Le Liban, un État failli qui ne cherche pas encore à se réinventer

Cette photo fournie par le Bureau de presse du Parlement libanais le 19 janvier 2023 montre le Parlement libanais alors qu'il se réunit pour élire un nouveau président dans le quartier du centre-ville de la capitale Beyrouth. (Photo STRINGER / Parlement libanais / AFP)
Cette photo fournie par le Bureau de presse du Parlement libanais le 19 janvier 2023 montre le Parlement libanais alors qu'il se réunit pour élire un nouveau président dans le quartier du centre-ville de la capitale Beyrouth. (Photo STRINGER / Parlement libanais / AFP)
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Publié le Mercredi 08 février 2023

Le Liban, un État failli qui ne cherche pas encore à se réinventer

  • Dans ce qui ressemble à une agonie de l’un des derniers piliers de l’État au Liban, des tensions ont émergé au mois de janvier au sein même du pouvoir judiciaire
  • Pour Salah Honein, il ne fait pas de doute que le Liban a besoin d’«une ère de renaissance. Et cela ne peut se produire qu’en reconstruisant les institutions»

BEYROUTH: Dans ce qui ressemble à une agonie de l’un des derniers piliers de l’État au Liban, des tensions ont émergé au mois de janvier au sein même du pouvoir judiciaire. Ainsi, le procureur général près la Cour de cassation, Ghassan Oueidate, s’en est pris au juge d'instruction près la cour de justice, Tarek Bitar, chargé de l’enquête sur l’explosion du port de Beyrouth, le 4 août 2020. Les principaux accusés dans l’enquête du port, qui étaient placés en garde à vue, ont été libérés. Quant à Tarek Bitar, accusé par l’establishment et Oueidate d’être partial dans l’affaire de l’explosion, il est sommé de s’en dessaisir.
Cette situation est inédite au Liban au sein d’un pouvoir judiciaire jusque-là relativement épargné par la grave crise qui secoue les pouvoirs exécutif et législatif et qu’illustre notamment l’incapacité notoire du Parlement à élire un président de la République depuis octobre dernier. De facto, cela a placé l’exécutif dans une situation de blocage quasi permanent dans la mesure où il se trouve limité à la gestion des affaires courantes.
Le Liban n’est-il aujourd’hui rien d’autre qu’un État failli, dans la mesure où il se soustrait à ses obligations les plus élémentaires vis-à-vis de ses citoyens?

«Zone grise»
La définition d’«État failli» se fonde en effet sur plusieurs critères: soit une situation de faillite financière dans laquelle un État n’est plus en mesure de régler les intérêts de sa dette, soit un État défaillant au sens où il ne parvient plus à assurer ses fonctions régaliennes.
Or, près de trois ans plus tard, un nouvel élément vient s’ajouter à cette situation de crise économique: l’incapacité à assurer un fonctionnement minimal de l’État. Comme ce dernier est aux abonnés absents, ONG et associations de la société civile répondent par des initiatives ponctuelles, ciblées, censées pallier, autant que faire se peut, cet abandon total de la chose publique par l’État libanais.
Au-delà, il semblerait que les garants des institutions soient ceux-là même qui s’attellent avec le plus de détermination à le saper. Cette sape systématique des institutions dont ils ont la charge par la Constitution porte un nom: la «zone grise».
Cette théorie, mise en avant par Gaïdz Minassian, docteur en sciences politiques, enseignant à Sciences Po Paris et journaliste au journal Le Monde, prend tout son sens dans le Liban actuel. La zone grise est en effet un espace de dérégulation sociale, de nature politique ou socio-économique, qui échappe au contrôle de l’État.
Elle permet ainsi de caractériser un espace dont le contrôle est aux mains de groupes alternatifs et dans lequel tend parfois à se développer une économie parallèle. Amaël Cattaruzza, professeur de géopolitique à l’Institut français de géopolitique de l’université Paris 8, pousse cette théorie plus loin: il rappelle que l'ambiguïté des zones grises s'insère en réalité dans une stratégie géopolitique des acteurs. Elles ne sont pas hors du système interétatique; au contraire, elles en font pleinement partie.

