d'Israël était menacée.

"Cette escalade injustifiée constitue une tentative préméditée de déstabiliser la Syrie", a pour sa part accusé le ministère syrien des Affaires étrangères dans un communiqué.

Des frappes intensives sur des objectifs militaires dans le centre de la Syrie et la région de Damas ont été suivies par une incursion des troupes israéliennes dans le sud, où neuf personnes ont été tuées en tentant de s'opposer à leur avancée.

Mercredi soir, l'aviation israélienne a mené une série de frappes sur un centre de recherche militaire à Damas, l'aéroport militaire de la ville de Hama et la base aérienne militaire T-4 dans la province de Homs, tous deux dans le centre du pays.

Le ministère syrien a affirmé que l'aéroport avait été "presque entièrement détruit" et évoqué des "dizaines de blessés civils et militaires".

"Protectorat turc" 

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), basé au Royaume-Uni mais qui dispose d'un vaste réseau de sources en Syrie, quatre militaires ont été tués et 12 blessés dans les raids contre l'aéroport de Hama.

Un correspondant de l'AFP a vu au moins un avion militaire calciné dans un hangar, et des véhicules militaires, dont un transportant un système de défense anti-aérienne, gravement endommagés.

Un bâtiment du centre de recherche scientifique à Barzé, dans la banlieue de Damas, également visé, a été détruit, selon un correspondant de l'AFP.

En Israël, l'armée a affirmé avoir "frappé les capacités militaires dans les bases syriennes de Hama et T4, dans la province de Homs, ainsi que d'autres infrastructures militaires dans la région de Damas".

Une source syrienne proche du dossier a indiqué à l'AFP que la Turquie, alliée des nouvelles autorités syriennes, tente d'établir des "positions militaires" en Syrie dont une "à l'intérieur de la base T4".

Lors d'une conférence de presse à Paris, le ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Saar a imputé à la Turquie "un rôle négatif en Syrie" et "au Liban". "Nous ne pensons pas que la Syrie devrait être un protectorat turc", a-t-il dit.

Appels au combat 

A Deraa, neuf personnes tuées au cours de l'incursion israélienne ont été inhumées jeudi, a rapporté un correspondant de l'AFP.

Les autorités de la province avaient annoncé leur décès après un bombardement israélien près de la ville de Nawa, à l'ouest de Deraa, ayant suivi une "incursion israélienne" dans la région, "où les forces de l'occupation ont pénétré pour la première fois aussi profondément".

Selon l'OSDH, il s'agit d'habitants de la région qui ont pris les armes après des appels lancés dans les mosquées à contrer l'avancée des troupes israéliennes.

L'armée israélienne a indiqué avoir répondu à des tirs dans le sud de la Syrie et ciblé plusieurs combattants qui ont été "éliminés" dans des frappes terrestres et aériennes.

"La présence d'armes dans le sud de la Syrie constitue une menace pour l'Etat d'Israël", a déclaré un porte-parole militaire israélien, ajoutant que l'armée "ne permettrait pas l'existence d'une menace militaire en Syrie".

Dès la chute de Bachar al-Assad évincé par une coalition de rebelles dominés par les islamistes, après plus de 13 ans de guerre civile, Israël a envoyé des troupes dans une zone tampon démilitarisée du Golan, dans le sud-ouest de la Syrie.

Il a aussi mené des centaines de frappes aériennes sur des sites militaires, affirmant vouloir empêcher que des armes ne tombent entre les mains des nouvelles autorités, qu'il qualifie de "jihadistes".

Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, avait exigé fin février "la démilitarisation totale du sud de la Syrie" et affirmé qu'il ne tolérerait pas que les forces du nouveau pouvoir se déploient au sud de Damas.

Le 26 mars, six civils avaient déjà été tués après une incursion israélienne similaire dans la province de Deraa, selon les autorités locales.


