Le monde arabe pleure la disparition de BlackBerry

Un utilisateur de BlackBerry devant une affiche e publicitaire du téléphone mobile dans un centre commercial de Dubaï, le 1er août 2010. (Photo, AFP/Archives)
Un utilisateur de BlackBerry devant une affiche e publicitaire du téléphone mobile dans un centre commercial de Dubaï, le 1er août 2010. (Photo, AFP/Archives)
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Publié le Vendredi 07 janvier 2022

Le monde arabe pleure la disparition de BlackBerry

  • BlackBerry a finalement suspendu ses opérations en décembre, en annonçant la fin de l’assistance pour ses anciens produits
  • C'est le lancement de l'iPhone d'Apple à écran tactile en 2007 qui a mis fin au règne bref mais glorieux du BlackBerry

LONDRES: C'était le premier smartphone au monde. Aujourd'hui, à peine deux décennies après avoir révolutionné la façon dont les humains communiquent, les Arabes se joignent au reste du monde pour faire leurs adieux à BlackBerry, alors que la société met fin à l’entretien de son appareil classique révolutionnaire, antérieur à Android, autrefois un appareil indispensable pour tous les fonceurs.

L'histoire de l’ascension et de la chute inévitable du BlackBerry est une parabole pour notre ère technologique en évolution rapide. Suivre le rythme des innovations qui vont et viennent plus vite que les saisons est un défi pour les consommateurs comme pour les fabricants.

«L'avantage du premier arrivé», ou l'avantage d'être le premier sur le marché avec une nouvelle catégorie de produits, donnait autrefois aux entreprises technologiques pionnières une longueur d'avance décisive sur la concurrence, mais plus maintenant.

À l’époque, par exemple, la société canadienne BlackBerry semblait s'être taillée une niche inattaquable, mais en quelques années, elle a été dépassée par la myriade de smartphones rivaux qui ont suivi son sillage, en adaptant et en améliorant constamment son concept révolutionnaire.

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Un Saoudien vérifie son BlackBerry dans un magasin à Djeddah en août 2010. (Photo, AFP/Archives)

 

BlackBerry avait lui-même été un tel tueur de géants. L'un de ses premiers produits, lancé en 1999, a rendu le téléavertisseur unidirectionnel superflu du jour au lendemain, grâce à l'innovation simple mais inspirée consistant à permettre aux utilisateurs de répondre aux messages qu'ils reçoivent.

Cette fonctionnalité a été introduite dans un appareil appelé RIM 850. RIM est l’acronyme de Research in Motion, le nom de la société à l’origine du BlackBerry jusqu'en 2013, date à laquelle elle a finalement adopté le nom de son produit le plus connu. Le RIM 850 comportait également une première version du clavier QWERTY caractéristique des BlackBerry.

La marque BlackBerry a été introduite peu après. Le nom n'était pas, comme certains le pensent, une riposte astucieuse à la marque Apple. C’est plutôt une brillante idée d’une société marketing qui l'a suggéré en se basant sur le fait que le clavier unique de l'appareil ressemblait à la surface d'une mûre (blackberry en anglais).

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Les Arabes se joignent au reste du monde pour faire leurs adieux à BlackBerry, alors que l’entreprise met fin au maintien en vie de son modèle classique révolutionnaire, antérieur à Android. (Photo, AFP/Archives)

 

En tenant l'appareil à deux mains et en utilisant uniquement leurs pouces pour taper, les utilisateurs sont rapidement devenus des adeptes de la saisie rapide d’e-mails et de messages sur les petites touches. Pour beaucoup, le BlackBerry est devenu une addiction; ce n'est pas pour rien que l'appareil a été surnommé CrackBerry. Les médecins ont commencé à identifier des cas de «pouce BlackBerry», une forme de tendinite causée par l'utilisation constante de la partie la moins habile de la main d'une manière que la nature n'a jamais prévue.

La grande percée de la marque a eu lieu en 2003 avec le lancement du BlackBerry 7230, le premier vrai smartphone au monde. Sur un appareil pas plus grand qu'un portefeuille, les utilisateurs pouvaient passer des appels, envoyer et recevoir des SMS et des e-mails, et surfer sur Internet.

