Comment les investissements de l'Arabie saoudite encouragent l'adoption des véhicules électriques au Moyen-Orient

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Publié le Dimanche 12 mars 2023

Comment les investissements de l'Arabie saoudite encouragent l'adoption des véhicules électriques au Moyen-Orient

  • Les investissements saoudiens dans la production de véhicules électriques devraient atteindre 50 milliards de dollars au cours de la prochaine décennie
  • Au moins 30% des véhicules en circulation à Riyad devraient être électriques d'ici 2030

DUBAÏ: Bien que le marché des véhicules électriques au Moyen-Orient n'en soit qu'à ses débuts, le déploiement mondial de nouveaux modèles de VE accélère leur adoption dans la région, car les gouvernements et les consommateurs adoptent la transition vers l'abandon du moteur à combustion interne.

Une nouvelle étude de Goldman Sachs prévoit que les VE représenteront environ la moitié des ventes de voitures neuves dans le monde d'ici 2035. «Bien que le secteur des VE soit en proie à d'importants courants contraires, nos stratèges s'attendent à ce que l'innovation technologique l'emporte sur ces forces dans les années à venir», indique le rapport de Goldman Sachs Research.

Par ailleurs, avec la concurrence accrue, les incitations gouvernementales et la baisse des prix des produits liés aux batteries et des composants des véhicules rendant les VE plus abordables, il est de plus en plus probable qu'au moins certains modèles deviennent aussi bon marché que les véhicules à moteur à combustion interne avant la fin de l'année.

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Le Groupe STC annonce un partenariat avec #Lucid LLC pour des services de connectivité pour les véhicules Lucid en Arabie Saoudite (Photo, Fournie).

Alors que la marque Tesla d'Elon Musk domine actuellement le marché des VE au Moyen-Orient, parmi les modèles électriques que l'on peut trouver dans la région figurent la MG ZS EV, la Renault Zoe E-Tech et la Volvo XC40 Recharge Pure Electric, aux côtés de la marque suédoise récemment lancée, Polestar.

L'importance croissante accordée à l'adoption des VE, notamment dans les pays du Golfe, s'explique en grande partie par les engagements nationaux visant à accélérer la transition des combustibles fossiles vers les sources d'énergie renouvelables afin d'atteindre des objectifs zéro émission nette au cours des prochaines décennies.

Cette transition ne se fera toutefois pas du jour au lendemain, car les pays du Golfe doivent encore augmenter considérablement le nombre de stations de recharge disponibles pour ces nouveaux véhicules, afin de donner aux VE une autonomie suffisante et d'inciter les consommateurs à acheter des modèles électriques.

«Le marché des véhicules électriques devrait croître dans toute la région, en grande partie grâce à la poursuite des réformes menées par les gouvernements, notamment en ce qui concerne la construction d'infrastructures permettant aux consommateurs de parcourir de longues distances», a signalé Tom Lee, directeur général de MG Motor Middle East, à Arab News.

EN BREF

En 2021, les ventes de VE ont doublé par rapport à l'année précédente pour atteindre un nouveau record de 6,6 millions.

En 2012, 120 000 VE ont été vendus dans le monde. En 2021, plus que cela a été vendu chaque semaine.

Près de 10% des ventes mondiales de voitures étaient des VE en 2021, soit quatre fois la part de marché de 2019.

En 2021, le nombre total de VE sur les routes du monde était de 16,5 millions, soit trois fois plus qu'en 2018.

Les ventes ont augmenté en 2022, avec 2 millions de véhicules vendus au premier trimestre, soit une hausse de 75% par rapport à la même période en 2021.

 

Selon le cabinet d'études de marché Mordor Intelligence, le marché des VE au Moyen-Orient et en Afrique était évalué à 40,25 millions de dollars américains (1 dollar américain = 0,94 euro) en 2021 et devrait atteindre 93,10 millions de dollars d'ici 2027, enregistrant un taux de croissance annuel composé de plus de 15% au cours de la période de prévision.

