Pour le chef de l’IRENA, «l’ancien système d’énergies fossiles ne peut pas s’arrêter en un seul jour»

La présentatrice de l’émission Frankly Speaking, Katie Jensen, a interrogé Francesco La Camera, dirigeant de l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (Photo fournie).
La présentatrice de l’émission Frankly Speaking, Katie Jensen, a interrogé Francesco La Camera, dirigeant de l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (Photo fournie).
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Publié le Lundi 13 mars 2023

Pour le chef de l’IRENA, «l’ancien système d’énergies fossiles ne peut pas s’arrêter en un seul jour»

  • Une transition régulière vers les énergies renouvelables permettrait de maintenir un approvisionnement stable et de répondre aux demandes énergétiques des pays en développement
  • L’Arabie Saoudite a exprimé son ambition de produire 50% de son électricité à partir d’énergies renouvelables d’ici 2030 – les 50% restants provenant du gaz naturel

DUBAÏ: Pour que le monde effectue sa transition vers l’énergie verte sans perturbation des lignes d’approvisionnement actuelles, le désinvestissement des énergies fossiles doit être un processus graduel, a déclaré Francesco La Camera, directeur général de l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA), à Arab News.

« Il faut comprendre que l’ancien système centralisé et basé sur les énergies fossiles ne peut s’arrêter en un jour », a déclaré La Camera à Katie Jensen, animatrice de l’émission d'Arab News Frankly Speaking.

 

 

« Il y aura un lent déclin du pétrole et du gaz. Pour maintenir une baisse régulière, nous avons encore besoin d’investissements dans le pétrole et le gaz. Sans quoi, nous nous exposerons à un ébranlement du secteur ».

Une transition équilibrée vers le solaire, l’éolien, l’hydroélectricité, la géothermie et d’autres énergies renouvelables contribuerait à maintenir un approvisionnement stable pour le monde industrialisé, tout en répondant aux besoins énergétiques des pays en développement, explique le chef de l’IRENA.

 

« Tout doit être équilibré. Nous devons comprendre que nous avons une demande d’énergie nécessaire au développement. Cette demande augmentera, notamment en Afrique et en Asie du Sud-Est ».

 

L’IRENA est une agence intergouvernementale pour la transformation énergétique qui soutient les pays dans leurs transitions énergétiques et fournit également des données sur la technologie, l’innovation, la politique, la finance et l’investissement.

La Camera, directeur général de l’agence depuis avril 2019 a contribué à forger une série de partenariats stratégiques avec des organisations affiliées à l’ONU, notamment le PNUD, la Convention-cadre des Nations Unies pour le changement climatique et le Fonds vert pour le climat, afin de mettre en œuvre une approche plus active en la matière.

Le diplomate italien conserve néanmoins une approche réaliste quant au rythme de la transition énergétique, notamment dans le contexte de la guerre en Ukraine qui a entraîné une flambée des prix mondiaux, poussant plusieurs nations à réadopter des alternatives moins chères mais moins « propres », telles que le charbon.

 

Les écologistes ont accusé les pays développés d’hypocrisie suite aux récentes mesures prises en Europe et au Royaume-Uni pour rouvrir les mines de charbon à une époque où la plupart des pays éliminent progressivement les énergies fossiles.

« À très court terme, afin d’éviter les effondrements et les perturbations de l’approvisionnement énergétique, les pays font ce qu’ils peuvent » a déclaré La Camera. « Dans certains cas, cela a réactivé les mines de charbon, mais ils n’investissent pas dans de nouvelles mines de charbon. »

Cependant, La Camera estime qu’il ne s’agit que de mesures à court terme, mises en œuvre en réponse à la hausse des coûts de l’énergie causée par les sanctions occidentales contre le pétrole et le gaz russes. La trajectoire à long terme vers les énergies renouvelables est inéluctable selon lui.

« Nous devons comprendre que nous vivons à l’époque de la crise ukrainienne et que les pays doivent répondre au manque de gaz russe. Il est impératif de faire la distinction entre le court terme et le moyen-long terme, » a-t-il précisé.

« À court terme, les pays essaient de faire ce qu’ils peuvent pour ne pas priver leur propre public du chauffage et de la climatisation dont ils ont besoin…ils essaient de trouver des solutions à la pénurie de gaz russe. Pourtant, leurs politiques à moyen et long terme sont très claires. Nous ne sommes pas en train de reculer »

« L’année dernière a été une année record pour les investissements dans les énergies renouvelables. Nous avons battu de nouveaux records dans leur nouvelle capacité d’installation des énergies renouvelables. »

« Ce processus est inéluctable. La seule question qui se pose aujourd’hui n’est pas de l’ordre de l’orientation de ce changement – qui est clair et que rien ne changera. La question est la vitesse ainsi que l’ampleur de cette transformation, puisque son rythme actuel ne permettra pas d’atteindre les objectifs de l’Accord de Paris ainsi que les objectifs de développement durable des Nations Unies. »

L’Accord de Paris est un traité international sur le climat, adopté en 2015. Il adopte l’atténuation, l’adaptation et le financement du changement climatique. Son objectif premier est de maintenir l’augmentation de la température moyenne mondiale sous les 2 degrés Celsius au-dessus des niveaux préindustriels et de poursuivre les efforts afin de limiter l’augmentation de la température à 1,5 degrés Celsius.

