La pierre de Rosette ou la stèle noire qui a permis de découvrir la civilisation de l’Égypte ancienne

Une nouvelle exposition du British Museum marque les 200 ans de la découverte du code de la pierre de Rosette. (© The Trustees of the British Museum)
Une nouvelle exposition du British Museum marque les 200 ans de la découverte du code de la pierre de Rosette. (© The Trustees of the British Museum)
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Publié le Samedi 15 octobre 2022

La pierre de Rosette ou la stèle noire qui a permis de découvrir la civilisation de l’Égypte ancienne

  • Pendant des siècles, l'Égypte ancienne est demeurée dans l'obscurité, jusqu'à la découverte d'une dalle de pierre qui a mis les égyptologues à l'épreuve
  • La pierre de Rosette, vieille de 3 000 ans et gravée en trois langues différentes, permettra de comprendre les hiéroglyphes de l'Égypte ancienne

LONDRES: D'un point de vue militaire, l'invasion française de l'Égypte en 1798, qui visait à perturber le commerce et l'influence britanniques en Afrique du Nord et en Inde, a été un échec total. Cependant, elle semble avoir accidentellement permis de comprendre 3 000 ans d'histoire de l'Égypte ancienne.

Une armée de 50 000 hommes sous le commandement de Napoléon Bonaparte a débarqué à Alexandrie le 2 juillet 1798. Au cours des trois années qui ont suivi, les troupes françaises ont connu une série de victoires, et parfois des défaites, en Égypte et en Syrie.

Mais, après que la marine britannique a fait échouer la flotte de Napoléon dans la baie d'Aboukir lors de la bataille du Nil, le 25 juillet 1799, l'armée française, affaiblie et ravagée par la maladie, tourmentée par les forces ottomanes et britanniques, s'est retrouvée piégée dans une terre hostile et étrangère. Sans issue et sans possibilité de renfort, la fin était inévitable.

Napoléon le savait et, dans la nuit du 22 août 1799, il a abandonné ses troupes, a regagné Paris et connu son ultime destin : en 1804, il sera couronné empereur des Français.

Ceux qui restaient de son armée en Égypte ont tenu bon, même après l'assassinat du commandant successeur de Napoléon, et se sont finalement rendus aux Britanniques à Alexandrie le 2 septembre 1801.

Dans le cadre de l'expédition, Napoléon avait ordonné le pillage massif d'antiquités qui devaient être ramenées en France. Mais, après la capitulation française, la plupart de ces objets sont tombés entre les mains des Britanniques. Parmi le butin ramené au British Museum figurait un bloc de pierre polie sur lequel était gravée une écriture en trois langues différentes - grec ancien, démotique et hiéroglyphes égyptiens.

Découvert en juillet 1799 par un ingénieur de l'armée française qui renforçait les défenses d'un fort ottoman du XVe siècle capturé près de Rosette, sur la rive occidentale du Nil, l'objet est connu sous le nom de «la pierre de Rosette».

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Détail du Livre des Morts de la reine Nedjemet, papyrus, Égypte, 1070 avant J.-C., 21e  dynastie. (© The Trustees of the British Museum)

Ainsi, cet objet se révèlera être la clé de la compréhension des hiéroglyphes de l'Égypte ancienne.

Bien que de nombreux érudits européens maîtrisent le grec ancien, il a fallu attendre plus de deux décennies pour qu'ils parviennent à déchiffrer le code de la pierre de Rosette. Cette découverte a marqué un tournant dans l'histoire de l'égyptologie, que le British Museum célèbre ce mois-ci avec une nouvelle exposition majeure réunissant une collection de plus de 240 objets, dont la pierre de Rosette.

L'exposition intitulée «Hiéroglyphs: Unlocking Ancient Egypt» (Hiéroglyphes: la découverte de l'Égypte ancienne), coïncide avec le 200e anniversaire de la dernière découverte réalisée par le philologue et orientaliste français, Jean-François Champollion en 1822.

« Le déchiffrage des hiéroglyphes de la pierre de Rosette a permis de découvrir 3 000 ans d'histoire égyptienne», a déclaré Ilona Regulski, conservatrice de la culture écrite égyptienne au British Museum, à Arab News.