Ces chiffres sont remarquables si l'on considère que le marché mondial des VE a subi un revers majeur lors de la pandémie de la Covid-19 entraînant la fermeture de plusieurs unités de production et le début d'une pénurie mondiale de puces semi-conductrices, qui continue d'avoir un impact sur les industries jusqu'à ce jour.

Les ventes de véhicules à zéro émission ont depuis rebondi dans le monde entier, doublant en 2021 par rapport à l'année précédente, marquant un nouveau record avec un peu moins de 7 millions de voitures, soit 10% de l'ensemble des ventes de voitures, selon le Global EV Outlook, publié par l'Initiative pour les véhicules électriques.

Il en a été de même en 2022, lorsque les ventes mondiales de VE ont augmenté régulièrement, avec 2 millions de voitures vendues au cours du seul premier trimestre. Cette année, les recettes du marché des VE devraient atteindre 322,50 millions de dollars.

«L'éducation des consommateurs dans la région a rapidement augmenté, sous l'impulsion des plans d'énergie renouvelable des pays du CCG et de la baisse du prix des véhicules électriques», a expliqué Lee à Arab News.

Cette prise de conscience devrait s'accentuer lorsque les Émirats arabes unis accueilleront la Conférence des Nations unies sur le changement climatique (COP28) en novembre, coïncidant avec leur «Année de la durabilité». Selon Lee, les projets de fabrication des Émirats arabes unis constituent également une occasion d'investissement lucrative.

Actuellement, les véhicules écologiques ou hybrides représentent environ 50% de la flotte de taxis de l'autorité des routes et des transports de Dubaï. Un plan quinquennal a été lancé pour que seuls des taxis hybrides, électriques ou à hydrogène circulent sur les routes de l'émirat d'ici à 2027.

Lancée en 2016, Ekar, la première entreprise de mobilité et super-application de conduite autonome de la région, a suivi le mouvement des VE, ajoutant 10 Teslas à sa flotte disponible à la location à Dubaï et 5 Teslas supplémentaires disponibles à Masdar City, à Abu Dhabi.

«Les VE sont des voitures exceptionnellement bien adaptées au covoiturage», a affirmé Vilhelm Hedberg, cofondateur et PDG d'Ekar, à Arab News.

«Il y a moins de pièces mobiles dans un véhicule électrique que dans une voiture à moteur à combustion interne, qui présente une multitude de possibilités de défaillance, d'entretien et de problèmes, réduisant considérablement le temps passé hors route dans les véhicules électriques.

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Vilhelm Hedberg, fondateur d'Ekar, estime que la région va dans la bonne direction en ce qui concerne les véhicules électriques (Photo, Fournie).

À l'heure actuelle, il existe environ 325 stations de recharge pour les VE dans les Émirats arabes unis, ce qui représente moins de 1% de l'ensemble des véhicules immatriculés dans le pays. Toutefois, Hedberg croit que le nombre de VE en circulation augmentera au cours des deux prochaines années.

«Il existe une équation de préparation mondiale calculée pour les VE et les Émirats arabes unis se classent au huitième rang mondial», a-t-il indiqué. La Norvège, la Chine, l'Allemagne, Singapour et le Royaume-Uni occupent les cinq premières places en termes de part de marché des VE.

Hedberg a ajouté: «Le fait que les Émirats arabes unis aient déjà commencé à mettre en place l'infrastructure les oriente dans la bonne direction.»

Le total des investissements saoudiens dans la production de VE devant atteindre 50 milliards de dollars au cours de la prochaine décennie, on espère qu'au moins 30% des véhicules en circulation à Riyad seront électriques au cours des sept prochaines années.

«Le public saoudien a une grande affinité pour ces voitures. Il y a beaucoup d'enthousiasme pour les voitures classiques et les modèles de voitures emblématiques», a déclaré à Arab News un porte-parole de Ceer, la première marque saoudienne de véhicules électriques.

Selon le porte-parole, les Saoudiens «ont également une forte affinité pour la technologie» et chercheront donc à adopter de nouveaux concepts.