La Défense civile de Gaza fait état d'au moins 15 morts dans une frappe israélienne dans le nord

L'armée israélienne a lancé un nouvel appel à évacuer pour les habitants de Choujaiya et d'autres districts dans le nord de la bande de Gaza. (AFP)
L'armée israélienne a lancé un nouvel appel à évacuer pour les habitants de Choujaiya et d'autres districts dans le nord de la bande de Gaza. (AFP)
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  • L'armée israélienne a lancé un nouvel appel à évacuer pour les habitants de Choujaiya et d'autres districts dans le nord de la bande de Gaza.
  • "L'armée israélienne opère avec une grande force dans vos zones pour détruire l'infrastructure terroriste" du mouvement islamiste palestinien Hamas, a déclaré le porte-parole de l'armée en langue arabe, Avichay Adraee, dans un message sur son compte X

GAZA: La Défense civile de Gaza a indiqué qu'au moins 15 personnes avaient été tuées jeudi à l'aube dans des frappes aériennes israéliennes dans la partie nord du territoire palestinien, après un appel à évacuer de l'armée israélienne.

Le porte-parole de la Défense civile, Mahmoud Bassal, a déclaré que les frappes avaient visé plusieurs maisons dans le quartier de Choujaiya, dans la ville de Gaza. "Il y a encore un certain nombre de personnes piégées sous les décombres", a-t-il ajouté.

L'armée israélienne a lancé un nouvel appel à évacuer pour les habitants de Choujaiya et d'autres districts dans le nord de la bande de Gaza.

"L'armée israélienne opère avec une grande force dans vos zones pour détruire l'infrastructure terroriste" du mouvement islamiste palestinien Hamas, a déclaré le porte-parole de l'armée en langue arabe, Avichay Adraee, dans un message sur son compte X.

"Vous devez évacuer ces zones immédiatement et vous rendre dans les abris connus dans l'ouest de la ville de Gaza", a-t-il ajouté.


Israël morcèle Gaza, accentue la pression sur le Hamas pour récupérer les otages

Mercredi, au moins 34 Palestiniens ont été tués dans les frappes. L'une d'elles a tué 19 personnes, dont neuf enfants, dans un centre de santé détruit de l'Unrwa, l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens, à Jabalia (nord), selon la Défense civile de Gaza, organisation de premiers secours. (AFP)
Mercredi, au moins 34 Palestiniens ont été tués dans les frappes. L'une d'elles a tué 19 personnes, dont neuf enfants, dans un centre de santé détruit de l'Unrwa, l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens, à Jabalia (nord), selon la Défense civile de Gaza, organisation de premiers secours. (AFP)
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  • Loin de céder, le Hamas a rejeté une proposition de trêve annoncée samedi par Israël et transmise par l'intermédiaire de la médiation du Qatar et de l'Egypte
  • Après deux mois de trêve, Israël a repris le 18 mars son offensive à Gaza affirmant que la pression militaire était le seul moyen de forcer le Hamas à rendre la soixantaine d'otages, morts ou vivants, qu'il détient encore

JERUSALEM: Israël a annoncé mercredi que son armée avait commencé à morceler la bande de Gaza et à y saisir de larges zones de territoire pour forcer le mouvement islamiste palestinien Hamas à rendre les otages.

Loin de céder, le Hamas a rejeté une proposition de trêve annoncée samedi par Israël et transmise par l'intermédiaire de la médiation du Qatar et de l'Egypte, ont indiqué deux responsables du mouvement islamiste palestinien à l'AFP alors que les bombardements israéliens sur la bande de Gaza ont fait plus de 30 morts mercredi, dont des enfants, selon les secours locaux.

Le Hamas souhaite avancer sur une proposition egypto-qatarie prévoyant un cessez-le-feu de 50 jours, période pendant laquelle le mouvement islamiste libérerait "cinq soldats israéliens" en échange de la remise en liberté de quelque 2.250 prisonniers palestiniens détenus par Israël, a indiqué un de ces deux responsables sous le couvert de l'anonymat

Après deux mois de trêve, Israël a repris le 18 mars son offensive à Gaza affirmant que la pression militaire était le seul moyen de forcer le Hamas à rendre la soixantaine d'otages, morts ou vivants, qu'il détient encore.