« Nous ne sommes pas alignés sur les objectifs de l’Accord de Paris », a déclaré La Camera. « Nous disons très clairement que nous avons besoin, cette décennie, de 57 000 milliards de dollars (1 dollar = 0,94 euro) d’investissement dans la transition énergétique. Nous n’en sommes pas du tout là. Nous parlons également de la nécessité de tripler notre capacité d’installation d’énergies renouvelables d’ici 2030 et cela ne se produit pas. »

« D’où vient cet argent ? Nous avons une idée claire là-dessus. Il y a beaucoup de liquidités sur le marché. Selon nous, aujourd’hui, il n’y a pas de bonnes politiques en place pour activer la demande, par exemple, pour l’hydrogène vert. »

« D’ailleurs, l’accent n’est pas encore suffisamment mis sur l’infrastructure nécessaire pour soutenir la construction du nouveau système énergétique. Lorsque nous parlons d’infrastructure, nous parlons de la capacité physique, juridique et institutionnelle ainsi que des carrières de compétences professionnelles. »

L’Arabie saoudite s’est engagée à atteindre zéro émission nette d’ici 2060. Le Royaume a entrepris des initiatives de lutte contre le réchauffement climatique d’un milliard de dollars dans le cadre de l’Initiative verte saoudienne, visant à établir un centre régional de capture et de stockage du carbone, un centre d’alerte précoce aux tempêtes, et l’ensemencement des nuages dans le cadre de ses efforts pour créer un avenir plus vert. »

Le prince héritier Mohamed Ben Salmane a déclaré que le Royaume plantera 450 millions d’arbres et réhabilitera 8 millions d’hectares de terres d’ici 2030, réduisant ainsi 200 millions de tonnes d’émissions de carbone avec des initiatives supplémentaires qui seront annoncées dans les années à venir.

L’Arabie Saoudite a également exprimé son ambition de produire 50% de son électricité à partir d’énergies renouvelables d’ici 2030 – les 50% restants provenant du gaz naturel.

Le Royaume a lancé plusieurs grands projets d’énergie renouvelable, tirant parti de son potentiel naturel dans le solaire et l’éolien, notamment la centrale solaire Sakaka, le premier projet d’énergie solaire à grande échelle en Arabie Saoudite et Dumat Al-Jandal, son premier grand projet éolien.

Par ailleurs, le Royaume a pour ambition de devenir le premier producteur mondial d’hydrogène. Saudi Aramco et SABIC, en partenariat avec l’Institut d’économie de l’énergie du Japon, ont annoncé en 2020 la première expédition d’ammoniac bleu du Royaume vers le Japon.

NEOM, le giga-projet de la ville intelligente du Royaume a également l’intention de construire une des plus grandes usines d’hydrogène vert au monde.

« Ils ont des ambitions pour l’hydrogène vert » a déclaré La Camera. « Ils sont prêts à signer des contrats pour vendre de l’hydrogène vert. Or, la demande n’y est pas encore. Et donc, il faut prendre en considération les partenaires de la demande afin de faire bouger les choses. »

Alors, que peut-on faire pour encourager une plus grande demande de produits à base d'hydrogène afin d’en faire une source d'énergie alternative viable ?

« Premièrement, les politiques industrielles », a déclaré La Camera. « Les pays développés ont des politiques industrielles capables de favoriser une demande d'hydrogène vert plutôt que d’énergies fossiles. Cela est très important et signifie que l'environnement juridique est essentiel.

« Entre-temps, nous avons besoin de l'infrastructure pour mettre sur le marché ce que nous produisons en termes d'hydrogène vert. En Afrique du Nord, ils ont cinq gazoducs qui peuvent probablement être adaptés pour transporter, non pas du gaz en tant que tel, mais de l'hydrogène. Nous pourrons peut-être avoir plus de navires pour le commerce de l'ammoniac. Nous pouvons aussi penser à des électroducts qui pourraient permettre aux pays d'échanger de l'énergie de manière efficace. »

« Tous ces éléments font partie d’un ensemble complet qui, avec un peu de chance, incitera les pays à agir plus vite. »

« Mais encore une fois, je ne doute pas du tout de l’ambition de l’Arabie Saoudite. Je n’ai aucun doute sur l’ambition des Émirats arabes unis. J’ai également vu d’autres pays du Golfe évoluer rapidement avec cette tendance. »

La COP28, la 28ème session de la Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, se réunit du 30 novembre au 12 décembre de cette année aux Émirats arabes unis - ce n'est que la deuxième fois que le sommet se tient dans le monde arabe après la présidence égyptienne l'an dernier.