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Ceer, la première marque saoudienne de véhicules électriques, a pour objectif de produire 170 000 voitures par an (Photo, Fournie).

«Vous pouvez trouver des véhicules électriques à batterie dans les rues de Dammam, Djeddah et Riyad, même si de nombreuses marques ne vendent pas officiellement de VE en Arabie saoudite aujourd'hui», a révélé le porte-parole, faisant référence aux véhicules entièrement électriques dotés de batteries rechargeables et dépourvus de moteur à essence.

Le porte-parole a déclaré que l'étude de Ceer sur la perception des consommateurs a révélé un fort intérêt pour la gamme de véhicules de l'entreprise: «Cet intérêt est suscité à la fois par le design emblématique des véhicules et les fonctions d'infodivertissement, mais aussi par une série d'autres facteurs, notamment le rapport qualité-prix, le coût total de possession et la sensibilisation croissante aux questions liées au développement durable.»

En 2020, le Royaume d’Arabie saoudite comptait plus de 15 millions de véhicules immatriculés. Les quatre cinquièmes d'entre eux étaient des voitures ou des véhicules légers. Selon le Centre saoudien d'efficacité énergétique, le secteur des transports a consommé environ 21% de l'énergie totale du pays cette année-là.

Mohamed Chahin, président du groupe Arabie saoudite et Yémen chez Schneider Electric, estime qu'une solide infrastructure de gestion de l'énergie est essentielle afin de soutenir la transition des moteurs à essence traditionnels vers la mobilité électrique.

L'Arabie saoudite se branche sur le futur

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Des femmes saoudiennes testent une voiture électrique fabriquée par Lucid Group lors de l'exposition Parcours de transition verte de l’Arabie Saoudite dans le port de Djeddah, sur la mer Rouge (Photo, AFP).

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Avec 61% des parts, l'Arabie saoudite est le propriétaire majoritaire du groupe Lucid par l'intermédiaire de son Fonds d'investissement public (PIF). Construite dans la ville économique roi Abdellah, sur la côte de la mer Rouge, la première usine de Lucid à l'étranger assemblera dans un premier temps des «kits» de véhicules Lucid Air fabriqués en Arizona, aux États-Unis.

À terme, l'usine construira des véhicules complets avec une capacité de pointe prévue de 150 000 véhicules par an. La première marque saoudienne de véhicules électriques, Ceer Motors, a été lancée à la fin de l'année dernière par le prince héritier, Mohammed ben Salmane.

Soutenue également par le PIF, Ceer sera la première marque automobile à produire des VE en Arabie saoudite et prévoit de vendre une gamme de véhicules pour les consommateurs du pays et de la région du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord. Les premières unités devraient être disponibles en 2025.

Avec un objectif de production de 170 000 voitures par an, Ceer devrait créer jusqu'à 30 000 emplois directs et indirects dans la région et contribuer directement à hauteur de 8 milliards de dollars au PIB de l'Arabie saoudite d'ici à 2034.

Les giga-projets de l’Arabie saoudite, tels que Qiddiya, Rochn et NEOM, prévoient de déployer des flottes de VE, produites à temps par les usines Lucid et Ceer dans la ville économique roi Abdellah.

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«Le chargeur intelligent EVlink lancé dans la région l'année dernière n'est qu'un des nombreux produits de nouvelle génération qui contribueront à construire une matrice énergétique plus durable pour l'avenir», a déclaré Chahin à Arab News.

Selon Chahin, bien que le coût d'un véhicule écologique soit nettement moins élevé aujourd'hui qu'auparavant, il ne suffira pas d'augmenter le nombre de VE sur les routes pour réduire les émissions.

«Une expérience de charge intelligente et durable qui peut surveiller, gérer et éventuellement limiter l'utilisation des dispositifs de charge des VE dans le but d'optimiser la consommation d'énergie peut aider les VE à devenir encore plus propres», a-t-il jugé.