« Jusqu'alors, personne ne savait jusqu'où remontait la civilisation égyptienne antique, ni combien de temps elle avait duré. Mais après sa découverte, Champollion a pu traduire les noms des rois et établir une chronologie royale qui remontait bien plus loin dans le temps que ce à quoi l'on s'attendait ».

« Très vite, on a aussi compris qu'il s'agissait d'une civilisation complexe qui entretenait des relations avec ses voisins, parfois pacifiques, parfois violentes, et petit à petit, nous avons mieux compris cette société ».

« Grâce aux historiens grecs qui ont rapporté certaines pratiques qu'ils ont vues, nous avons appris que les anciens Égyptiens momifiaient leurs morts. Mais nous ne comprenions pas vraiment comment ces gens vivaient et découvraient leur univers ».

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Linteau du temple du roi Amenemhat III, Hawara, Égypte, 12e dynastie, 1855-08 avant J.-C., (© The Trustees of the British Museum)

Décrypter le code de la pierre de Rosette était une tâche complexe qui a mis à l'épreuve l'esprit des universitaires européens. Bien que la pierre présente trois traductions du même décret, elles ne sont pas littéralement identiques.

« Champollion et ses compagnons ont commencé par examiner le texte grec et identifier les mots qui revenaient souvent, comme par exemple le mot désignant le temple, ou le titre de basileus (terme désignant le monarque) », explique Regulski. « Ils ont regardé le texte démotique pour voir s'il y avait un groupe de signes qui apparaissaient plus ou moins au même endroit ».

C'était un début raisonnable, mais un processus entravé par une réalité dont on n'avait pas conscience au départ : ni l'égyptien ancien ni le démotique n'étaient des écritures basées sur un alphabet, et un même mot pouvait être orthographié de plusieurs manières différentes dans un même document.

Une liste de signes, une sorte de dictionnaire égyptien ancien, a fini par être créée, « mais ce n'était pas suffisant pour comprendre l'ensemble du texte, ni pour l'utiliser afin de lire d'autres objets inscrits », a expliqué Regulski.

C'est Champollion qui a finalement compris que les hiéroglyphes étaient un système hybride.

« Il y a des signes alphabétiques, mais aussi des signes simples qui représentent deux ou trois lettres, ou même des mots entiers », a-t-il précisé. « Et certains sont des signes silencieux, ce que nous appelons des 'déterminatifs' en égyptologie. On ne les lit aucunement, mais ils indiquent le sens du mot précédent et permettent de savoir s'il s'agit d'un verbe ou d'un nom ».

En fait, les hiéroglyphes « semblent être un langage très simple, basé sur des symboles, mais c'est beaucoup plus compliqué que cela, et beaucoup plus complexe qu'une écriture alphabétique, et il a fallu beaucoup de temps pour comprendre cela ».

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Linteau du temple du roi Amenemhat III, Hawara, Égypte, 12e dynastie, 1855-08 avant J.-C., (© The Trustees of the British Museum)

L'écriture sur la pierre de Rosette s'est avérée être un décret rédigé en 196 avant J.-C. par des prêtres de Memphis, reconnaissant l'autorité du pharaon ptolémaïque Ptolémée V. Il aurait été rédigé à l'origine sur papyrus, avec des copies distribuées dans tout le royaume afin que le texte puisse être gravé sur des dalles de pierre, ou « stèles », pour être exposé dans les temples de toute l'Égypte.

Au cours des décennies qui ont suivi, neuf autres copies partielles du décret ont été découvertes dans divers sites égyptiens. Mais la pierre de Rosette est la plus complète et, sans elle, «la découverte de la tombe de Toutankhamon », fouillée par l'archéologue britannique Howard Carter en 1922, « aurait par exemple eu un aspect très différent», a dit Regulski.

« Il aurait été difficile pour Carter d'identifier le roi, ce qui est tout à fait crucial, et sa place dans le contexte de la chronologie de la 18e dynastie. Nous nous serions contentés de disposer d'une belle tombe avec de belles choses ».