Selon La Camera, les nations participantes doivent profiter du sommet de cette année pour aller au-delà des engagements et des promesses et, à la place, prendre des mesures concertées afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre et passer aux énergies renouvelables.

« Tout le monde doit participer à la discussion. Les compagnies pétrolières et gazières, les gouvernements et les pays où les gaz sont pertinents d'un point de vue économique. Ils doivent tous en faire partie » a-t-il déclaré.

« Les Émirats arabes unis et l'Arabie Saoudite ont déjà fait preuve d'une grande ambition en optant pour les énergies renouvelables. Voici une région où l'on peut produire de l'électricité à moindre coût. Et nous avons vu que les pays du Golfe optent pour le zéro net, établissant leur propre stratégie hydrogène. »

« Pour la première fois, la COP aux Émirats arabes unis certifiera que nous ne sommes pas sur la bonne voie. Cette COP doit trouver un moyen de combler le fossé entre où nous en sommes et où nous devrions être. L'IRENA essaie également de travailler là-dessus, au-delà de la COP28, en offrant à la présidence quelque chose sur quoi baser son travail, en finançant un compromis entre tous les autres pays.

« Nous sommes persuadés que cette COP28 sera historique. »

En tenant compte du pessimisme répandu dans de nombreux milieux, l’optimisme de La Camera quant à la transition vers les énergies renouvelables et le rôle proactif joué par les producteurs de pétroles du Golfe est rassurant.

Il n'est cependant pas satisfait et affirme qu'il continuera à faire pression pour une adoption plus rapide et plus ambitieuse de l'énergie propre à la COP28 et au-delà.

« Les énergies renouvelables jouent un rôle primordial », a-t-il déclaré. « Nous allons vers un nouveau système énergétique qui sera prochainement dominé par les énergies renouvelables et avec le complément de l'hydrogène, principalement de l'hydrogène vert, et l'utilisation durable de la bioénergie. »

« Il n'y a aucun moyen d'arrêter ce processus. Il faut savoir comment le maintenir à la vitesse et à l'échelle nécessaires. »

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Au Moyen-Orient, le dessalement au cœur des enjeux stratégiques de l’eau

L'usine de dessalement de Veolia à Sur, Oman. (Photo : fournie)
L'usine de dessalement de Veolia à Sur, Oman. (Photo : fournie)
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  • Le dessalement, pilier vital de l’eau au Moyen-Orient, assure jusqu’à 90 % de l’approvisionnement dans certains pays du Golfe
  • Veolia innove pour rendre le dessalement plus durable : énergie réduite, première usine 100 % solaire et solutions adaptées aux besoins locaux

​​​​​​DUBAÏ : Dans un contexte régional marqué par des tensions géopolitiques et la raréfaction des ressources hydriques, le dessalement s’impose comme un outil stratégique : les pays du Golfe, où il joue un rôle central, doivent relever des défis croissants liés à la protection des infrastructures, à l’augmentation de la population et à la demande industrielle.

Pour répondre à ces enjeux, les pays du Golfe investissent massivement dans les infrastructures de dessalement, en cohérence avec leurs stratégies nationales, leurs objectifs de croissance et leurs visions de développement à long terme. Ces projets font partie intégrante des plans visant à renforcer la sécurité hydrique et à soutenir l’expansion économique de la région.

À la tête de Veolia, Estelle Brachlianoff insiste sur la résilience du secteur face à ces enjeux. « Aujourd’hui, l'ensemble des activités de dessalement de Veolia se poursuivent et le service est assuré », affirme-t-elle lors d’un entretien accordé à Arab News en français.

Dans une région où l’accès à l’eau constitue un enjeu majeur pour les économies et les populations, ces installations sont « considérées d’intérêt national ». Elle souligne également que la sécurité des équipes, l’intégrité des infrastructures et la continuité des opérations font l’objet d’une vigilance constante, afin de garantir un approvisionnement stable malgré les risques.

Pour limiter les risques, les réseaux de dessalement sont conçus pour être robustes et interconnectés, permettant aux usines de se substituer les unes aux autres si nécessaire et intégrant des capacités de stockage pour assurer la continuité du service, explique Brachlianoff.

Cette configuration multi-site et la coordination avec les autorités locales sont essentielles pour protéger une ressource critique dans un environnement où la sécurité des infrastructures est stratégique. 

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Selon la directrice générale de Veolia, Estelle Brachlianoff, le marché devrait accélérer sa croissance au cours des cinq prochaines années, principalement au Moyen-Orient, en Asie-Pacifique et dans certains pays d’Europe. (Photo : Médiathèque Veolia – Nicolas Fagot)

Le dessalement représente une part significative de l’eau potable dans les pays du Golfe : 42 % aux Émirats arabes unis, 70 % en Arabie saoudite, 86 % à Oman et 90 % au Koweït, selon une note de l'Institut français des relations internationales (Ifri) de 2022. « Le dessalement est aujourd’hui capital pour l’approvisionnement en eau des pays du Golfe », précise Brachlianoff, en soulignant le rôle central de cette technologie face à la pression démographique et industrielle. 