"Nous morcelons la bande de Gaza et nous augmentons la pression pas à pas, afin qu'ils nous rendent nos otages", a déclaré le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

Critiques des familles d'otages 

Appelant "les habitants de Gaza à agir maintenant pour chasser le Hamas et rendre tous les otages", le ministre de la Défense, Israël Katz, a menacé une nouvelle fois de confisquer au profit d'Israël de "vastes secteurs" conquis par l'armée à la faveur de l'élargissement de son offensive dans la bande de Gaza.

"Expliquez (...) comment vous comptez éviter la mise en danger des otages", a réagi le Forum des familles, la plus grande association de proches d'otages en Israël, en reprochant au gouvernement d'envoyer "davantage de soldats à Gaza" plutôt que "de libérer les otages par un accord et de mettre fin à la guerre"

De leur côté, une cinquantaine d'otages libérés et des proches d'otages ont estimé dans une lettre ouverte que "la pression militaire met en danger les otages".

"Où est le monde?" 

La guerre a été déclenchée le 7 octobre 2023 par l'attaque sans précédent du Hamas ayant entraîné la mort de 1.218 personnes du côté israélien, en majorité des civils, selon un décompte de l'AFP basé sur des données officielles.

Sur les 251 personnes enlevées ce jour-là, 58 sont toujours otages à Gaza dont 34 sont mortes selon l'armée israélienne.

En riposte Israël a juré de détruire le Hamas et lancé une campagne de représailles militaires ayant fait au moins 50.423 morts, majoritairement des civils, selon les données du ministère de la Santé du Hamas pour Gaza, jugées fiables par l'ONU.

Mercredi, au moins 34 Palestiniens ont été tués dans les frappes. L'une d'elles a tué 19 personnes, dont neuf enfants, dans un centre de santé détruit de l'Unrwa, l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens, à Jabalia (nord), selon la Défense civile de Gaza, organisation de premiers secours.

Le centre sert de refuge à 160 familles déplacées, a indiqué l'Unrwa.

"Les martyrs sont des jeunes, des garçons et des filles. De quel droit il les tuent? Ils ont visé directement la clinique. Où sont les Nations unies, où est le monde?" a lancé Abou Ahmed Jaber, un déplacé réfugié dans le bâtiment.

L'armée israélienne a confirmé une frappe contre le bâtiment de l'Unrwa affirmant y avoir visé "des terroristes du Hamas".

Treize personnes ont également été tuées par un bombardement sur une maison abritant des déplacés à Khan Younès et deux par une frappe sur une maison à Nousseirat (centre), selon les secours.

Après l'interception de deux projectiles tirés de Gaza en direction d'Israël dans la soirée, l'armée israélienne a appelé les habitants à évacuer plusieurs régions du nord de Gaza, en prévision de frappes.

"Guerre sans limite" 

De son côté, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres est "choqué par les attaques de l'armée israélienne" contre un convoi médical et de secours, qui ont tué 15 secouristes et travailleurs humanitaires la semaine dernière à Gaza, selon son porte-parole.

La "fosse commune" où les secouristes ont été retrouvés expose une "guerre sans limite" à Gaza, a indiqué un responsable du Bureau des opérations humanitaires de l'ONU (Ocha), Jonathan Whittall.

Selon le ministère de la Santé de Gaza, 1.066 personnes ont été tuées depuis le 18 mars.

Pour accroître la pression sur le Hamas, Israël a bloqué depuis le 2 mars l'entrée de l'aide humanitaire à Gaza, aggravant les pénuries dans le territoire.

Faute de farine et de sucre, des boulangeries ont fermé. "La situation est très difficile, il n'y a pas de farine, pas de pain, pas de nourriture ni d'eau", a témoigné un père de famille, Mahmoud Sheikh Khalil.

A Jérusalem, le ministre israélien de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, figure de l'extrême droite, s'est rendu une nouvelle fois sur l'esplanade des Mosquées, lieu disputé dans le secteur oriental de la Ville sainte occupé et annexé par Israël.

Troisième lieu saint de l'islam, l'endroit est pour les juifs, le mont du Temple, lieu le plus sacré du judaïsme. Plusieurs pays arabes ont dénoncé une "provocation" susceptible d'alimenter encore un peu plus les tensions régionales.