La pierre de Rosette ou la stèle noire qui a permis de découvrir la civilisation de l’Égypte ancienne

Une nouvelle exposition du British Museum marque les 200 ans de la découverte du code de la pierre de Rosette. (© The Trustees of the British Museum)
Une nouvelle exposition du British Museum marque les 200 ans de la découverte du code de la pierre de Rosette. (© The Trustees of the British Museum)
Short Url
Publié le Samedi 15 octobre 2022

La pierre de Rosette ou la stèle noire qui a permis de découvrir la civilisation de l’Égypte ancienne

  • Pendant des siècles, l'Égypte ancienne est demeurée dans l'obscurité, jusqu'à la découverte d'une dalle de pierre qui a mis les égyptologues à l'épreuve
  • La pierre de Rosette, vieille de 3 000 ans et gravée en trois langues différentes, permettra de comprendre les hiéroglyphes de l'Égypte ancienne

LONDRES: D'un point de vue militaire, l'invasion française de l'Égypte en 1798, qui visait à perturber le commerce et l'influence britanniques en Afrique du Nord et en Inde, a été un échec total. Cependant, elle semble avoir accidentellement permis de comprendre 3 000 ans d'histoire de l'Égypte ancienne.

Une armée de 50 000 hommes sous le commandement de Napoléon Bonaparte a débarqué à Alexandrie le 2 juillet 1798. Au cours des trois années qui ont suivi, les troupes françaises ont connu une série de victoires, et parfois des défaites, en Égypte et en Syrie.

Mais, après que la marine britannique a fait échouer la flotte de Napoléon dans la baie d'Aboukir lors de la bataille du Nil, le 25 juillet 1799, l'armée française, affaiblie et ravagée par la maladie, tourmentée par les forces ottomanes et britanniques, s'est retrouvée piégée dans une terre hostile et étrangère. Sans issue et sans possibilité de renfort, la fin était inévitable.

Napoléon le savait et, dans la nuit du 22 août 1799, il a abandonné ses troupes, a regagné Paris et connu son ultime destin : en 1804, il sera couronné empereur des Français.

Ceux qui restaient de son armée en Égypte ont tenu bon, même après l'assassinat du commandant successeur de Napoléon, et se sont finalement rendus aux Britanniques à Alexandrie le 2 septembre 1801.

Dans le cadre de l'expédition, Napoléon avait ordonné le pillage massif d'antiquités qui devaient être ramenées en France. Mais, après la capitulation française, la plupart de ces objets sont tombés entre les mains des Britanniques. Parmi le butin ramené au British Museum figurait un bloc de pierre polie sur lequel était gravée une écriture en trois langues différentes - grec ancien, démotique et hiéroglyphes égyptiens.

Découvert en juillet 1799 par un ingénieur de l'armée française qui renforçait les défenses d'un fort ottoman du XVe siècle capturé près de Rosette, sur la rive occidentale du Nil, l'objet est connu sous le nom de «la pierre de Rosette».

PHOTO
Détail du Livre des Morts de la reine Nedjemet, papyrus, Égypte, 1070 avant J.-C., 21e  dynastie. (© The Trustees of the British Museum)

Ainsi, cet objet se révèlera être la clé de la compréhension des hiéroglyphes de l'Égypte ancienne.

Bien que de nombreux érudits européens maîtrisent le grec ancien, il a fallu attendre plus de deux décennies pour qu'ils parviennent à déchiffrer le code de la pierre de Rosette. Cette découverte a marqué un tournant dans l'histoire de l'égyptologie, que le British Museum célèbre ce mois-ci avec une nouvelle exposition majeure réunissant une collection de plus de 240 objets, dont la pierre de Rosette.

L'exposition intitulée «Hiéroglyphs: Unlocking Ancient Egypt» (Hiéroglyphes: la découverte de l'Égypte ancienne), coïncide avec le 200e anniversaire de la dernière découverte réalisée par le philologue et orientaliste français, Jean-François Champollion en 1822.