Pour répondre aux contraintes énergétiques, le secteur a réduit significativement sa consommation d’électricité. « Sur les dix dernières années, nous avons réussi à diviser par trois la consommation énergétique nécessaire à la production d’un mètre cube d’eau dessalée », ajoute-t-elle.

La transition vers les énergies renouvelables progresse également : à Sur, à Oman, un champ solaire alimente désormais l’usine de dessalement à 100 % en période diurne, faisant d’elle la première usine au monde fonctionnant ainsi. Cette initiative pourrait être dupliquée dans d’autres pays de la région, dans le respect des réglementations locales. 

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À Sur, à Oman, un champ solaire alimente désormais l’usine de dessalement à 100 % en période diurne. (Photo : fournie)

Ces avancées rendent le processus plus efficace, modulable et respectueux de l’environnement, tout en permettant aux pays de mieux aligner leurs infrastructures sur leurs visions nationales de développement et de croissance.

Le marché du dessalement est en pleine expansion. « Le marché devrait accélérer sa croissance au cours des cinq prochaines années, principalement au Moyen-Orient, en Asie-Pacifique et dans certains pays d’Europe, avec une capacité prévue d’environ 40 millions de m³ par jour », note Brachlianoff. La demande varie selon les territoires : certains privilégient de grandes installations centralisées, comme les usines de Mirfa 2 et Hassyan aux Émirats arabes unis, tandis que d’autres optent pour des solutions plus compactes ou modulaires.

Avec près de 19 % de la capacité installée dans la région, Veolia est un acteur clé du secteur. Le dessalement ne constitue toutefois pas une solution unique : la directrice générale du groupe rappelle qu’il doit être complété par la réutilisation de l’eau et l’optimisation des réseaux afin de garantir un approvisionnement fiable et durable.

La durabilité du dessalement dépend de sa capacité à rester abordable et respectueux de l’environnement. Dans les régions exposées au stress hydrique, comme le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, cette technologie restera toutefois un pilier de la sécurité de l’eau.


Le pipeline Est-Ouest de l’Arabie saoudite atténue l’emprise sur le détroit d’Ormuz et l'impact sur les marchés pétroliers

Le renouveau de Petroline souligne la stratégie de l’Arabie saoudite consistant à contourner les goulets d’étranglement maritimes, offrant un amortisseur partiel contre les chocs d’approvisionnement tout en exposant la vulnérabilité des marchés énergétiques mondiaux. (AFP)
Le renouveau de Petroline souligne la stratégie de l’Arabie saoudite consistant à contourner les goulets d’étranglement maritimes, offrant un amortisseur partiel contre les chocs d’approvisionnement tout en exposant la vulnérabilité des marchés énergétiques mondiaux. (AFP)
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  • Alors que l’Iran menace le détroit d’Ormuz, un pipeline vieux de 40 ans contribue à stabiliser les flux et à contenir la flambée des prix mondiaux de l’énergie
  • L’expansion de Petroline — ou la relance d’anciennes routes comme Tapline — pourrait affaiblir durablement l’emprise de l’Iran sur des points de passage pétroliers clés

LONDRES : Il a été créé il y a quatre décennies dans l’ombre d’un conflit régional antérieur qui menaçait le flux de pétrole et de gaz à travers le détroit d’Ormuz. Aujourd’hui, le Petroline saoudien revient à la une et soulage une fois de plus les marchés énergétiques mondiaux.

Le pipeline Est-Ouest de l’Arabie saoudite se compose de deux conduites et d’une série de stations de pompage qui transportent le pétrole sur plus de 1 200 km à travers des terrains souvent difficiles, reliant le champ pétrolier d’Abqaiq, dans la province orientale, au port de Yanbu sur la mer Rouge.

Aujourd’hui, alors que le passage par le détroit d’Ormuz est fortement restreint, le Petroline, vieux de 40 ans, fonctionnerait à pleine capacité.

Selon Bloomberg, la compagnie pétrolière nationale saoudienne Aramco a activé des plans pour intensifier les opérations de Petroline dès le début de la guerre américano-israélienne contre l’Iran le 28 février.

Dès le 4 mars, il fonctionnait presque à pleine capacité, et les pétroliers qui se dirigeaient habituellement vers des terminaux du Golfe arabique ont été redirigés vers la mer Rouge.

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Installations pétrolières de Dhahran, dans l’est de l’Arabie saoudite. (Saudi Aramco/AFP)

Les 7 millions de barils par jour acheminés à travers le pays depuis la province orientale jusqu’à Yanbu ne compensent que partiellement la perte des 15 millions de barils qui transitent normalement par le détroit d’Ormuz — soit environ 20 % de la demande mondiale quotidienne.