Selon la société Energy Sage, basée à Boston, la recharge d'un VE est environ 3,5 fois moins chère par kilomètre que le coût du ravitaillement en carburant d'une voiture à essence.

«Il est impératif de comprendre qu'à long terme, la recharge des VE est rentable, en particulier lorsque des mesures sont prises afin de développer des processus de production plus durables», a souligné Chahin.

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Tout au long de l'événement, Schneider Electric met en avant la gamme de chargeurs EVlink, notamment ses dernières stations de charge EVlink Smart Wallbox (Photo, Fournie).

Toutefois, malgré la volonté croissante du public d'adopter les VE dans la région, le facteur décisif sera en fin de compte la volonté des consommateurs d’échanger leur véhicule à moteur à essence contre une option électrique.

«Les sondages montrent que les gens recherchent «la fiabilité et le confort auxquels ils sont habitués dans les moteurs traditionnels», a avisé Lee de MG Motors.

«La baisse des prix des VE et l'augmentation des prix de l'essence ont entraîné un changement fondamental sur le marché», a-t-il poursuivi.

Soulignant que les changements des prix des carburants au cours de l'année 2022 sont un facteur qui a influencé la prise de décision des consommateurs, il a estimé que d'ici 2026, près de 45 000 VE devraient être vendus dans la région.

Outre les factures de carburant, les VE ont généralement une bonne valeur de revente, ce qui explique pourquoi de plus en plus de personnes les considèrent comme un bon investissement, selon Hedberg d'Ekar.

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Le lancement de Ceer, la première marque saoudienne de véhicules électriques, en novembre 2022 (Photo, Fournie).

Il a attiré l'attention sur un sondage commandé par Audi Abu Dhabi, qui a révélé un changement de sentiment parmi les consommateurs: 52% des habitants des Émirats arabes unis envisageant d'acheter un véhicule électrique.

«Mais ma vision du monde est que les gens ne devraient pas posséder de voitures», a dévoilé Hedberg. «Ils devraient traiter les voitures comme ils traitent les vêtements et les échanger pour les différentes occasions pour lesquelles ils en ont besoin», a-t-il ajouté.

«Des études montrent que chaque voiture partagée permet de retirer 17 voitures privées de la circulation», a-t-il clarifié.

Ces dernières années, la tendance au covoiturage a pris de l'ampleur dans les villes européennes et a trouvé un écho auprès des personnes désireuses de mener un mode de vie plus durable.

Si l'on ne peut pas encore en dire autant de la région du Moyen-Orient, les dirigeants de l'industrie automobile s'accordent à dire que les VE et les véhicules à énergie nouvelle sont la marche à suivre.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 


Droits de douane : la Bourse de Paris creuse ses pertes et recule de plus de 3 %

Bourse de Paris (Photo AFP)
Bourse de Paris (Photo AFP)
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  • La Bourse de Paris s'enfonce jeudi, chutant de plus de 3 % au lendemain de l'offensive commerciale de Donald Trump
  • L'indice vedette CAC 40 reculait de 3,27 % à 7 602,01 points par rapport à la clôture de la veille, soit un recul de 256,82 points.

PARIS : La Bourse de Paris s'enfonce jeudi, chutant de plus de 3 % au lendemain de l'offensive commerciale de Donald Trump qui a décidé d'imposer des droits de douane massifs sur les produits importés aux États-Unis.

Vers 15 h 30, heure de Paris (13 h 30 GMT), l'indice vedette CAC 40 reculait de 3,27 % à 7 602,01 points par rapport à la clôture de la veille, soit un recul de 256,82 points.

L'offensive protectionniste de la Maison-Blanche, sans équivalent depuis les années 1930, prévoit l'application de droits de douane généralisés de 10 % sur l'ensemble des importations à partir du 5 avril à 04 h 01 GMT. Des majorations sont prévues à partir du 9 avril pour les pays jugés particulièrement hostiles en matière commerciale.

Les marchandises en provenance de l'Union européenne seront taxées à hauteur de 20 %.