Ce fut un succès instantané et, pendant quelques années, un symbole de statut emblématique. Pendant un certain temps, le BlackBerry était omniprésent dans les mains soignées d'utilisateurs de premier plan tels que Kim Kardashian, Sarah Jessica Parker et Barack Obama.

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Pendant un temps, le BlackBerry était omniprésent ches des clients de premier plan tels que Barack Obama et Kim Kardashian. (Photo, AFP/Archives)

 

Cela ne devait pourtant pas durer. Le lancement de l'iPhone d'Apple en 2007, et en particulier de son écran tactile, a marqué la fin du règne bref mais glorieux du BlackBerry. Pendant un certain temps, les disputes ont continué à faire rage entre les commentateurs techniques pour savoir quel était le meilleur appareil, mais les consommateurs ont tranché le débat en votant avec leur carte de crédit.

Face à la technologie de l'écran tactile d'Apple, le clavier BlackBerry, autrefois novateur, est apparu comme un gaspillage de l’espace précieux de l’écran, ce que le cofondateur d'Apple, Steve Jobs, n'a pas manqué de souligner.

BlackBerry a répondu en faisant ce que font de nombreux innovateurs technologiques, il a tourné le nez sur le nouveau venu du quartier, n'ayant pas su tirer les leçons douloureuses des expériences similaires vécues par des entreprises comme IBM et Xerox.

Lorsque BlackBerry a été mis en vente en 2013, le magazine Time a conclu que l’entreprise «n'avait pas réalisé que les smartphones évolueraient au-delà de simples appareils de communication pour devenir des centres de divertissement mobile à part entière».

Le temps que BlackBerry se réveille à cette réalité et se démène pour mettre à jour ses produits soudainement maladroits, ils avaient été balayés par le flux incessant de nouveaux produits d'Apple, qui sortait un nouvel iPhone amélioré chaque année.

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Jim Balsillie, co-directeur général de Research In Motion (RIM) - pose avec une énorme réplique d'un téléphone Blackberry Bold lors du lancement à Mumbai le 18 septembre 2008. (Photo, AFP/Archives)

 

En 2008, BlackBerry valait 80 milliards de dollars (1 dollar américain = 0,89 euro). Cinq ans plus tard, sa valeur marchande avait chuté à un peu plus de 4,3 milliards de dollars. Sa part de marché aux États-Unis s'est effondrée de 70% à seulement 5%.

Le 22 décembre 2021, l’entreprise a finalement rendu l'âme et a annoncé la fin de la prise en charge de ses anciens produits.

En fait, BlackBerry avait déjà tourné la page des téléphones, se réinventant en 2016 comme une entreprise «fournissant des logiciels et des services de sécurité intelligents aux entreprises et aux gouvernements du monde entier».

Même si la disparition de l'activité smartphones de BlackBerry était sans doute spectaculaire, il n'y a rien d'unique dans la trajectoire de son ascension et de sa chute, semblable à un feu d’artifice. Comme tant d'autres technologies, avant et après, elle a simplement été dépassée par d'autres qui faisaient le même travail, mais mieux.

Télécopieurs, appareils photos instantanés Polaroid, magnétoscopes, pagers, Sony Walkman et CD, les arguments de vente uniques de tous ces appareils ont été reproduits, améliorés et ont désormais été intégrés dans la convergence des multiples technologies présentes dans les smartphones modernes.

Chacune de ces technologies, aujourd’hui obsolètes, continue d'occuper une place dans le cœur de millions de personnes, comme autant de jalons dans leur parcours de vie. Mais, prises dans leur ensemble, elles marquent également le cours de l'évolution rapide et remarquable de l'ingéniosité humaine et de la technologie, et, peut-être, offrent-elles des leçons précieuses qui inspireront les pionniers de la haute technologie de demain.