Mais, comme l’a rapporté Bloomberg samedi, Petroline est « l’une des raisons pour lesquelles les prix du pétrole n’ont pas atteint des niveaux de crise ».

L’accès au pétrole par voie maritime est pris en otage non seulement par des attaques physiques de l’Iran, mais aussi par la crainte de telles attaques, aggravée par la hausse prohibitive des assurances.

L’assurance des pétroliers est calculée en pourcentage de la « valeur de coque » — le coût de remplacement du navire. Selon Lloyd’s List, en temps normal, le coût d’une semaine d’assurance pour traverser le détroit d’Ormuz varie entre 0,15 et 0,25 % de cette valeur.

La semaine dernière, cependant, Lloyd’s a indiqué que certaines compagnies se voyaient proposer des taux atteignant 10 %.

Des rapports suggèrent que certaines entreprises, voire certains États, cèdent au chantage iranien, négociant des frais pour garantir un passage sécurisé. La Thaïlande a confirmé qu’un pétrolier battant pavillon thaïlandais, appartenant à Bangchak Corporation, avait traversé avec l’autorisation de l’Iran.

Le soulagement apporté aux marchés énergétiques mondiaux par Petroline durant la crise ouvre une perspective intéressante. Si l’Arabie saoudite construisait un second pipeline, doublant la capacité de Petroline, l’emprise de l’Iran sur le flux pétrolier à travers le détroit d’Ormuz pourrait disparaître.

Cela ne résoudrait pas, bien sûr, le problème auquel est confrontée la flotte mondiale de porte-conteneurs et de vraquiers transportant d’autres marchandises essentielles à travers ce goulet d’étranglement.

Vendredi, il a été rapporté que deux grands porte-conteneurs appartenant à la compagnie chinoise Costco ont effectué des demi-tours soudains en tentant de franchir le détroit près de l’île iranienne de Qeshm.

Selon les services de suivi maritime, les CSCL Indian Ocean et CSCL Arctic Ocean avaient clairement signalé leur propriété chinoise avant d’être contraints de rebrousser chemin.

Mais si une pénurie de biens matériels serait préjudiciable aux entreprises et aux consommateurs, c’est la perte du pétrole — qui fait tourner les rouages de l’économie mondiale — qui constitue la menace la plus grave pour la stabilité économique.

La construction d’un second Petroline serait sans aucun doute une alternative bien plus simple, rapide et économique qu’une solution évoquée sur les réseaux sociaux : la construction d’un canal contournant le détroit d’Ormuz.

Un tel projet représenterait un défi d’ingénierie colossal, nécessitant des décennies et la construction de centaines d’écluses pour franchir les montagnes Hajar entre la côte du Golfe arabique des Émirats et le golfe d’Oman.

Même s’il était réalisable, un canal transarabique serait extrêmement vulnérable aux actions militaires : immobiliser un seul navire pourrait bloquer l’ensemble.

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Installations terrestres de Safaniya et Tanajib à Fadhili, à 30 km à l’ouest de Jubail. (Saudi Aramco/AFP)

Cela dit, Petroline lui-même n’est pas invulnérable. En mai 2019, le ministère saoudien de l’Énergie a indiqué que le pipeline avait été frappé par des drones lancés par les Houthis du Yémen.

Les drones ont touché deux stations de pompage situées à Al-Duwadimi et Afif, respectivement à environ 200 et 400 km à l’ouest de Riyad.

Mais, tout comme il a été relativement simple à construire, le pipeline est également relativement facile à réparer.

Une seule attaque ne peut endommager qu’une petite section, rapidement remise en service, comme cela a été démontré en 2019 lorsque Aramco a remis Petroline en fonctionnement après une brève interruption.

De plus, un second pipeline « fantôme » pourrait être construit en parallèle, garantissant qu’une partie du flux pétrolier continue même si l’un des pipelines est temporairement hors service.

Cependant, Petroline ne peut jouer son rôle que si la navigation en mer Rouge reste sûre. La menace des attaques houthies continue de préoccuper Aramco, les compagnies maritimes et les assureurs.

Comme l’a rapporté Bloomberg, « des flottes de pétroliers ont été redirigées vers Yanbu, fournissant une bouée de sauvetage essentielle à l’approvisionnement mondial ».

Mais « avec l’entrée en guerre annoncée des Houthis, la crainte est que la mer Rouge devienne un nouveau front ».

Les Houthis étaient restés à l’écart jusqu’à samedi, lorsqu’ils ont lancé des missiles contre des « sites militaires sensibles » en Israël. 

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Le pipeline transarabique historique près d’Arar. (Creative Commons)

Les Houthis ont également attaqué ou saisi plus de 170 navires naviguant sous de nombreux pavillons différents dans la mer Rouge. En conséquence, de nombreux navires ont été redirigés autour du cap de Bonne-Espérance en Afrique — une déviation coûteuse en carburant et en temps, et un coup porté aux revenus de l’Égypte provenant du canal de Suez.