Selon les critères de l'Égypte ancienne, la pierre de Rosette n'est pas si ancienne. « Pour nous, égyptologues», a poursuivi Regulski, «la pierre, qui date d'environ 200 avant J.-C., arrive très tard dans l'histoire des hiéroglyphes, un système d'écriture qui a été utilisé pour la première fois vers 3 250 avant J.-C.»

Et en 200 avant J.-C., les hiéroglyphes étaient déjà en voie de disparition.

« Le premier grand changement en Égypte a été l'utilisation du grec comme langue administrative ».

« Quand Alexandre le Grand a conquis l'Égypte en 332 avant Jésus-Christ, les gens parlaient déjà le grec ; la langue circulait depuis le VIIIe siècle à cause du commerce et parce qu'il y avait beaucoup de mercenaires grecs qui combattaient dans l'armée égyptienne et s'installaient dans le pays ».

« Mais depuis Alexandre le Grand, et surtout à l'époque ptolémaïque, le grec devient la langue de l'administration et évince peu à peu l'égyptien.»

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Dans le sens des aiguilles d'une montre en partant de la gauche : statue d'un scribe, calcaire, Égypte, 6e dynastie. (Musée du Louvre) ; coffret avec des hiéroglyphes sur le côté (British Museum) ; bandage de momie d'Aberuai, lin, Saqqara, Egypte, période ptolémaïque. (Musée du Louvre). 

Indépendamment du contexte historique de la découverte de la pierre de Rosette et de sa saisie par les Britanniques, « pour le domaine de l'égyptologie et pour l'Égypte, c'est vraiment quelque chose à célébrer », a affirmé Regulski.

« Aujourd'hui, il y a beaucoup d'égyptologues dans le monde, y compris nos collègues en Égypte, et nous travaillons tous ensemble. Nous formons une énorme communauté et essayons d'affiner nos connaissances sur l'Égypte ancienne, qui sont toutes issues de cette seule entreprise ».

Regulski, qui a travaillé pendant deux ans aux côtés de collègues égyptiens au Musée égyptien du Caire, n'a pas pu se prononcer sur la question controversée du retour de la pierre de Rosette dans son pays d'origine.

Plus de 100 000 objets issus du riche passé de l'Égypte seront conservés au Grand Musée égyptien, actuellement en cours de finalisation sur un site à l'ouest du Caire, près des pyramides de Gizeh.

Parmi ces objets figurent les 5 400 trésors enterrés avec Toutankhamon il y a plus de 3 300 ans, y compris son emblématique masque mortuaire. Après avoir fait le tour du monde pendant des décennies, ces trésors seront enfin déposés là où ils doivent l'être.

Toutefois, la pierre de Rosette – la clé pour tout comprendre – restera en Grande-Bretagne.

Le général britannique qui a ramené la pierre en Grande-Bretagne en 1801, après qu'elle a été prise aux Français, a choisi de la considérer, ainsi que 20 autres pièces, non pas comme un butin, mais comme « un fier trophée des armes de la Grande-Bretagne - non pas pillées à des habitants sans défense, mais honorablement acquises par la fortune de la guerre ».

L'exposition du British Museum présentera l'acte de capitulation français, prêté par les Archives nationales du Royaume-Uni et exposé pour la première fois. Selon un porte-parole du British Museum, il s'agit de « l'accord juridique qui prévoyait le transfert de la pierre de Rosette à la Grande-Bretagne, en tant que cadeau diplomatique, signé par toutes les parties, à savoir les représentants des gouvernements égyptien, français et britannique ».

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Cartonnage et momie de la dame Baketenhor. (Archives et musées de Tyne & Wear)

Aujourd'hui, un gouvernement égyptien pourrait à juste titre s'opposer à l'idée de décrire un officier de l'armée ottomane comme le gardien légitime du patrimoine égyptien.

À l'époque, on ne s'est certainement pas demandé si la pierre de Rosette et d'autres antiquités devaient rester en Égypte. C'est une question qui se pose avec de plus en plus d'acuité aujourd'hui, à une époque où les institutions occidentales telles que le British Museum sont soumises à une pression croissante pour restituer le butin des guerres et aventures impériales.