« Le déchiffrage des hiéroglyphes de la pierre de Rosette a permis de découvrir 3 000 ans d'histoire égyptienne», a déclaré Ilona Regulski, conservatrice de la culture écrite égyptienne au British Museum, à Arab News.

« Jusqu'alors, personne ne savait jusqu'où remontait la civilisation égyptienne antique, ni combien de temps elle avait duré. Mais après sa découverte, Champollion a pu traduire les noms des rois et établir une chronologie royale qui remontait bien plus loin dans le temps que ce à quoi l'on s'attendait ».

« Très vite, on a aussi compris qu'il s'agissait d'une civilisation complexe qui entretenait des relations avec ses voisins, parfois pacifiques, parfois violentes, et petit à petit, nous avons mieux compris cette société ».

« Grâce aux historiens grecs qui ont rapporté certaines pratiques qu'ils ont vues, nous avons appris que les anciens Égyptiens momifiaient leurs morts. Mais nous ne comprenions pas vraiment comment ces gens vivaient et découvraient leur univers ».

PHOTO
Linteau du temple du roi Amenemhat III, Hawara, Égypte, 12e dynastie, 1855-08 avant J.-C., (© The Trustees of the British Museum)

Décrypter le code de la pierre de Rosette était une tâche complexe qui a mis à l'épreuve l'esprit des universitaires européens. Bien que la pierre présente trois traductions du même décret, elles ne sont pas littéralement identiques.

« Champollion et ses compagnons ont commencé par examiner le texte grec et identifier les mots qui revenaient souvent, comme par exemple le mot désignant le temple, ou le titre de basileus (terme désignant le monarque) », explique Regulski. « Ils ont regardé le texte démotique pour voir s'il y avait un groupe de signes qui apparaissaient plus ou moins au même endroit ».

C'était un début raisonnable, mais un processus entravé par une réalité dont on n'avait pas conscience au départ : ni l'égyptien ancien ni le démotique n'étaient des écritures basées sur un alphabet, et un même mot pouvait être orthographié de plusieurs manières différentes dans un même document.

Une liste de signes, une sorte de dictionnaire égyptien ancien, a fini par être créée, « mais ce n'était pas suffisant pour comprendre l'ensemble du texte, ni pour l'utiliser afin de lire d'autres objets inscrits », a expliqué Regulski.

C'est Champollion qui a finalement compris que les hiéroglyphes étaient un système hybride.

« Il y a des signes alphabétiques, mais aussi des signes simples qui représentent deux ou trois lettres, ou même des mots entiers », a-t-il précisé. « Et certains sont des signes silencieux, ce que nous appelons des 'déterminatifs' en égyptologie. On ne les lit aucunement, mais ils indiquent le sens du mot précédent et permettent de savoir s'il s'agit d'un verbe ou d'un nom ».

En fait, les hiéroglyphes « semblent être un langage très simple, basé sur des symboles, mais c'est beaucoup plus compliqué que cela, et beaucoup plus complexe qu'une écriture alphabétique, et il a fallu beaucoup de temps pour comprendre cela ».

PHOTO
Linteau du temple du roi Amenemhat III, Hawara, Égypte, 12e dynastie, 1855-08 avant J.-C., (© The Trustees of the British Museum)

L'écriture sur la pierre de Rosette s'est avérée être un décret rédigé en 196 avant J.-C. par des prêtres de Memphis, reconnaissant l'autorité du pharaon ptolémaïque Ptolémée V. Il aurait été rédigé à l'origine sur papyrus, avec des copies distribuées dans tout le royaume afin que le texte puisse être gravé sur des dalles de pierre, ou « stèles », pour être exposé dans les temples de toute l'Égypte.

Au cours des décennies qui ont suivi, neuf autres copies partielles du décret ont été découvertes dans divers sites égyptiens. Mais la pierre de Rosette est la plus complète et, sans elle, «la découverte de la tombe de Toutankhamon », fouillée par l'archéologue britannique Howard Carter en 1922, « aurait par exemple eu un aspect très différent», a dit Regulski.

« Il aurait été difficile pour Carter d'identifier le roi, ce qui est tout à fait crucial, et sa place dans le contexte de la chronologie de la 18e dynastie. Nous nous serions contentés de disposer d'une belle tombe avec de belles choses ».