En réponse, les États-Unis ont lancé plusieurs attaques contre des sites houthis et leur leadership au Yémen, ce qui a abouti à un accord de cessez-le-feu, négocié par Oman, en mai 2025.

L’année dernière, toutefois, les attaques houthies contre la navigation ont brièvement repris. Les 6 et 7 juin, deux navires de charge ont été attaqués près du port de Hodeidah, contrôlé par les Houthis, et trois membres d’équipage à bord du Eternity C, battant pavillon libérien, ont été tués.

À ce jour, malgré la reprise des attaques à missiles contre Israël, les Houthis n’ont jusqu’à présent donné aucun signe indiquant qu’ils reviendraient à attaquer la navigation passant par le détroit étroit de Bab Al-Mandab — large de seulement 30 km, un goulet d’étranglement tout aussi vulnérable que celui d’Hormuz.

Si tel était le cas, le coût mondial du carburant augmenterait sans aucun doute malgré le flux de pétrole via la Petroline.

Yanbu, où se termine la ligne pétrolière sur la mer Rouge, se trouve à plus de 1 300 km de Bab Al-Mandab et loin des lieux des précédentes attaques houthies contre la navigation dans le sud de la mer Rouge.

Mais si le détroit était bloqué, les pétroliers en provenance d’Extrême-Orient souhaitant charger du pétrole à Yanbu devraient emprunter un détour incroyablement long et prohibitivement coûteux, les obligeant à contourner le cap de Bonne-Espérance, remonter la côte ouest de l’Afrique, passer par le détroit de Gibraltar dans la Méditerranée, descendre le canal de Suez jusqu’à Yanbu, puis revenir avec leur cargaison.

Pour un pétrolier venant de l’est, cela ajouterait un voyage aller-retour de 40 000 km à leur parcours.

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Le canal de Suez est un autre point de congestion potentiel.

Lorsque le président égyptien Gamal Abdel Nasser a nationalisé la voie navigable en 1956, la Grande-Bretagne et la France, secrètement assistées par Israël, ont tenté de renverser Nasser et de reprendre la zone du canal par la force armée.

Le canal a été fermé à la navigation d’octobre 1956 à mars 1957, mais le plan a été contrecarré sous la pression des États-Unis et de l’Union soviétique.

Le canal a de nouveau été fermé par l’Égypte en 1967 au début de la guerre des Six Jours, et est resté fermé jusqu’en juin 1975.

Indépendamment de la vulnérabilité du détroit de Bab Al-Mandab et du canal de Suez, Petroline reste le meilleur espoir mondial pour contenir les coûts énergétiques pendant la crise actuelle.

Petroline est né d’un conflit, construit dans les années 1980 pendant la « guerre des pétroliers » qui a éclaté au cours du conflit Iran-Irak. Entre 1984 et 1988, plus de 450 navires ont été attaqués dans ou près du Golfe arabique, tant par l’Irak que par l’Iran.

Prémonitoire d’un aspect de la crise actuelle, la logique du « coup pour coup » avait commencé lorsque l’Irak a attaqué des navires utilisant le terminal pétrolier iranien de l’île de Kharg, aujourd’hui une cible potentielle pour les milliers de Marines américains et autres forces terrestres en route vers le Golfe.

Toutes les solutions ne se sont pas révélées aussi résilientes que Petroline.

En mars 1987, le Koweït a tenté de protéger ses pétroliers en persuadant les États-Unis de lui permettre de faire arborer le pavillon américain à ses navires, mais le plan a échoué avec des conséquences désastreuses pour les États-Unis.

Deux mois plus tard, un avion irakien a attaqué l’USS Stark, une frégate lance-missiles, avec deux missiles, tuant 37 membres d’équipage. Les Irakiens ont affirmé avoir confondu la frégate avec un pétrolier iranien.

Il existe une autre proposition de pipeline qui, dans les circonstances actuelles, pourrait sembler irréalisable, voire impensable : contourner Ormuz en construisant un nouveau réseau de pipelines pétroliers et gaziers depuis les États producteurs du Golfe jusqu’à la Méditerranée via Israël.

Selon Hal Brands, chercheur senior à l’American Enterprise Institute, jeudi, il s’agirait d’un « scénario probable » qui « combine pression et auto-protection ».

Mais à la lumière des activités d’Israël à Gaza, en Cisjordanie et au Liban, un tel projet exigerait une très grande dose de pragmatisme de la part des États du Golfe.

Pour sa part, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a clairement indiqué qu’un tel plan figure à son agenda post-guerre.

« Il suffit d’avoir des pipelines de pétrole, des pipelines de gaz, allant vers l’ouest à travers la péninsule arabique, jusqu’à Israël, jusqu’à nos ports méditerranéens, et vous aurez éliminé les points de congestion pour toujours », a-t-il déclaré lors d’un discours le 19 mars.

« Je considère que c’est un véritable changement qui suivra cette guerre. »

En réalité, il n’y a rien de nouveau dans ce plan, à part le transit proposé par Israël.