« Étant donné que j'ai travaillé en étroite collaboration avec les conservateurs égyptiens du musée, je dirais que [cette restitution] n'est pas une priorité pour beaucoup d'entre eux », a révélé Regulski. « Je trouve un peu triste que notre relation soit définie par la restitution ou non des objets, parce que notre relation avec nos collègues égyptiens est tellement plus importante que les objets individuels qui sont passés à tel ou tel autre endroit ».

« Il s'agit de célébrer l'Égypte ancienne, et il y a encore tellement de choses à faire en Égypte, tellement de choses à apprendre, à rechercher en collaboration, et c'est sur cela qu'il convient de se focaliser ».

La fascination du public pour l'Égypte ancienne trouve son origine dans la découverte de la pierre de Rosette, l'objet le plus visité du British Museum, et « dans une culture qui a laissé derrière elle un témoignage monumental de son existence, si bien préservé, et qui possède également un attrait visuel si puissant, que l'on ne retrouve pas dans d'autres cultures anciennes ».

« Je pense que toute personne qui visite le musée est attirée par cette culture très visuelle et artistique, y compris le système d'écriture en soi. Si vous le comparez au cunéiforme, par exemple, vous serez davantage attirés par les hiéroglyphes, car ils sont si beaux, si visuellement attrayants. Je pense que c'est ce qui accroche les gens et les incite à vouloir en apprendre davantage sur cette culture ».

Le British Museum s'attend à ce que l'exposition, qui retrace l'histoire du déchiffrement des hiéroglyphes depuis les premiers efforts des voyageurs arabes médiévaux et des érudits de la Renaissance jusqu'au triomphe de Champollion en 1822, soit l'une des plus populaires à ce jour.

L’exposition «Hieroglyphs: Unlocking Ancient Egypt» est au British Museum du 13 octobre 2022 au 19 février 2023.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 


Le Liban dans toute sa complexité, au festival de Saint-Malo

À Saint-Malo, pays breton jadis bastion des corsaires, le festival Étonnants Voyageurs s’apprête une nouvelle fois à faire dialoguer les imaginaires du monde, en mettant à l’honneur le paysage littéraire et culturel libanais. (Photo Etonnants Voyageurs)
À Saint-Malo, pays breton jadis bastion des corsaires, le festival Étonnants Voyageurs s’apprête une nouvelle fois à faire dialoguer les imaginaires du monde, en mettant à l’honneur le paysage littéraire et culturel libanais. (Photo Etonnants Voyageurs)
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  • Cette année, le Liban s’impose avec une intensité particulière. C’est un choix assumé, réfléchi, presque évident pour le directeur du festival, Jean-Michel Le Boulanger
  • Ce choix, indique Le Boulanger à Arab News en français, découle d’une conviction simple : « Le Liban est un carrefour », un carrefour d’histoires, de cultures, de religions, mais surtout un carrefour du monde contemporain

PARIS: À Saint-Malo, pays breton jadis bastion des corsaires, le festival Étonnants Voyageurs s’apprête une nouvelle fois à faire dialoguer les imaginaires du monde, en mettant à l’honneur le paysage littéraire et culturel libanais.

Cette année, le Liban s’impose avec une intensité particulière. C’est un choix assumé, réfléchi, presque évident pour le directeur du festival, Jean-Michel Le Boulanger.

Ce choix, indique Le Boulanger à Arab News en français, découle d’une conviction simple : « Le Liban est un carrefour », un carrefour d’histoires, de cultures, de religions, mais surtout un carrefour du monde contemporain.

Depuis toujours, Étonnants Voyageurs revendique une approche singulière qui consiste à regarder le monde à travers les écrivains et privilégie l’écoute des romanciers, des poètes et des artistes.

C’est également un concentré des tensions et des espoirs qui traversent notre époque, ajoute-t-il. En invitant 21 auteurs et artistes libanais à participer à son édition 2026, qui se tient du 23 au 25 mai, le festival ne cherche pas à illustrer une actualité, mais à faire entendre une expérience du monde.

Depuis toujours, Étonnants Voyageurs revendique une approche singulière qui consiste à regarder le monde à travers les écrivains et privilégie l’écoute des romanciers, des poètes et des artistes.