« La réalité a été bien pire » que les attentes des marchés, affirme Oliver Blackbourn, gérant de portefeuille multi-actifs chez Janus Henderson.

« Les investisseurs sont ébranlés par les mesures plus agressives qu'anticipé prises par Donald Trump pour remodeler le paysage économique mondial », affirme Patrick Munnelly, analyste chez Tickmill Group.

Jeudi après-midi, le président français Emmanuel Macron réunira à l'Élysée les représentants de filières exportatrices et du patronat.

Les valeurs du luxe, dominantes dans l'indice CAC 40, voyaient rouge.

LVMH, leader mondial du secteur et première capitalisation boursière française, perdait 5,11 % à 545,80 euros par action, Hermès lâchait 3,63 % à 2 336 euros et Kering 5,80 % à 180,86 euros. 

Le géant français de l'optique EssilorLuxottica enregistrait quant à lui la pire chute du CAC 40 à la Bourse de Paris jeudi, particulièrement plombé par les nouveaux droits de douane annoncés par Donald Trump aux États-Unis, où il réalise près de la moitié de ses ventes.

Le titre du groupe, propriétaire de la célèbre marque Ray-Ban, perdait 7,32 %, s'échangeant contre 248 euros.

À l'inverse, les valeurs pharmaceutiques sont épargnées, la Maison Blanche ayant fait savoir dans la soirée du mercredi que certaines catégories, dont les produits pharmaceutiques, n'étaient pas concernées par ces droits de douane. 

Sanofi restait à l'équilibre (0,12 %) à 100,28 euros, tandis que BioMerieux gagnait 2,39 % à 119,90 euros et Eurofins prenait 2,51 % à 49,87 euros.

Les investisseurs sont à la recherche de valeurs qui dépendent en majeure partie de leur marché local et sont donc moins sensibles aux barrières douanières.

Jeudi, c'est le géant agroalimentaire français Danone qui a pris la tête du CAC 40, avec une hausse de 2,90 % à 72,46 euros. Le géant des télécommunications Orange prenait 2,25 % à 12,27 euros.


La Suisse se prépare à un véritable branle-bas de combat à la suite de l'imposition de droits de douane de 31 %

Les nouveaux modèles de montres Rolex land-dweller sont présentés dans une vitrine de l'horloger suisse Rolex au salon de l'horlogerie de luxe « Watches and Wonders Geneva », à Genève, le 1er avril 2025.  (Photo par Fabrice COFFRINI / AFP)
Les nouveaux modèles de montres Rolex land-dweller sont présentés dans une vitrine de l'horloger suisse Rolex au salon de l'horlogerie de luxe « Watches and Wonders Geneva », à Genève, le 1er avril 2025. (Photo par Fabrice COFFRINI / AFP)
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  • Seul point positif : la pharmacie, pilier de l'économie suisse et des exportations, est pour l'instant épargnée par le boulet de 31 %.
  • Ces droits de douane, jugés « excessivement élevés » pour les produits suisses, constituent un « coup dur » pour l'économie helvétique

ZURICK : La Suisse est sous le choc. Sonnée par le coup de massue de 31 % de droits de douane sur une multitude de produits exportés vers les États-Unis, elle est forcée de trouver une parade pour tenter de préserver son marché le plus important.

La surprise et le choc sont d'autant plus grands dans ce petit pays alpin après l'annonce de mercredi par le président Donald Trump, que l'Union européenne ne devrait être frappée que de 20 % de droits de douanes « réciproques » et que personne ne comprend comment l'administration américaine a fait ses calculs.

Seul point positif : la pharmacie, pilier de l'économie suisse et des exportations, est pour l'instant épargnée par le boulet de 31 %.

Ces droits de douane, jugés « excessivement élevés » pour les produits suisses, constituent un « coup dur » pour l'économie helvétique, a réagi l'organisation patronale Economiesuisse, qui appelle le Conseil fédéral (gouvernement) à « agir rapidement » pour négocier une solution avec le gouvernement américain, soulignant que la Suisse dispose de « solides arguments » à faire valoir.