Des institutions vidées de leur essence
Pour Salah Honein, ancien député libanais, expert constitutionnel et actuel candidat à la présidentielle, «l’effondrement des institutions n’est autre que celui d’un des trois piliers principaux qui forment l’État. L’annihilation du rôle effectif et vital des institutions ne peut mener qu’à un État fantomatique qui perd son autorité, sa capacité de gouverner ou de gérer et le rend vulnérable à toutes sortes de secousses». Pour l’homme politique, il ne fait pas de doute que l’État, avec son ADN actuel, est incapable de remplir sa mission. Mais, de manière paradoxale, «sur le plan international le seul interlocuteur valable demeure l’État» – même failli. «Mais un État reconstitué, soutenu par des institutions transparentes et efficaces. L’État crédible, représentatif et souverain».
Or, aujourd’hui, non content d’être noyauté en son cœur par une milice hyperpuissante – le Hezbollah –, l’État s’attelle à travailler en symbiose avec elle pour servir ses intérêts. Les institutions, vidées de leur essence – servir la chose publique –, continuent de survivre pour et par elles-mêmes, comme pour servir uniquement ceux qui en ont la charge.  
Après la terrible explosion du 4 août 2020, la communauté internationale, et le président français à sa tête, a affiché sa volonté de traiter uniquement avec la société civile pour acheminer les aides destinées à Beyrouth. Emmanuel Macron aurait sans doute voulu, en agissant ainsi, donner un nouvel élan à une société civile dynamique et déterminée. Mais, près de trois années plus tard, la donne n’a pas changé et le pouvoir en place, bien qu’étranger à la chose publique, n’a pas été ébranlé.
Sur ce point, Salah Honein estime que «la société civile peut mieux agir en accompagnant des institutions qui fonctionnent correctement», mais «elle ne peut pas les remplacer». Il rappelle à cet égard le premier alinéa dans l’introduction de la Constitution libanaise, qui stipule que «le Liban est une seule nation dont l’entité est constituée par sa terre, son peuple et ses institutions».

Comment se réinventer ?

À quel moment un pays cesse-t-il donc d’exister? Quand perd-il son essence, sa raison d’être? Est-ce sa faillite politique, financière ou sociale qui détermine sa fin?
Pour Salah Honein, il ne fait pas de doute que le Liban a besoin d’«une ère de renaissance. Et cela ne peut se produire qu’en reconstruisant les institutions, en donnant un second souffle aux citoyens et en préservant notre terre non seulement des attaques de l’extérieur, mais aussi de l’atteinte, de l’intérieur, à son intégrité».
Comment se réinventer lorsque toutes les ressources nécessaires font défaut? Aujourd’hui, le Liban ne dispose ni d’une capacité financière propice à son redressement ni d’une capacité à renouveler ses élites politiques. Dans le même temps, sa société civile est trop occupée à tenter de préserver la survie d’un tissu socio-économique exsangue.


L'armée saoudienne intercepte des drones provenant d'Irak

Les forces armées saoudiennes ont intercepté et détruit plusieurs drones lancés depuis l'Irak et visant des installations pétrolières, a indiqué lundi le ministère saoudien de la Défense. (SPA)
Les forces armées saoudiennes ont intercepté et détruit plusieurs drones lancés depuis l'Irak et visant des installations pétrolières, a indiqué lundi le ministère saoudien de la Défense. (SPA)
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  • Les forces armées saoudiennes ont intercepté et détruit plusieurs drones lancés depuis l'Irak
  • Ceux-ci visaient des installations pétrolières, a indiqué lundi le ministère saoudien de la Défense

RIYAD: Les forces armées saoudiennes ont intercepté et détruit plusieurs drones lancés depuis l'Irak et visant des installations pétrolières, a indiqué lundi le ministère saoudien de la Défense.

"Des attaques terroristes ont été lancées depuis le territoire irakien par des milices terroristes soutenues par l'Iran", a affirmé le ministère dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux.

Riyad appelle l'Irak à empêcher les attaques 

L'Arabie saoudite a exhorté lundi le gouvernement de Bagdad à empêcher les attaques de drones lancées depuis son territoire, après avoir accusé des groupes armés pro-Iran basés en Irak, d'avoir ciblé le royaume.

Le royaume "réaffirme la nécessité pour le gouvernement irakien de prendre toutes les mesures nécessaires afin d'empêcher que son territoire ne serve de point de départ à une agression", peut-on lire dans un communiqué des autorités publié par une chaîne de télévision officielle saoudienne.