En réalité, la plupart de ces technologies qui semblaient si révolutionnaires au moment où elles sont apparues n’étaient qu’une évolution. Le fax a remplacé le télégramme. La cassette vidéo a remplacé le film. Les CD ont remplacé les vinyles et les cassettes. Et la liste est encore longue.

Comme l'a affirmé un jour le gourou de la technologie Joseph Awe: «Si vous pouvez l'acheter, il est déjà obsolète.»

L’astuce pour un fabricant à succès est de rendre ses propres produits obsolètes en les mettant à jour lui-même, plutôt que d’attendre que quelqu’un d’autre le fasse.

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En 2008, BlackBerry valait 80 milliards de dollars. Cinq ans plus tard, sa valeur marchande avait chuté à un peu plus de 4,3 milliards de dollars. (Photo, AFP/Archives)

 

Alors même que les consommateurs se précipitaient pour mettre la main sur l'iPhone 13 Pro Max d'Apple, lancé en septembre de l'année dernière, Apple avait déjà une note dans l'agenda concernant le lancement de la prochaine itération de son leader mondial plus tard cette année.

Si l’on en croit les rumeurs de l'industrie, il est peu probable que l'iPhone 14 ait quelque chose de révolutionnaire. Néanmoins, il ne fait aucun doute que nous allons nous l’arracher.

Au cours des 14 années écoulées depuis le lancement de l'iPhone, il y a eu pas moins de 33 versions de l'appareil. Et plus nous en voulons un, plus nous sommes prêts à payer pour l’obtenir. Le premier iPhone coûtait 499 dollars; l'iPhone 13 Pro Max commence à 1 000 dollars.

Il est difficile de voir où le smartphone peut éventuellement aller, au-delà des mises à niveau incessantes des écrans, de la mémoire et des appareils photo. Quelle sera alors la prochaine grande innovation technologique?

À l'heure actuelle, certains des développements les plus passionnants ont lieu dans les domaines de l'intelligence artificielle, des mégadonnées, de l'apprentissage automatique, de la technologie vocale, du cloud computing et de l'Internet des objets.

Suivez la trace de l'argent laissé par le smartphone et il y a fort à parier qu'une autre grande convergence se profile à l’horizon. Des implants, ça vous tente?

Si vous pensez qu'Alexa et votre sonnette vidéo Ring sont intelligentes, attendez que tous vos biens, physiques et numériques, soient connectés de manière transparente via le cloud et, surtout, qu’elles soient dotées d’une agence personnelle.

Le réfrigérateur intelligent d'Amazon, qui commandera des produits alimentaires pour vous lorsqu'ils commenceront à manquer, n'est que le début des bonnes choses à venir.

Et vous ne pensiez pas vraiment que Google avait abandonné ses lunettes intelligentes Glass, avec leur affichage tête haute, n'est-ce pas? Depuis que l'appareil a fait un flop auprès des consommateurs en 2015, l’entreprise a tranquillement développé cette technologie, dont l’utilisation est désormais avérée dans divers secteurs.

Tout cela changera-t-il le monde ou nos vies pour le mieux, comme les entreprises technologiques aiment le suggérer? Probablement pas. Ce que cela fera, c'est donner aux entreprises de recherche de données partout dans le monde la possibilité de regarder de plus en plus directement et profondément dans nos âmes, et de nous vendre toutes ces choses dont nous ne savions même pas que nous avions besoin.

Aujourd'hui, la plupart d'entre nous semblent satisfaits de cet accord – heureux de signer toutes ces conditions générales ennuyeuses qu'absolument personne ne prend la peine de lire dans la hâte de mettre la main sur la dernière innovation incontournable.

Et, pour être juste, l’espèce humaine a été «incontournable» depuis l’aube des temps.

L'une des technologies les plus anciennes est la hache à main, un outil en pierre brute mis au point il y a entre 1,6 et 2 millions d'années. Cette percée technologique est sans doute la plus importante jamais réalisée, pour la simple raison qu'elle a rendu possible toutes les technologies intelligentes que nous avons produites depuis lors.