Selon les critères de l'Égypte ancienne, la pierre de Rosette n'est pas si ancienne. « Pour nous, égyptologues», a poursuivi Regulski, «la pierre, qui date d'environ 200 avant J.-C., arrive très tard dans l'histoire des hiéroglyphes, un système d'écriture qui a été utilisé pour la première fois vers 3 250 avant J.-C.»

Et en 200 avant J.-C., les hiéroglyphes étaient déjà en voie de disparition.

« Le premier grand changement en Égypte a été l'utilisation du grec comme langue administrative ».

« Quand Alexandre le Grand a conquis l'Égypte en 332 avant Jésus-Christ, les gens parlaient déjà le grec ; la langue circulait depuis le VIIIe siècle à cause du commerce et parce qu'il y avait beaucoup de mercenaires grecs qui combattaient dans l'armée égyptienne et s'installaient dans le pays ».

« Mais depuis Alexandre le Grand, et surtout à l'époque ptolémaïque, le grec devient la langue de l'administration et évince peu à peu l'égyptien.»

PHOTO
Dans le sens des aiguilles d'une montre en partant de la gauche : statue d'un scribe, calcaire, Égypte, 6e dynastie. (Musée du Louvre) ; coffret avec des hiéroglyphes sur le côté (British Museum) ; bandage de momie d'Aberuai, lin, Saqqara, Egypte, période ptolémaïque. (Musée du Louvre). 

Indépendamment du contexte historique de la découverte de la pierre de Rosette et de sa saisie par les Britanniques, « pour le domaine de l'égyptologie et pour l'Égypte, c'est vraiment quelque chose à célébrer », a affirmé Regulski.

« Aujourd'hui, il y a beaucoup d'égyptologues dans le monde, y compris nos collègues en Égypte, et nous travaillons tous ensemble. Nous formons une énorme communauté et essayons d'affiner nos connaissances sur l'Égypte ancienne, qui sont toutes issues de cette seule entreprise ».

Regulski, qui a travaillé pendant deux ans aux côtés de collègues égyptiens au Musée égyptien du Caire, n'a pas pu se prononcer sur la question controversée du retour de la pierre de Rosette dans son pays d'origine.

Plus de 100 000 objets issus du riche passé de l'Égypte seront conservés au Grand Musée égyptien, actuellement en cours de finalisation sur un site à l'ouest du Caire, près des pyramides de Gizeh.

Parmi ces objets figurent les 5 400 trésors enterrés avec Toutankhamon il y a plus de 3 300 ans, y compris son emblématique masque mortuaire. Après avoir fait le tour du monde pendant des décennies, ces trésors seront enfin déposés là où ils doivent l'être.

Toutefois, la pierre de Rosette – la clé pour tout comprendre – restera en Grande-Bretagne.

Le général britannique qui a ramené la pierre en Grande-Bretagne en 1801, après qu'elle a été prise aux Français, a choisi de la considérer, ainsi que 20 autres pièces, non pas comme un butin, mais comme « un fier trophée des armes de la Grande-Bretagne - non pas pillées à des habitants sans défense, mais honorablement acquises par la fortune de la guerre ».

L'exposition du British Museum présentera l'acte de capitulation français, prêté par les Archives nationales du Royaume-Uni et exposé pour la première fois. Selon un porte-parole du British Museum, il s'agit de « l'accord juridique qui prévoyait le transfert de la pierre de Rosette à la Grande-Bretagne, en tant que cadeau diplomatique, signé par toutes les parties, à savoir les représentants des gouvernements égyptien, français et britannique ».

PHOTO
Cartonnage et momie de la dame Baketenhor. (Archives et musées de Tyne & Wear)

Aujourd'hui, un gouvernement égyptien pourrait à juste titre s'opposer à l'idée de décrire un officier de l'armée ottomane comme le gardien légitime du patrimoine égyptien.