 

 

 


Le Liban renforce le contrôle de ses ports, asséchant ainsi les sources de financement du Hezbollah

Ci-dessus, des conteneurs en cours de déchargement d’un navire amarré au port de Beyrouth, le 1er novembre 2024. (Photo d’archive AFP)
Ci-dessus, des conteneurs en cours de déchargement d’un navire amarré au port de Beyrouth, le 1er novembre 2024. (Photo d’archive AFP)
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  • Selon des sources sécuritaires, les mesures mises en place ces derniers mois ont dépassé le simple cadre d’une réorganisation des opérations au sein de ces installations
  • Elles ont également porté un coup à l’infrastructure logistique du Hezbollah en restreignant considérablement les itinéraires de contrebande et en perturbant les circuits de financement qui opéraient via la frontière syrienne

BEYROUTH : La confrontation entre le Liban et le Hezbollah ne se limite plus à la question des armes du groupe et à la mise en œuvre des engagements internationaux dans le Sud. Elle s’est étendue à une campagne plus large visant à renforcer le contrôle de l’État sur les ports maritimes, l’aéroport et les postes-frontières, afin de limiter l’influence du Hezbollah et de couper ses sources de financement illicites.

Depuis l’élection du président Joseph Aoun et la formation du gouvernement du Premier ministre Nawaf Salam, les autorités ont mis en œuvre une stratégie sécuritaire et administrative visant à réaffirmer le contrôle souverain sur les points d’entrée terrestres, maritimes et aériens du pays.

Selon des sources sécuritaires, les mesures mises en place ces derniers mois ont dépassé le simple cadre d’une réorganisation des opérations au sein de ces installations. Elles ont également porté un coup à l’infrastructure logistique du Hezbollah en restreignant considérablement les itinéraires de contrebande et en perturbant les circuits de financement qui opéraient via la frontière syrienne, l’aéroport de Beyrouth et le port de Beyrouth.

L’influence du Hezbollah recule

Alors que les mesures de lutte contre la contrebande et de contrôle des frontières continuent d’être renforcées, leurs effets sont déjà visibles, le Hezbollah perdant de son influence au sein d’institutions où il exerçait autrefois une emprise considérable.

Une source impliquée dans la surveillance des points de passage terrestres, maritimes et aériens du Liban a déclaré à Asharq Al-Awsat que l’influence du Hezbollah au sein de ces installations avait diminué à un niveau sans précédent depuis l’arrivée au pouvoir de la nouvelle administration.

Selon cette source, ce changement a directement affecté les capacités financières et logistiques du groupe, qui, avant la dernière guerre, bénéficiait d’un environnement sécuritaire et administratif différent permettant la circulation des marchandises et des liquidités avec relativement peu de contraintes.

Ces derniers mois, l’État libanais a également renforcé la surveillance technique en déployant des scanners modernes au port de Beyrouth, à l’aéroport international Rafic Hariri de Beyrouth et au poste-frontière de Masnaa. Ces équipements ont permis de freiner la contrebande de marchandises, de matières interdites et d’argent liquide via ces installations.

La source a ajouté que les passages illégaux, qui constituaient depuis des années l’épine dorsale du réseau logistique du Hezbollah, « ne jouent plus le rôle qu’ils jouaient autrefois », les autorités syriennes ayant renforcé les contrôles de leur côté de la frontière, parallèlement au renforcement des mesures de contrôle libanaises. En conséquence, le trafic transfrontalier illégal a chuté à des niveaux que la source a qualifiés de quasi négligeables.

Un changement fondamental

La source a noté que la situation aux points de passage non officiels avec la Syrie a radicalement changé par rapport aux années précédentes, lorsque des camions liés au Hezbollah auraient traversé régulièrement la frontière, profitant de la faiblesse de l’État et de la marginalisation des institutions officielles au profit du groupe et des réseaux de contrebande opérant dans son orbite.

Ces changements se sont étendus au-delà de la circulation des marchandises pour toucher les réseaux de financement du groupe. Une source officielle a fait état d’une baisse marquée des tentatives d’introduction au Liban, via l’aéroport, de sacs contenant de l’argent liquide et de l’or, ainsi que de la contrebande de pilules de Captagon et de haschisch, activités que la source a décrites comme figurant parmi les opérations illicites les plus importantes liées au trafic transfrontalier.