« Ce qui nous intéresse, c’est ce que les écrivains font de cette matière complexe », indique Le Boulanger. Et le Liban, plus que tout autre pays peut-être, incarne cette complexité.

Au Liban, précise-t-il, « le pluriel n’est pas une abstraction, il est une réalité quotidienne », avec des identités multiples, des appartenances croisées, des territoires fragmentés. « Les auteurs libanais vivent et écrivent au cœur de ces tensions. »

Parmi eux, Sabyl Ghoussoub, prix Goncourt des lycéens, qui explore les liens entre Beyrouth et Paris ; Charif Majdalani, dont l’œuvre interroge l’histoire et la mémoire ; ou encore Souhaib Ayoub, figure d’une nouvelle génération hybride et audacieuse.

À leurs côtés, des voix singulières comme Sofía Karámpali Farhat, Hala Moughanie ou Lena Merhej dessinent un paysage littéraire en mouvement, traversé par le doute, la colère, mais aussi une formidable énergie créatrice.

Le fil qui relie ces auteurs tient en deux mots : territoire et complexité. Un thème à la fois intime et politique. « Ce sont des relations complexes au territoire », explique le directeur du festival : des territoires multiples, parfois brisés, que chacun tente de se réapproprier.

À travers leurs récits, ces écrivains interrogent une question universelle : « Comment vivre avec l’autre ? Comment maintenir une relation dans un monde fragmenté ? »

Pour donner toute sa place à cette richesse, le festival a imaginé une programmation foisonnante, fidèle à son esprit d’ouverture.

Des formats plus intimes

Les formes se multiplient : il y aura bien sûr les grands entretiens, ces moments où un auteur se livre en profondeur, accompagné d’un modérateur, mais aussi des tables rondes réunissant deux ou trois écrivains pour des échanges croisés.

Il y aura également des formats plus intimes : des petits-déjeuners avec les auteurs, des ateliers d’écriture, autant d’occasions de faire tomber la distance et de créer un lien direct entre les écrivains et leur public.

Étonnants Voyageurs, malgré tout, « reste une fête, celle des livres, des idées, des rencontres », et réunit chaque année près de cinquante mille visiteurs en quête de découvertes et d’émotions.

La poésie trouvera une place particulière avec un « Rima Poésie Club », animé par l’ancienne ministre de la Culture Rima Abdul Malak, consacré aux voix libanaises, ainsi qu’un hommage vibrant à Vénus Khoury-Ghata, décédée récemment.

Le cinéma, lui aussi, participera à cette immersion. Des films de réalisatrices libanaises seront projetés, accompagnés de rencontres, notamment avec Danielle Arbid et Mounia Akl, figures marquantes de la scène cinématographique libanaise.

Reste une question, presque évidente : comment accueillir une telle programmation dans un festival qui se veut aussi festif ? Le Boulanger ne l’élude pas, mais parle d’un « point d’équilibre » à trouver entre « la gravité du monde et le plaisir d’être ensemble ».

Car Étonnants Voyageurs, malgré tout, « reste une fête, celle des livres, des idées, des rencontres », et réunit chaque année près de cinquante mille visiteurs en quête de découvertes et d’émotions.

Et il y a, insiste Le Boulanger, « beaucoup de sourires » et la joie simple de rencontrer un auteur, d’échanger, de partager un moment.

Même lorsque les sujets sont graves, quelque chose circule, souligne-t-il : « une forme d’espoir, peut-être, ou simplement la sensation de ne pas être seul face au monde »


Tunisie: à Djerba, un début de saison touristique ralenti par la crise au Moyen-Orient

Des chameaux attendent les touristes pour des promenades payantes sur la plage le long d’une lagune sur l’île touristique tunisienne de Djerba, dans le sud du pays, le 2 mai 2026. (AFP)
Des chameaux attendent les touristes pour des promenades payantes sur la plage le long d’une lagune sur l’île touristique tunisienne de Djerba, dans le sud du pays, le 2 mai 2026. (AFP)
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  • La saison touristique à Djerba ralentit malgré un bon démarrage, en raison des tensions au Moyen-Orient qui augmentent les coûts des vols et réduisent les réservations
  • Malgré ce contexte, la Tunisie conserve des atouts compétitifs grâce à sa proximité avec l’Europe, ses vols low-cost et son image de destination sûre en Méditerranée

DJERBA: Sable blanc et palmiers: la saison touristique sur l'île de Djerba en Tunisie a démarré début mai mais le secteur tourne au ralenti en raison des tensions au Moyen-Orient, selon des responsables rencontrés par l'AFP.