À l'époque, on ne s'est certainement pas demandé si la pierre de Rosette et d'autres antiquités devaient rester en Égypte. C'est une question qui se pose avec de plus en plus d'acuité aujourd'hui, à une époque où les institutions occidentales telles que le British Museum sont soumises à une pression croissante pour restituer le butin des guerres et aventures impériales.

« Étant donné que j'ai travaillé en étroite collaboration avec les conservateurs égyptiens du musée, je dirais que [cette restitution] n'est pas une priorité pour beaucoup d'entre eux », a révélé Regulski. « Je trouve un peu triste que notre relation soit définie par la restitution ou non des objets, parce que notre relation avec nos collègues égyptiens est tellement plus importante que les objets individuels qui sont passés à tel ou tel autre endroit ».

« Il s'agit de célébrer l'Égypte ancienne, et il y a encore tellement de choses à faire en Égypte, tellement de choses à apprendre, à rechercher en collaboration, et c'est sur cela qu'il convient de se focaliser ».

La fascination du public pour l'Égypte ancienne trouve son origine dans la découverte de la pierre de Rosette, l'objet le plus visité du British Museum, et « dans une culture qui a laissé derrière elle un témoignage monumental de son existence, si bien préservé, et qui possède également un attrait visuel si puissant, que l'on ne retrouve pas dans d'autres cultures anciennes ».

« Je pense que toute personne qui visite le musée est attirée par cette culture très visuelle et artistique, y compris le système d'écriture en soi. Si vous le comparez au cunéiforme, par exemple, vous serez davantage attirés par les hiéroglyphes, car ils sont si beaux, si visuellement attrayants. Je pense que c'est ce qui accroche les gens et les incite à vouloir en apprendre davantage sur cette culture ».

Le British Museum s'attend à ce que l'exposition, qui retrace l'histoire du déchiffrement des hiéroglyphes depuis les premiers efforts des voyageurs arabes médiévaux et des érudits de la Renaissance jusqu'au triomphe de Champollion en 1822, soit l'une des plus populaires à ce jour.

L’exposition «Hieroglyphs: Unlocking Ancient Egypt» est au British Museum du 13 octobre 2022 au 19 février 2023.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 


Liban: 39 sites culturels placés sous protection renforcée de l'Unesco en raison de la guerre

Un homme inspecte les destructions sur le site d'une frappe aérienne israélienne ayant visé Baalbek, dans la vallée de la Bekaa à l'est du Liban, avec le temple romain de la cité antique en arrière-plan, le 7 novembre 2024, dans le cadre de la guerre en cours entre Israël et le Hezbollah. (AFP)
Un homme inspecte les destructions sur le site d'une frappe aérienne israélienne ayant visé Baalbek, dans la vallée de la Bekaa à l'est du Liban, avec le temple romain de la cité antique en arrière-plan, le 7 novembre 2024, dans le cadre de la guerre en cours entre Israël et le Hezbollah. (AFP)
Short Url
  • L’UNESCO place 39 sites culturels au Liban sous protection renforcée face aux risques liés au conflit
  • Des sites majeurs comme Baalbeck, Tyr et Byblos bénéficieront d’un soutien technique et financier

PARIS: L'Unesco a placé mercredi sous protection renforcée 39 sites culturels au Liban par crainte de dégâts causés par les bombardements auxquels fait face le pays après un mois de guerre.

"Ces 39 biens culturels bénéficient désormais du niveau de protection juridique le plus élevé contre les attaques et les usages à des fins militaires", écrit l'Unesco dans un communiqué.

Parmi ces biens figurent les sites archéologiques de Baalbeck et de Tyr, le musée national de Beyrouth ou encore le site de Byblos.

La convention de la Haye de 1954 oblige à préserver les biens culturels en cas de conflit armé.

Les 39 sites "recevront une assistance technique et financière de l'Unesco pour renforcer leur protection juridique, améliorer les mesures d'anticipation et de gestion des risques ainsi que fournir une formation supplémentaire aux professionnels de la culture et au personnel militaire de la zone", détaille l'Unesco.

"La protection renforcée permet également d'envoyer un signal à l'ensemble de la communauté internationale quant à l'urgence de protéger ces sites", ajoute l'organisation qui explique avoir convoqué mercredi une "réunion extraordinaire (...) à la suite d'une demande" du Liban.