Avec une hache, nos ancêtres pouvaient couper des branches d'arbres, ce qui rendait plus facile et plus rapide la construction d'abris permanents. Ce fut un précurseur du développement des sociétés sédentaires et, finalement, des premières villes, du développement de l'agriculture et de la domestication des animaux.

Plus important encore, peut-être, c’est qu’il a également permis aux premiers humains d'extraire facilement la moelle des os des grands animaux, introduisant ainsi un régime alimentaire riche en nutriments qui, au fil du temps, les a aidés à développer des cerveaux plus puissants, des cerveaux qui, finalement, ont donné naissance au BlackBerry.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


TotalEnergies double son bénéfice, porté par les prix élevés liés à la guerre au Moyen-Orient

Le logo de TotalEnergies dans une station-service à Genech, dans le nord de la France, le 5 octobre 2022. (AFP)
Le logo de TotalEnergies dans une station-service à Genech, dans le nord de la France, le 5 octobre 2022. (AFP)
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  • TotalEnergies double son bénéfice net trimestriel à 5,4 milliards de dollars grâce aux prix élevés des hydrocarbures
  • Ces profits relancent le débat sur une taxe des superprofits pétroliers en France

PARIS: Après un début d'année euphorique, le géant français pétro-gazier TotalEnergies est de nouveau dans le viseur des partisans d'une surtaxe des superprofits pétroliers après avoir annoncé jeudi un doublement en un an de son bénéfice net du 2e trimestre, à 5,4 milliards de dollars, dopé par les prix élevés des hydrocarbures liés au conflit au Moyen-Orient.

"Dans un environnement de prix élevé en lien avec le conflit au Moyen-Orient, TotalEnergies tire parti de son modèle intégré et de sa diversification pour afficher au deuxième trimestre un résultat net ajusté (indicateur suivi par les analystes) de 6 milliards de dollars", s'est félicité le PDG du groupe, Patrick Pouyanné, dans un communiqué.

Avec un bénéfice net de 11,2 milliards de dollars sur l'ensemble du premier semestre, en progression de 73% sur un an, TotalEnergies fait mieux que les 10,6 milliards de dollars enregistrés au premier semestre 2022, année du déclenchement de la guerre en Ukraine.

Son bénéfice net du 2e trimestre, en hausse de 100% (contre 2,7 milliards un an plus tôt), reste cependant en deçà des attentes des investisseurs. Le groupe a connu "une baisse significative" dans son secteur stratégique du gaz naturel liquéfié (GNL), "du fait d’une contreperformance" dans le négoce (achat-vente) dans un marché faible en Europe, a expliqué l'entreprise.

TotalEnergies avait déjà annoncé en avril un bond de 51% son bénéfice net pour les trois premiers mois de l'année, portés par l'envolée et la volatilité des prix du pétrole et du gaz, au début de la guerre entre les Etats-Unis et l'Iran.

Cette performance exceptionnelle avait relancé les appels à la taxation des "super-profits" pétroliers, alors que le groupe est souvent critiqué pour la faiblesse, voire l'absence, de son impôt sur les sociétés en France au regard de ses énormes bénéfices mondiaux.

"TotalEnergies n’aura jamais aussi bien +capturé+ les bénéfices de guerre sur le dos des consommateurs", a ironisé jeudi sur X le président de la commission des Finances de l'Assemblée nationale, le député de gauche Eric Coquerel (LFI), tandis que la porte-parole du gouvernement français et ministre déléguée à l'Energie Maud Bregeon a répété qu'elle refuserait "toujours de rentrer dans le +Total bashing+".

"C'est une chance d'avoir en France un grand énergéticien mondial capable d'assurer l'approvisionnement des Français" et de "nous aider à tirer les prix vers le bas", a-t-elle dit sur RMC/BFMTV en référence au plafonnement des prix des carburants relancé mercredi par le groupe.

- "Faire payer les pollueurs" -

Au moment où "la France suffoque sous des canicules successives, causées par le changement climatique dont l’industrie du pétrole et du gaz est largement responsable, ces profits apparaissent particulièrement indécents", ont critiqué une coalition d'ONG (Greenpeace France, 350.org, CCFD-Terre Solidaire, Notre Affaire à Tous, Réseau Action Climat, Oxfam France), soulignant "l’urgence de taxer les profits des multinationales du pétrole et du gaz".