La source a également souligné l’importance de la décision du gouvernement d’interdire aux avions iraniens d’atterrir à l’aéroport international Rafic Hariri de Beyrouth, affirmant que cela avait renforcé la pression sur les canaux d’approvisionnement du Hezbollah en fermant l’une des voies qui aurait été utilisée pour acheminer des liquidités et d’autres formes de soutien matériel au groupe.

Des responsables ont également qualifié la chute du régime de Bachar al-Assad de tournant le plus important — et de coup le plus dur — auquel le Hezbollah ait été confronté depuis sa création. La Syrie n’offrant plus ce qu’ils ont décrit comme un environnement logistique sûr, le Hezbollah et l’Iran ont perdu l’un de leurs principaux couloirs pour acheminer des armes et des fonds au Liban.

Une source sécuritaire a déclaré à Asharq Al-Awsat que l’influence du Hezbollah au sein des institutions chargées de superviser les ports et les postes-frontières était devenue « quasi inexistante » à la suite d’une série de mesures sécuritaires et administratives visant à reconstruire les systèmes de contrôle au port de Beyrouth, à l’aéroport international Rafic Hariri et au poste-frontière de Masnaa.

Selon cette source, ces mesures ont notamment consisté à réaffecter de nombreux agents de sécurité et du personnel administratif soupçonnés d’avoir été sous l’influence du Hezbollah et qui auraient facilité le passage de marchandises de manière quasi quotidienne. Cette restructuration, a précisé la source, a comblé des failles qui constituaient depuis longtemps des points faibles au sein des agences chargées de surveiller ces installations.

La source a ajouté que les autorités ne se sont pas limitées à des remaniements administratifs. Elles ont également ouvert des enquêtes et engagé des poursuites judiciaires à l’encontre de personnes soupçonnées d’avoir facilité le passage de marchandises, de sacs d’argent liquide et de bijoux pour le compte du Hezbollah au cours des derniers mois, dans le cadre d’une politique plus large visant à démanteler les réseaux d’influence du groupe au sein des institutions publiques.


Iran: les Gardiens de la Révolution stoppent six navires dans le détroit d'Ormuz

La marine des Gardiens de la Révolution iraniens a empêché lundi six navires d'emprunter le détroit d'Ormuz après qu'ils ont tenté d'y transiter par des routes non autorisées par les autorités iraniennes, a rapporté la télévision d'Etat. (AFP)
La marine des Gardiens de la Révolution iraniens a empêché lundi six navires d'emprunter le détroit d'Ormuz après qu'ils ont tenté d'y transiter par des routes non autorisées par les autorités iraniennes, a rapporté la télévision d'Etat. (AFP)
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  • "La nuit dernière, six navires qui tentaient de passer par une route autre que celle désignée ont été stoppés par la marine des Gardiens de la Révolution à l'aide de tirs de semonce et contraints de faire demi-tour"
  • Plus tôt, la télévision d'Etat avait fait état d'un "incident" impliquant un navire, sans fournir davantage de précisions

TEHERAN: La marine des Gardiens de la Révolution iraniens a empêché lundi six navires d'emprunter le détroit d'Ormuz après qu'ils ont tenté d'y transiter par des routes non autorisées par les autorités iraniennes, a rapporté la télévision d'Etat.

"La nuit dernière, six navires qui tentaient de passer par une route autre que celle désignée ont été stoppés par la marine des Gardiens de la Révolution à l'aide de tirs de semonce et contraints de faire demi-tour", a indiqué un correspondant de la télévision d'Etat depuis le Golfe.

Plus tôt, la télévision d'Etat avait fait état d'un "incident" impliquant un navire, sans fournir davantage de précisions.

Samedi, les Gardiens, armée idéologique iranienne, avaient annoncé avoir stoppé quatre navires qui tentaient de traverser la partie sud du détroit après avoir tiré des coups de semonce.

Les forces armées iraniennes ont à plusieurs reprises empêché des navires de franchir ce passage maritime stratégique en effectuant ces tirs.

Après la reprise des hostilités avec Washington le 7 juillet, l'Iran a de nouveau verrouillé le détroit d'Ormuz, une voie maritime cruciale pour le commerce mondial des hydrocarbures, revendiquant d'imposer des droits de passage sur les bateaux et autorisant uniquement la route longeant ses côtes.