Les travaux ont commencé en 1948 sur le pipeline transarabique, mieux connu sous le nom de Tapline, le long duquel le pétrole était pompé depuis Ras Al-Mishab dans la province orientale jusqu’à un terminal maritime sur la Méditerranée, juste au sud de Sidon au Liban — sur une distance de 1 664 km. 

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Soudage des sections de tuyaux. Commencée en 1947 et achevée en 1950, la Tapline s’étendait sur 1 068 miles, d’Abqaiq jusqu’à Sidon au Liban — sa capacité volumétrique totale était de 5 747 000 barils. (John C. Tarvin, Saudi Aramco)

En novembre 1950, les travaux étaient terminés et le pétrole circulait.

D’une certaine manière, il s’agissait d’une nouvelle innovation déclenchée par un conflit, bien que, cette fois-ci, pas dans la région.

Dans l’immédiat après-guerre, l’Europe connaissait une demande énorme en pétrole, alors qu’elle se reconstruisait économiquement et industriellement dans le cadre du plan Marshall américain.

À l’époque, le détroit d’Ormuz ou le canal de Suez ne posaient pas de problème, mais les pétroliers disponibles n’étaient tout simplement pas assez grands ni suffisamment nombreux pour satisfaire la soif de pétrole de l’Europe.

La Tapline, comme elle est devenue connue, a servi le monde pendant 40 ans, jusqu’à ce que la nouvelle génération de pétroliers massifs, capable de dépasser facilement sa capacité, entraîne sa mise hors service dans les années 1990.

En 1951, l’année où la Tapline est devenue pleinement opérationnelle, elle transportait plus d’un tiers des 278 millions de barils de pétrole produits par Aramco. Mais, comme le raconte l’histoire d’Aramco sur le projet, la Tapline n’était pas seulement une artère pour le pétrole.

« La Tapline a transformé à jamais la région nord de l’Arabie saoudite, apportant des infrastructures et la prospérité le long de son tracé », peut-on lire.

Autour des six stations de pompage de la ligne, « de nouvelles communautés ont émergé, chacune avec des maisons, des écoles et des salles à manger construites pour les familles des personnes travaillant sur la Tapline ».

Au milieu des années 1960, « ces communautés s’étaient étendues pour inclure des mosquées, des commerces, des installations de loisirs, des théâtres, des terrains de jeux — et étaient devenues ensemble le foyer de plus de 5 000 personnes ».

Les stations de pompage de la Tapline sont hors service depuis des décennies, mais « les villes qu’elles ont engendrées prospèrent encore aujourd’hui — Turaif, qui n’existait pas en 1945, est désormais un port d’entrée en Arabie saoudite ».

Le pipeline a également créé un boom des investissements. Entre 1947 et 1952, Aramco et la Tapline Company ont versé plus de 46,8 millions de dollars à plus de 10 000 entrepreneurs indépendants, développant de nouvelles compétences et formations dans le cadre du projet. 

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Cette image satellite fournie par Planet Labs PBC, prise le 4 mars 2026, montre les infrastructures pétrolières du port de Yanbu, sur la mer Rouge occidentale de l’Arabie saoudite. (Planet Labs PBC/AFP)

En décembre 2020, la Tapline a été choisie comme premier site industriel patrimonial de l’Arabie saoudite, et des études sont en cours pour la proposer comme site du patrimoine mondial de l’UNESCO.

Aujourd’hui, bien que les stations de pompage aient été démantelées, la Tapline elle-même demeure, longeant parallèlement la route justement nommée Tapline Road.

La Tapline a été préservée pour la postérité grâce à une initiative du prince Badr bin Farhan, président du conseil d’administration de la Heritage Authority, en décembre 2020.

Mais la situation géopolitique actuelle soulève une question intrigante : le premier site industriel patrimonial d’Arabie saoudite pourrait-il être libéré de son statut de musée, retiré de l’oubli et remis en service une fois de plus ?

La Tapline n’a bien sûr pas été immunisée contre les conflits régionaux.

Le pompage du pétrole vers le port de Sidon a connu plusieurs interruptions, à commencer par la guerre des Six Jours en 1967. Les opérations ont de nouveau été stoppées en 1975 suite au déclenchement de la guerre civile libanaise. Puis, en 1983, le pompage vers le port a cessé définitivement.

Pendant sept ans, le pipeline a été détourné vers la raffinerie jordanienne de Zarqa, pour l’expédition depuis le port de la mer Rouge à Aqaba, jusqu’en 1990, lorsque la guerre du Golfe a entraîné la mise hors service complète de la Tapline.

Pendant ses quatre décennies de service, la Tapline a transporté des milliards de barils de pétrole d’Abqaiq à Sidon.