"Alors que les gouvernements se réuniront à New York en août pour négocier une Convention fiscale de l’ONU, ils ont une occasion historique de faire payer les pollueurs et de financer la protection dont les populations ont désespérément besoin", a commenté aussi Fanny Petitbon, directrice pays France de 350.org.

Entre avril et juin, la production de pétrole et de gaz de TotalEnergies a progressé de plus de 4% sur un an, grâce à la montée en puissance de projets au Brésil, aux Etats-Unis et en Libye, qui ont "compensé pour partie l’impact des pertes de production au Moyen-Orient" de l’ordre de 210.000 barils équivalent pétrole par jour, "en moyenne sur le trimestre".

Bien qu'une partie de cette production n'ait pas pu être expédiée, "compte tenu des difficultés d’accès au détroit d’Ormuz", la branche reine de l'exploration-production est restée en croissance, selon le groupe.

Son pôle de raffinage, pétrochimie et négoce a lui aussi profité de la hausse des prix des produits raffinés et des activités très rentables de négoce de brut, dans un contexte de forte instabilité des cours. Ce segment "aval" a ainsi dégagé un résultat opérationnel net ajusté à 2,3 milliards de dollars au 2e trimestre (+24%).

Le groupe a confirmé ses "priorités données au dividende et au désendettement de l’entreprise". Il distribuera à ses actionnaires un deuxième acompte sur le dividende de l'année 2026, d’un montant de 0,90 euro par action, en hausse de 5,9% par rapport à 2025.


Le pétrole remonte au-dessus de 95 dollars à cause des hostilités au Moyen-Orient

Après être monté jusqu'à 95,47 dollars, le prix du baril de Brent de la mer du Nord, pour livraison en septembre, gagnait 4,18% vers 10H10 GMT, à 94,81 dollars. (AFP)
Après être monté jusqu'à 95,47 dollars, le prix du baril de Brent de la mer du Nord, pour livraison en septembre, gagnait 4,18% vers 10H10 GMT, à 94,81 dollars. (AFP)
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  • Le Brent dépasse 95 $/baril, porté par les tensions au Moyen-Orient et les craintes sur les exportations de pétrole
  • Le gaz européen atteint un plus haut depuis mars, sur fond de tensions d'approvisionnement et de hausse des risques d'inflation

LONDRES: Les cours du pétrole montent fortement mercredi, le baril de Brent repassant au-dessus des 95 dollars pour la première fois depuis près de six semaines, car les hostilités au Moyen-Orient font craindre un blocage durable des exportations d'hydrocarbures de la région.

Après être monté jusqu'à 95,47 dollars, le prix du baril de Brent de la mer du Nord, pour livraison en septembre, gagnait 4,18% vers 10H10 GMT (12H10 à Paris), à 94,81 dollars.

Son équivalent américain, le baril de West Texas Intermediate, pour livraison le même mois, dont c'est le premier jour d'utilisation comme contrat de référence, prenait 4,30% à 87,97 dollars.

"La hausse du prix du pétrole intervient après que le président Trump a minimisé la perspective de nouvelles discussions avec l'Iran" lundi, explique Kathleen Brooks, analyste chez XTB.

Le président américain a notamment déclaré que les Etats-Unis n'en avaient "pas fini du tout" avec l'Iran.

Les Etats-Unis ont lancé une nouvelle salve de frappes en Iran pour la "onzième nuit consécutive", affirmant que leur but est d'affaiblir la capacité de l'Iran à menacer le trafic maritime commercial dans le détroit d'Ormuz.

Le contrôle de la navigation dans ce passage stratégique est un point de contentieux majeur entre les deux pays, et selon le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio autoriser l'Iran à le contrôler créerait un "dangereux précédent".

Les rebelles houthis du Yémen, soutenus par Téhéran, ont de plus annoncé lundi un blocus maritime de l'Arabie saoudite.