Ces sites bénéficieront également d'une "aide financière internationale de plus de 100.000 dollars américains pour les opérations d'urgence sur le terrain", ajoute l'Unesco.

Située à une vingtaine de kilomètres de la frontière avec Israël, Tyr, ville inscrite sur la liste du patrimoine mondial en 1984, a été la cible de plusieurs frappes israéliennes depuis le début de la guerre avec le Hezbollah pro-iranien le 2 mars.

Encore en construction, un musée sur le site a subi quelques dommages. Mais ni la nécropole des IIe et IIIe siècles ni l'arc de triomphe monumental, les aqueducs ou encore l'hippodrome qui s'élèvent sur le site, n'ont été atteints.

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient déclenchée le 28 février par des frappes américano-israéliennes sur l'Iran, "d'autres biens dans des pays voisins" ont subi des dégâts, écrit l'Unesco, sans détails.


Découverte : Blossom Space à Djeddah

(Photo: Arab News)
(Photo: Arab News)
Short Url
  • Blossom Space excelle dans les articles de papeterie, proposant carnets, encres et autres objets soigneusement sélectionnés

DJEDDAH : À Djeddah, Blossom Space combine charme, convivialité et créativité dans un seul et magnifique lieu. Dès que vous franchissez la porte, on a l’impression d’entrer dans les pages d’un livre d’histoires — un monde doux et rêveur, à mi-chemin entre une bibliothèque confortable et une boutique-cadeaux fantaisiste.

Le personnel est exceptionnellement gentil et accueillant, ajoutant une touche personnelle qui élève toute l’expérience.

L’extérieur est déjà séduisant, avec une façade en verre élégante et une enseigne lumineuse qui suggèrent un espace moderne et légèrement haut de gamme — discret mais intrigant, plutôt « trésor caché » qu’une boutique clinquante.

Une fois à l’intérieur, l’atmosphère se transforme en chaleur et charme. Des étagères en bois et un éclairage doux créent une ambiance apaisante, rappelant un coin lecture tranquille.

Les détails décoratifs — mini-carrousels, accents vintage, papeterie délicate — évoquent un sentiment nostalgique, presque de livre d’histoires. Les plantes suspendues apportent vie et fraîcheur, tandis que les présentoirs pastel offrent un rendu visuel plaisant, féminin et digne d’un tableau Pinterest.

Blossom Space brille dans la papeterie, proposant carnets, encres et autres objets soigneusement sélectionnés. Pour ceux qui cherchent une expérience plus interactive, l’espace coloriage à l’étage est parfait pour se détendre et se ressourcer, offrant une échappée thérapeutique pour adultes et enfants.

Les activités de coloriage coûtent SR35 (9 $), et les expériences de décoration à la main SR65.

J’y suis allé deux fois. La première visite était agréable, même si certaines peintures étaient sèches et le café gratuit pouvait être meilleur. La deuxième fois, je suis venu avec un ami mais je ne voulais pas peindre, et on m’a demandé de payer l’entrée. Je comprends la politique, mais cela a été un peu décevant, surtout que l’endroit était vide.

Que vous soyez amateur de livres, passionné de papeterie ou simplement en quête d’une sortie différente et mémorable, Blossom Space ne déçoit pas.

Organisé, propre et débordant de charme, j’y retournerai sans hésiter. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Ahmad Kaabour : la voix de Beyrouth s’éteint à 71 ans

Le chanteur libanais Ahmad Kaabour en concert au festival « Angham min al-Sharq » (Les Sons de l’Arabie) à Abou Dhabi, le 7 mai 2010. Organisé par l’Autorité pour la Culture et le Patrimoine d’Abou Dhabi (ADACH), l’événement célèbre la richesse musicale du monde arabe. (AFP)
Le chanteur libanais Ahmad Kaabour en concert au festival « Angham min al-Sharq » (Les Sons de l’Arabie) à Abou Dhabi, le 7 mai 2010. Organisé par l’Autorité pour la Culture et le Patrimoine d’Abou Dhabi (ADACH), l’événement célèbre la richesse musicale du monde arabe. (AFP)
Short Url
  • Ahmad Kaabour est décédé à 71 ans à Beyrouth, après une longue lutte contre le cancer, laissant un héritage musical engagé et profondément lié à la mémoire de la ville
  • Son répertoire transforme Beyrouth en protagoniste, célébrant sa résilience, sa culture et ses traditions à travers plus de quatre décennies de carrière