Que la Tapline puisse ou non être réalistement remise en service, elle et la Petroline démontrent à quel point l’Arabie saoudite peut se montrer innovante sous pression, et offrent peut-être des solutions permanentes aux goulots d’étranglement problématiques d’Ormuz et de Bab Al-Mandab. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 

 


Marchés en Asie: forte volatilité après des informations sur un revirement de Trump

Un homme passe devant un panneau électronique affichant les chiffres de l’indice Nikkei à la Bourse de Tokyo, le long d’une rue à Tokyo, le 31 mars 2026. (AFP)
Un homme passe devant un panneau électronique affichant les chiffres de l’indice Nikkei à la Bourse de Tokyo, le long d’une rue à Tokyo, le 31 mars 2026. (AFP)
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  • Les marchés asiatiques chutent et restent très volatils, influencés par les incertitudes liées au conflit au Moyen-Orient et aux signaux contradictoires de Donald Trump sur une possible fin de l’intervention en Iran
  • Le pétrole fluctue avant de reculer légèrement, tandis que le yen se renforce et que les valeurs technologiques asiatiques reculent fortement, affectées par les tensions géopolitiques et les évolutions dans l’IA

TOKYO: Les Bourses asiatiques et les cours du pétrole sont marqués mardi par une forte volatilité, valsant au rythme des nouveaux éléments sur le conflit au Moyen-Orient, dont des informations de presse selon lesquelles Donald Trump envisagerait de mettre fin à l'intervention militaire en Iran.

- Hésitation sur les marchés -

Après de violentes oscillations, l'indice Nikkei de Tokyo a terminé en baisse de 1,58% à 51.063,72 points. A Séoul, le Kospi a chuté de 4,3%, et Taipei a perdu 2,5%.

A Hong Kong, l'indice Hang Seng perdait 0,5% vers 06H30 GMT.

Selon le Wall Street Journal, le président américain aurait indiqué à ses conseillers qu'il était prêt à interrompre la campagne militaire que mènent les Etats-Unis contre l'Iran depuis plus d'un mois, estimant que forcer la réouverture du détroit d'Ormuz prolongerait le conflit "au delà de son calendrier de quatre à six semaines".

D'après le quotidien, Washington voudrait tenter d'obtenir de Téhéran par la voie diplomatique le déblocage de cette voie de passage stratégique, par où transite d'ordinaire un cinquième des hydrocarbures mondiaux.

En cas d'échec de cette stratégie, M. Trump prévoierait de solliciter ses alliés en Europe et dans le Golfe pour forcer la réouverture du détroit, ont indiqué des responsables américains au WSJ.

- Apaisement du pétrole -

Les cours du pétrole, qui avaient grimpé mardi matin après l'attaque par l'Iran d'un pétrolier sous pavillon koweïtien au niveau du port de Dubaï, repartaient à la baisse.

Le prix du baril de Brent de la mer du Nord perdait 0,26% à 107,11 dollars vers 06H20 GMT, tandis que son équivalent américain, le baril de West Texas Intermediate, lâchait 0,3% à 102,57 dollars.

Le WTI avait clôturé lundi au-dessus des 100 dollars pour la première fois depuis le début de la guerre.

"Ce changement de scénario est une dose d'adrénaline pour l'humeur du marché", même s'il est trop tôt pour que le marché base ses orientations sur cette hypothèse, souligne Anna Wu de VanEck Associates Corp, citée par l'agence Bloomberg.

Donald Trump avait soufflé le chaud et le froid lundi en menaçant Téhéran d'"anéantir" ses infrastructures pétrolières, tout en faisant état de "discussions sérieuses" avec des interlocuteurs iraniens.

Ses propos avaient été accueillis avec prudence par les investisseurs, se demandant "dans quelle mesure on peut accorder du crédit à ces déclarations, d'où un certain scepticisme sur les marchés", a commenté l'analyste de Monex Keita Yamaguchi.

- Le yen scruté de près -

La devise japonaise se renforçait à 159,66 yens pour un dollar vers 06H20 GMT après de nouveaux propos de la ministre nipponne des Finances, Satsuki Katayama, qui a évoqué mardi une possible "action audacieuse", menace à peine voilée d'une intervention pour soutenir le yen.

Le dollar a nettement progressé la veille, porté par son statut de valeur refuge face aux craintes d'escalade du conflit au Moyen-Orient, effectuant pour la première fois depuis juillet 2024 une percée au-delà des 160 yens.

La dernière intervention du Japon pour soutenir sa devise nationale remonte précisément à cette période, lorsque le yen évoluait à des niveaux similairement bas.

- La tech en berne -

Les valeurs technologiques en Asie ont été particulièrement à la peine après la débâcle de leurs cousines américaines lundi, les acteurs du secteur des puces mémoires ayant encore subi les effets de la présentation par Google d'un algorithme réduisant sensiblement les besoins en mémoire des grands modèles d'intelligence artificielle (IA).

Le nippon Tokyo Electron a lâché 4,1% et Kioxia chutait de 4,7%, tandis qu'à Séoul Samsung Electronics a reculé de 5,3%.