Depuis, "trois pétroliers saoudiens à destination de la Chine et de l'Inde auraient fait demi-tour" pour éviter le détroit de Bab el-Mandeb (au large du Yémen), préférant se diriger vers le canal de Suez, souligne M. Varga.

L'escalade du conflit "continuera d'exercer une pression à la hausse sur les chaînes d'approvisionnement mondiales, et les risques d'inflation augmentent chaque jour", alerte Mme Brooks.

Le prix du gaz européen grimpe aussi, et il est au plus haut depuis mars.

Le remplissage des réserves européennes avant l'hiver "coïncide avec la hausse des besoins en électricité en Asie pour la climatisation pendant les mois d'été caractérisés par de fortes chaleurs", explique Jonathan Schroer, analyste chez UniCredit.

La compétition pour l'acquisition de gaz fait donc grimper les cours, alors que les exportations en provenance du Qatar sont bloquées.

Le contrat à terme du TTF néerlandais, considéré comme la référence européenne du gaz, prenait 4,39%, à 62,32 euros le mégawattheure.


La crise avec l’Iran pousse les économies du Golfe à accélérer leur transformation

La confrontation entre l’Iran et Israël n’aura peut-être pas bouleversé durablement les économies du Golfe, mais elle agit déjà comme un révélateur de leurs forces, de leurs vulnérabilités et de leurs priorités. (AFP)
La confrontation entre l’Iran et Israël n’aura peut-être pas bouleversé durablement les économies du Golfe, mais elle agit déjà comme un révélateur de leurs forces, de leurs vulnérabilités et de leurs priorités. (AFP)
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  • C’est l’analyse développée par Jean-Baptiste Chauvel, responsable des services du Trésor français dans la région du Golfe, lors d’une visioconférence organisée par la Chambre de commerce franco-arabe
  • Selon lui, cette crise constitue moins une rupture qu’un puissant accélérateur des transformations engagées depuis plusieurs années

PARIS: La confrontation entre l’Iran et Israël n’aura peut-être pas bouleversé durablement les économies du Golfe, mais elle agit déjà comme un révélateur de leurs forces, de leurs vulnérabilités et de leurs priorités.

C’est l’analyse développée par Jean-Baptiste Chauvel, responsable des services du Trésor français dans la région du Golfe, lors d’une visioconférence organisée par la Chambre de commerce franco-arabe. Selon lui, cette crise constitue moins une rupture qu’un puissant accélérateur des transformations engagées depuis plusieurs années.

À ses yeux, il n’existe pas de modèle économique unique dans le Golfe. Les six pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) ont certes engagé des politiques de diversification, mais ils avancent à des rythmes différents et disposent de marges de manœuvre très inégales pour absorber un choc géopolitique majeur.

Les Émirats arabes unis apparaissent, selon lui, comme l’économie la plus solide de la région. Une croissance soutenue, des finances publiques excédentaires et un faible niveau d’endettement leur offrent une capacité d’adaptation que peu de leurs voisins possèdent. Cette discipline budgétaire permet au pays de continuer à investir dans la diversification de son économie tout en faisant face aux conséquences d’une crise régionale.

La situation est plus contrastée ailleurs, estime-t-il. Certains États continuent de financer leur croissance par d’importants déficits publics, ce qui réduit leur capacité à amortir les chocs.

L’Arabie saoudite, indique Chauvel, demeure, malgré les progrès réalisés dans le cadre de Vision 2030, plus dépendante des recettes pétrolières pour équilibrer son budget, même si les réformes engagées doivent progressivement réduire cette dépendance.

Des économies résilientes, mais des vulnérabilités persistantes

L’autre enseignement majeur concerne précisément le pétrole. Si les statistiques montrent une baisse progressive de la part des hydrocarbures dans le produit intérieur brut, Chauvel souligne qu’il ne faut pas se laisser tromper par les chiffres. Une grande partie de l’activité économique reste indirectement liée au secteur pétrolier, qu’il s’agisse de l’industrie, de la pétrochimie, de la logistique, des infrastructures ou encore des services. La diversification est réelle, affirme-t-il, mais elle demeure inachevée.