Signe qu'il y a urgence, le Conseil fédéral tiendra une conférence de presse dès jeudi après-midi.

« Du point de vue économique, rien ne justifie les droits de douane américains contre la Suisse – bien au contraire », a insisté l'organisation patronale.

Le pays est « un partenaire économique de tout premier plan pour les États-Unis », rappelle Economiesuisse.

Elle souligne que la Suisse est « le sixième investisseur étranger » aux États-Unis et qu'elle « occupe même la première place en matière de recherche et développement ».

Les entreprises suisses y génèrent « environ 400 000 emplois », avec des salaires élevés en plus.

De plus, « la Suisse applique un taux de TVA très bas et n'a pas mis en place de mécanisme de compensation des émissions de CO2 à l'égard des pays tiers », ajoute l’organisation.

- L'excédent commercial excède -

Selon les statistiques de l'Office fédéral de la douane, les exportations de la Suisse, qui repose sur une industrie pharmaceutique florissante, ont atteint 52,65 milliards de francs suisses (54,97 milliards d'euros) vers les États-Unis, soit 18,6 % du total.

Les importations en provenance des États-Unis s'élevaient pour leur part à 14,13 milliards de francs suisses.

L'excédent commercial de la Suisse ou de tout autre pays est un chiffon rouge pour le président américain, qui y voit le signe d'une « arnaque ».

Dès mercredi soir, la présidente de la Suisse, Karin Keller-Sutter, a indiqué sur le réseau social X que Berne allait « définir rapidement la suite », sans préciser si le gouvernement envisage de répliquer ou non. 

« Les intérêts économiques à long terme du pays constituent la priorité », a ajouté la présidente, tout en estimant que « le respect du droit international et le libre-échange sont fondamentaux ».

Le Parti socialiste suisse, le Centre et les Vert-e-s suisses ont sommé le gouvernement de trouver une solution, le président du groupe centriste, Gerhard Pfister, déclarant que « l'augmentation des droits de douane nuit à tout le monde ».

- Les pays les moins frappés -

La Suisse réalise 51 % de ses exportations vers l'Union européenne, mais les États-Unis sont son plus gros marché.

En 2021, les États-Unis avaient détrôné l'Allemagne, qui était le premier marché d'exportation de la Suisse depuis 70 ans, sous l'effet de la hausse des produits pharmaceutiques vendus aux États-Unis. 

Entre 2001 et 2021, les exportations de la Suisse vers les États-Unis ont triplé, les trois quarts de cette progression étant attribuables au secteur de la chimie et de la pharmacie, comme l'avait alors expliqué l'Office fédéral de la douane.

Les produits pharmaceutiques ne sont pas épargnés par les droits de douane de 10 % qui s'appliqueront à toutes les importations aux États-Unis, mais ils font partie des produits exonérés.

Dans une note de marché, Mark Diethelm, analyste chez Vontobel, estime que les secteurs les plus touchés devraient être l'horlogerie et le secteur du luxe, ainsi que les entreprises suisses de taille moyenne. Les grandes entreprises, plus implantées aux États-Unis, qui y ont des usines, « pourraient même bénéficier des augmentations de prix » qui vont en résulter, selon lui.


Taxes américaines : les alcools français craignent un recul des exportations de 800 millions d'euros

Des bouteilles de vin français et italien sont exposées sur une étagère dans une épicerie le 13 mars 2025 à San Anselmo, Californie. Le président américain Donald Trump menace d'imposer des droits de douane de 200 % sur l'alcool provenant des pays de l'Union européenne. (Justin Sullivan/Getty Images/AFP)
Des bouteilles de vin français et italien sont exposées sur une étagère dans une épicerie le 13 mars 2025 à San Anselmo, Californie. Le président américain Donald Trump menace d'imposer des droits de douane de 200 % sur l'alcool provenant des pays de l'Union européenne. (Justin Sullivan/Getty Images/AFP)
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  • la filière française des vins et spiritueux craint un recul d'environ 800 millions d'euros des exportations pour les entreprises de l'Hexagone à cause des droits de douane de 20 % imposés aux marchandises de l'UE par l'administration Trump.
  • En 2024, la France a exporté pour environ 2,4 milliards d'euros de vin et 1,5 milliard d'euros de spiritueux vers les États-Unis, qui constituent son premier marché à l'exportation (25 %).