​​​​​DUBAÏ: La disparition d’Ahmad Kaabour marque un chapitre essentiel de la mémoire musicale de Beyrouth. Figure emblématique de la chanson engagée et du patrimoine musical libanais, Kaabour aura traversé les décennies comme un témoin sonore des douleurs et des renaissances de sa ville natale. 

L’artiste s’est éteint à Beyrouth à l’âge de 71 ans, après une longue lutte contre le cancer. Né dans la capitale libanaise en 1955, il laisse derrière lui un héritage musical profondément ancré dans l’histoire et l’identité de la ville. Sa disparition marque la fin d’une voix qui a su chanter à la fois la douleur, l’espoir et la résilience de Beyrouth et du Liban.

Né dans une famille d’artistes, Kaabour commence à composer dès l’adolescence. En 1975, alors que le Liban s’enfonce dans la guerre civile, il compose la musique de « Ounadikom », sur des paroles du poète palestinien Tawfiq Ziad. La chanson devient un hymne de protestation et de solidarité, traversant générations et frontières.

Au fil des années, Kaabour travaille aux côtés de figures majeures de la scène libanaise, devenant partenaire artistique de Ziad Rahbani et Marcel Khalifé, tout en naviguant entre engagement politique et sensibilité populaire. 

Cette ouverture à des influences internationales se manifeste également dans son adaptation de « Baddi Ghanni Lannas », version arabe de « Chanter pour ceux qui sont loin de chez eux » de Michel Berger, parue en 1985 sur l’album Différences. Dans cette relecture, Ahmad Kaabour conserve la mélodie poignante et épurée de l’original, tout en y insufflant des paroles arabes ancrées dans les réalités libanaises et, plus largement, arabes.

Là où Berger chantait l’exil et la marginalité, Kaabour en élargit la portée pour en faire un hymne à la dignité et à la présence des peuples, fidèle à son engagement artistique. Cette collaboration indirecte — où Berger est crédité pour la musique et Kaabour pour l’adaptation — illustre sa capacité à faire dialoguer les cultures tout en restant profondément enraciné dans son identité.

Le lien avec Beyrouth reste central dans son œuvre. « La3younak » (1993) est une véritable déclaration d’amour à la ville, diffusée largement dans les années 1990, notamment sur Future TV, et incarnant l’esprit d’une capitale en reconstruction  derrière sa mélodie douce et nostalgique, c’est une ville-personne qui se dessine : aimée, fragilisée, mais toujours debout. 

Cette fibre beyrouthine traverse aussi d’autres titres. Dans ses reprises, comme « Shu Beddak » après l’explosion du port de 2020, Kaabour transforme une chanson populaire en élégie contemporaine, appelant à la mémoire et à la responsabilité collective. Dans des registres plus festifs, comme « Allou Al Bayarek », associé aux traditions du Ramadan à Beyrouth, il célèbre les rituels et la vie quotidienne de la ville, inscrivant son œuvre au cœur de la culture et des traditions locales.

Au-delà de ses succès pour adultes, Kaabour n’a jamais négligé le jeune public. Ses spectacles pour enfants, souvent avec la troupe Firkat al-Sanabel et le Théâtre libanais de marionnettes, évitaient la simplification, mêlant rythme, histoire et réflexion sur le monde. Pour lui, la musique était un pont entre générations et un moyen de transmettre mémoire et émotion.

Avec plus de quatre décennies de carrière, Ahmad Kaabour laisse un héritage unique : Beyrouth, avec toutes ses blessures et ses espoirs, comme protagoniste de sa musique. Sa voix restera à jamais l'écho de la ville qu’il a tant aimée.