La crise actuelle rappelle également que la géographie continue de peser lourdement sur les économies du Golfe et que tous les pays ne sont pas exposés de la même manière. Leur vulnérabilité dépend notamment de leur proximité avec l’Iran et de leur dépendance au détroit d’Ormuz, par lequel transite une part essentielle des exportations d’hydrocarbures.

Au sein même des Émirats, les conséquences varient, affirme Chauvel. Il souligne que Dubaï, dont le modèle économique repose largement sur le commerce international, le tourisme, les transports et les services financiers, est naturellement plus sensible à une dégradation de la situation régionale qu’Abou Dhabi, dont les ressources pétrolières et les importants fonds souverains offrent un amortisseur plus efficace.

Les premières conséquences sont déjà visibles. Les grandes institutions internationales, comme le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, ont commencé à réviser leurs prévisions de croissance pour plusieurs économies du Golfe. L’Arabie saoudite, indique Chauvel, figure parmi les pays les plus concernés, tandis que les Émirats devraient connaître un ralentissement plus limité grâce à la solidité de leurs finances publiques.

Par ailleurs, Chauvel ne croit pas à un retour rapide à la normale. Même si un accord diplomatique devait intervenir entre Washington et Téhéran, il estime que le risque géopolitique restera durablement présent. Cette nouvelle réalité devrait, selon lui, modifier les stratégies économiques des États de la région.

La priorité ira désormais aux investissements dans les secteurs considérés comme stratégiques : la défense, la cybersécurité, l’intelligence artificielle, l’industrie manufacturière, les infrastructures critiques et la sécurité énergétique. Les gouvernements chercheront à renforcer leur autonomie technologique afin de réduire leur dépendance aux fournisseurs occidentaux, notamment dans les industries de défense.

La géopolitique accélère la diversification 

Cette réorientation ne remet toutefois pas en cause leur volonté d’attirer les capitaux étrangers, bien au contraire. Les États du Golfe entendent poursuivre leur ouverture économique. L’Arabie saoudite maintient, par exemple, son objectif ambitieux d’attirer près de 100 milliards de dollars d’investissements directs étrangers par an, tandis que les fonds souverains de la région continueront d’investir massivement à l’international afin de diversifier leurs actifs.

L’un des principaux défis demeure toutefois celui de l’innovation. Malgré des investissements considérables, les économies du Golfe restent en retrait dans les classements internationaux mesurant leur capacité à produire des technologies de pointe. De son point de vue, cette faiblesse constitue probablement le principal chantier de la prochaine décennie, car construire un véritable écosystème d’innovation suppose de former des talents, de développer la recherche et de produire localement des technologies, plutôt que de se contenter de les importer. Ce processus est long et coûteux, mais il est désormais rendu encore plus indispensable par les tensions géopolitiques.

Cette nouvelle donne pourrait également rebattre les cartes de la coopération régionale. Chauvel voit se dessiner deux trajectoires. La première prolongerait la concurrence actuelle entre les grandes places économiques du Golfe, chaque pays cherchant à renforcer son statut de hub régional pour le tourisme, la finance, la logistique ou le transport aérien. Une telle compétition favoriserait, selon lui, les réformes, mais risquerait aussi d’entraîner des investissements redondants, voire excessifs.

La seconde voie privilégierait une intégration plus poussée entre les membres du CCG, à travers une meilleure coordination des infrastructures, une interconnexion logistique renforcée, une harmonisation des politiques de mobilité, une coopération industrielle et financière, voire le développement de capacités communes dans les secteurs de la sécurité et de la défense. Cependant, si cette option apparaît économiquement plus rationnelle, Jean-Baptiste Chauvel reconnaît que la logique concurrentielle reste aujourd’hui la plus probable.

Au fond, conclut-il, la crise avec l’Iran ne remet pas en cause la trajectoire économique du Golfe, mais elle en accélère le rythme. Les États de la région disposent d’importants atouts : des réserves financières considérables, des fonds souverains parmi les plus puissants au monde et une volonté politique affirmée de transformer leurs économies.