PARIS : Selon un communiqué publié dans la nuit de mercredi à jeudi, la filière française des vins et spiritueux craint un recul d'environ 800 millions d'euros des exportations pour les entreprises de l'Hexagone à cause des droits de douane de 20 % imposés aux marchandises de l'UE par l'administration Trump.

La menace brandie par Trump de taxes américaines à hauteur de 200 % n'a finalement pas été mise à exécution. La Fédération française des exportateurs de vins et spiritueux (FEVS) estime toutefois que la décision des États-Unis d'appliquer un droit de douane général de 20 % sur tous les produits importés de l'Union européenne « entraînera des conséquences extrêmement lourdes sur le secteur des vins et spiritueux français et européens » et « aura également un impact extrêmement négatif sur les importateurs, grossistes et détaillants américains ».

En France, « on peut craindre un recul des exportations d'environ 800 millions d'euros, ce chiffre passant à 1,6 milliard pour l'UE-27. Un tel recul aura un impact énorme sur l'emploi et l'économie du secteur », déplore la FEVS.

En 2024, la France a exporté pour environ 2,4 milliards d'euros de vin et 1,5 milliard d'euros de spiritueux vers les États-Unis, qui constituent son premier marché à l'exportation (25 %).

La FEVS souligne « l'importance de conserver un dialogue bilatéral ouvert et constructif autour d'un agenda positif sur les sujets de commerce transatlantique », « favorisant l'accès équitable et réciproque aux vins et spiritueux par l'élimination des droits de douane des deux côtés de l'Atlantique ».

De son côté, la Confédération nationale des appellations d'origine contrôlées (CNAOC) estime à plusieurs centaines de millions d’euros l'impact des nouvelles taxes douanières américaines sur la filière, rappelant que le marché américain représente près de 25 % des produits viticoles exportés sous indications géographiques (AOC et IGP).

Pour les eaux-de-vie (Cognac et Armagnac), « c’est une catastrophe d'une ampleur inimaginable. En addition du conflit avec la Chine, ces taxes vont mettre en très grande difficulté notre filière, avec un risque de cessations d’activité en chaîne en Charentes notamment », souligne Anthony Brun, vice-président de la CNAOC et président de l'Union générale des viticulteurs pour l'AOC Cognac, cité dans le communiqué. 

Sur un ton appelant lui aussi à l'apaisement, l'organisation SpiritsEurope « regrette que les spiritueux européens soient touchés par ces droits de douane », relevant que le secteur « soutient de nombreux emplois des deux côtés » de l'Atlantique.

« Nous voulons nous assurer d'un retour à un environnement offrant une croissance continue à la fois pour les producteurs européens et américains », plaide le lobby européen des spiritueux, qui « salue le désir de l'UE d'atteindre une solution négociée ».

Jeudi matin, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a tendu la main aux Américains pour trouver une solution négociée à leur offensive sur les droits de douane, qui touche de nombreux secteurs et tous les continents.

Concernant les alcools européens, Donald Trump avait menacé de porter ses surtaxes à 200 % si l'UE incluait le bourbon et les whiskys américains dans sa liste de rétorsions, comme elle l'envisageait. Depuis, Bruxelles a reporté à mi-avril la publication de sa liste de représailles.

Les représentants du secteur appellent l'Union européenne à laisser le bourbon et plus généralement leur activité hors du conflit.

Depuis l'accord UE-USA de 1997, les spiritueux sont exonérés de droits douaniers de part et d'autre de l'Atlantique. Pour « construire une relation commerciale positive » avec les États-Unis, les exportateurs français proposent aujourd'hui de faire de même pour les vins, encore soumis à de faibles taxes.