Avant les premières frappes israélo-américaines sur l'Iran fin février suivies d'attaques iraniennes sur les infrastructures du Golfe, "nous recevions par exemple 100 nouvelles réservations par jour, maintenant c'est seulement 50", explique à l'AFP Anane Kamoun, directeur de l'hôtel Royal Garden Palace, un établissement 5 étoiles situé dans le nord-est de l'île, tout près d'une longue plage.

Pendant qu'un groupe de touristes déambule à dos de cheval ou dromadaire, l'hôtelier se réjouit qu'il n'y ait "pas eu d'annulations" dans son établissement. Mais à ses yeux, il est clair que la machine tourne moins vite qu'avant les perturbations provoquées par le conflit.

Selon M. Kamoun, ce ralentissement s'explique par le renchérissement des coûts, à cause de la flambée des cours du pétrole. "Quand les billets d'avion coûtent en moyenne 70 à 80 euros de plus, ce n'est pas rien, et le touriste commence à chercher une alternative" pour ses vacances, observe-t-il.

En Tunisie, où le tourisme est un pilier essentiel de l'économie (environ 10% du PIB et quelque 400.000 emplois), la saison débute traditionnellement à Djerba, une grande île à 500 km au sud de Tunis, et au climat ensoleillé toute l'année.

- Avantage compétitif ? -

En 2025, "Djerba la douce" a accueilli 1,23 million de touristes, "en hausse de 5% par rapport à l'année précédente et de 1,1% par rapport au record de 2019", peu avant la pandémie de Covid-19, explique Hichem Mahouachi, délégué régional de l'Office de tourisme ONTT.

"Cette année, on espérait avoir une hausse de 7 à 8%", souligne-t-il à l'AFP, à propos de prévisions formulées avant que les tensions au Moyen-Orient ne commencent à perturber le trafic aérien et l'économie mondiale. Le cours du kérosène a doublé depuis le début de l'année, forçant les compagnies à augmenter leurs prix, voire à annuler les vols les moins rentables.

M. Mahouachi se dit néanmoins rassuré par la programmation par les compagnies (charters et régulières) de 5.600 vols entre avril et septembre, en hausse de 3,3% sur un an, et en provenance de 16 pays surtout européens.

Selon lui, "certaines destinations vont être affectées plus que d'autres", en particulier les dessertes éloignées et qui nécessitent un déplacement en long-courrier, ce qui n'est pas le cas de la Tunisie, située à "seulement deux heures" de toutes les capitales européennes, et souvent desservie par des compagnies low-cost.

"La hausse des prix du kérosène ne sera pas ressentie de la même façon que pour un long-courrier, la Tunisie va peut-être bénéficier de ça", espère-t-il.

Autre avantage, selon le dirigeant de l'ONTT, "la Tunisie est considérée comme l'une des destinations les plus sûres du bassin méditerranéen", un avantage compétitif face à des pays touchés de plein fouet par les répercussions du conflit comme la Turquie ou l'Egypte.


Festival de Cannes: des stars en nombre, la compétition s'accélère

Le producteur français Alexandre Mallet-Guy, l’acteur franco-tunisien Adam Bessa, l’actrice française Isabelle Huppert, le réalisateur et scénariste iranien Asghar Farhadi, une invitée, l’actrice belge Virginie Efira, l’acteur français Vincent Cassel et l’acteur français Pierre Niney assistent à une conférence de presse pour le film « Histoires parallèles » lors de la 79e édition du Festival de Cannes, à Cannes, dans le sud de la France, le 15 mai 2026. (AFP)
Le producteur français Alexandre Mallet-Guy, l’acteur franco-tunisien Adam Bessa, l’actrice française Isabelle Huppert, le réalisateur et scénariste iranien Asghar Farhadi, une invitée, l’actrice belge Virginie Efira, l’acteur français Vincent Cassel et l’acteur français Pierre Niney assistent à une conférence de presse pour le film « Histoires parallèles » lors de la 79e édition du Festival de Cannes, à Cannes, dans le sud de la France, le 15 mai 2026. (AFP)
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  • Le Festival de Cannes accélère avec trois films en compétition pour la Palme d’or, dont les très attendus « Paper Tiger » de James Gray, « Sheep in The Box » de Hirokazu Kore-eda et « L’être aimé » de Rodrigo Sorogoyen
  • Le tapis rouge accueillera de nombreuses stars internationales comme Javier Bardem, Adam Driver, Kristen Stewart et Woody Harrelson, tandis que Quentin Dupieux et Judith Godrèche présenteront leurs nouveaux films dans les sections parallèles

CANNES: Après trois jours de festival, la compétition s'accélère samedi à Cannes avec trois films en lice pour la Palme d'or projetés sur la Croisette, un défilé de stars internationales et quelques longs-métrages très attendus dans les sections parallèles.

- Du glamour sur le tapis rouge

Jeudi, un premier film au casting clinquant avait monté les marches du Palais des festivals. Isabelle Huppert, Catherine Deneuve, Vincent Cassel ou encore Pierre Niney sont venus défendre "Histoires parallèles", le dernier film de l'Iranien Asghar Farhadi, fraîchement accueilli par la critique.

Samedi, la température va monter d'un cran avec plusieurs vedettes internationales à la carrière hollywoodienne bien remplie.

Javier Bardem, Adam Driver, Kristen Stewart, Woody Harrelson sont attendus sur les mythiques marches cannoises.

Scarlett Johansson, à l'affiche de "Paper Tiger" aux côtés d'Adam Driver, sera en revanche absente. Elle est accaparée par le tournage d'une nouvelle version de "L'Exorciste" qui sortira l'année prochaine.

- Des grands auteurs au programme

Les films projetés en compétition samedi sont très attendus, à commencer par le dernier de James Gray, dont c'est la sixième sélection à Cannes.

L'Américain revient au polar avec "Paper Tiger", dans la veine de ses premiers films "Little Odessa" ou "The Yards", des œuvres célébrées par la critique. Son film suit deux frères qui se retrouvent mêlés à une affaire douteuse avec la mafia russe, les entrainant dans l'abime.

Un ancien lauréat de la Palme d'or foulera aussi le tapis rouge avec son équipe. Le Japonais Hirokazu Kore-eda présentera "Sheep in The Box", sur un couple qui accueille un enfant-robot humanoïde ressemblant exactement à leur fils décédé.

Enfin, le cinéaste espagnol Rodrigo Sorogoyen, salué pour son dernier film "As Bestas" (2022) et la série "Los años nuevos", va chercher à confirmer qu'il est la relève du cinéma espagnol avec "L'être aimé".

Javier Bardem y incarne un réalisateur espagnol à la renommée internationale, de retour dans son pays pour tourner un film. Il tente de renouer avec sa fille, qu'il n'a quasiment pas vue grandir, en lui proposant un rôle.

- Dupieux et Godrèche attendus

Les sections parallèles du festival accueilleront plusieurs longs-métrages de réalisateurs français renommés, à commencer par Quentin Dupieux. "Full Phil", le dernier film de l'ovni du cinéma hexagonal, doit être projeté en séance de minuit.

Woody Harrelson et Kristen Stewart jouent un père et sa fille en pleine crise dans une ville assiégée par les gilets jaunes dans une sorte d'anti-"Emily in Paris".

Judith Godrèche fait son retour sur la Croisette, deux ans après son coup d'éclat sur les marches du Palais pour la présentation de son film "Moi aussi". Elle et l'équipe du film avaient croisé leurs mains devant leur bouche pour symboliser le silence imposé aux victimes de violences sexuelles.

Avec "Mémoire de fille", la réalisatrice adapte le roman autobiographique d'Annie Ernaux qui raconte le viol dont elle a été victime à 18 ans.